Comment le régime iranien isole le pays de l’internet mondial, et comment les manifestants tentent de le contourner


Difficile de déterminer l’ampleur de la contestation, et donc de la répression, en Iran : le régime a quasiment supprimé toute connexion à l’internet mondial dans le pays. Une mesure pour laquelle il est devenu de plus en plus efficace, malgré les parades mises en place par les Iraniens.

Depuis plus de deux semaines, les Iraniens manifestent contre le régime autoritaire de la République islamique. Ce qui a commencé comme une vague de contestation économique, provoquée par la hausse des prix des denrées de base, a pris une ampleur nationale. La répression est féroce, une fois de plus : le nombre de morts se compte probablement en milliers, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), qui en confirmait 734 ce mardi, tout en estimant qu’il était vraisemblablement bien plus élevé. Ce mercredi matin, la chaîne américaine CBS évoquait même qu’au moins 12.000 personnes, et peut-être jusqu’à 20.000, auraient été tuées, selon des sources sur place. Un responsable iranien avait auparavant avancé un bilan de “quelque 2.000 morts” auprès de Reuters.

Ces chiffres reflètent notre incertitude sur ce qui se passe réellement dans le pays, car le régime des mollahs a quasiment coupé l’accès à internet dans le pays. Ce n’est pas la première fois: la connectivité est déjà limitée en Iran en temps normal, et à chaque soulèvement, les autorités iraniennes tentent de couper les Iraniens du monde extérieur. Et ce dernier de tout point de vue sur ce qui se passe réellement dans le pays. Mais jamais la coupure n’avait été aussi totale, souligne The Economist: le 8 janvier, la connexion internet a chuté à 1 % de son niveau normal et s’y est maintenue depuis.

Un savoir-faire du brouillage

La République islamique a développé un certain savoir-faire en la matière. Le pays a développé un internet national, en vase à peu près clos, qui permet de maintenir en ligne les sites des institutions étatiques. Il lui suffit ensuite de manipuler le protocole BGP (Border Gateway Protocol), qui détermine la connexion entre l’internet mondial et le réseau iranien. De manière plus précise, mais pas toujours efficace, le régime analyse les paquets de données transitant sur les réseaux et bloque ceux associés aux réseaux privés virtuels (VPN).

Les Iraniens utilisent depuis longtemps des VPN pour contourner les restrictions et accéder à l’internet mondial. Durant les périodes de répression les plus dures, le régime n’a pas toujours su bloquer ces systèmes aussi rapidement qu’ils apparaissaient. Cette fois, il semble avoir appris. En outre, selon The Economist, certains VPN seraient gérés par le gouvernement, servant de pièges, et réduiraient d’autant plus le trafic des données.

 

La solution Starlink, déjà dépassée?

Les Iraniens ont toutefois déjà de nouvelles parades à disposition pour ouvrir quelques lucarnes vers le monde extérieur. Des terminaux Starlink ont été aperçus sur quelques images sorties du pays ces dernières semaines. Ceux-ci sont illégaux en Iran, et pour cause: ces systèmes mis au point par SpaceX, et qui permettent une connexion directe via le nuage de microsatellites mis en orbite par l’entreprise américaine, sont difficiles à brouiller, car il faut se trouver très près des terminaux pour les impacter.

L’entreprise vient d’annoncer qu’elle rendait l’usage de ses terminaux gratuit en Iran. Des milliers seraient en circulation dans le pays, avec toutefois des résultats variables. Ceux utilisés dans des ambassades par exemple ne fonctionnent plus, selon une source de The Economist. Les Gardiens de la Révolution ont été vus patrouiller dans les zones urbaines avec de puissantes antennes de brouillage. Certaines estimations avancent que, pour la première fois, plus de 80 % du système Starlink a été coupé par le régime.

Répression sanglante

Il est aussi possible de perturber les terminaux Starlink indirectement en brouillant les ondes GPS, qui leur permettent de se connecter aux satellites les plus proches. C’est d’autant plus facile à mener à grande échelle qu’Elon Musk, le PDG de SpaceX, limite l’usage de son système au-dessus de certaines zones, en Russie par exemple, pour que les armes ukrainiennes à longue portée ne puissent utiliser son système pour se guider. Il suffirait, théoriquement, aux Iraniens de “pirater” les signaux GPS pour faire croire aux terminaux iraniens qu’ils se trouvent en fait en Russie.

Nul ne peut prédire le futur de cette nouvelle vague de protestation en Iran, mais il est certain que le régime se sent aux abois. Et ce jeu macabre du chat et de la souris avec sa population pour un accès à l’internet n’est qu’un aspect d’une répression particulièrement sanglante, même pour le régime de Téhéran.

 
Mercredi 14 Janvier 2026
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