Le groupe « Scac Afrique », spécialisé dans l’immobilier, procède, sans aucune autorisation préalable à des lotissements, puis à la vente de terrains du domaine national situés dans la frange maritime de la communauté rurale de Léona, dans le département de Louga. Au nez et à la barbe des services étatiques qui ne font que constater les dégâts.
L’offre est mirobolante. Villas, appartements et terrains proposés aux « goorgorlou » paumés, sans garantie, sans apport personnel. C’est tentant. A l’analyse, les raisons de ne de ne pas pavoiser très vite sont toutes aussi présentes. Le groupe « Scac Afrique » qui s’est récemment signalé à Thiès dans une affaire d’escroquerie qui a conduit son directeur des Projets, M. Ibrahima Ndiaye, en prison, se signale ainsi sur un autre front. En effet, cette société opère en toute illégalité, au nez et à la barbe des autorités et services administratifs de la région. Au départ, il y a une délibération du Conseil rural de Léona octroyant à la société que dirige M. Salomon Mbutcho, deux kilomètres carrés dans un espace situé entre les villages de Potou et de Taré, à quelques encablures de l’océan atlantique. Problème, des populations autochtones y bénéficient déjà de terrains.
Relents de spéculation foncière
Les attributaires détiennent des permis d’occuper signés du président du conseil rural, Mamadou Ba dit Diamyodi. C’est ce dernier qui a aussi paraphé l’attribution, par la suite, d’une bonne partie de ces terres au profit de « Scac Afrique ». « Les spoliés » qui disent n’avoir pas vu l’ombre d’une désaffectation les privant de droits de jouissance, crient au scandale et dénoncent la flagrante illégalité de l’acte. El Hadji Ndiaye Ba et Amadou Pathé Sow, membres du Collectif de défense des intérêts des populations, ont été contraints de secouer ciel et terre pour retrouver leurs droits. « Nous avons organisé une grande manifestation de protestation devant la presse, puis adressé des correspondances aux autorités administratives de la région que nous avons par la suite rencontrées. De guerre lasse, nous avons fini par baisser les bras devant la puissance de nos adversaires », se résignent-ils.
Alibi
Les populations de la zone attendaient l’érection d’un hôpital qui soigne le cancer, pas d’un projet immobilier. C’est la rumeur que l’on a fait circuler pendant des mois ici. Plus qu’une rumeur selon Ngom Diagne, conseiller rural. Ainsi a-t-il confié : « Le jour où on procédait à l’examen de la requête de « Scac Afrique » au Conseil rural de Léona, le Pcr, comme le promoteur, nous ont demandé de leur octroyer deux km2 pour la construction d’un hôpital qui soigne le cancer. Je leur ai rétorqué publiquement qu’à Dakar, les superficies de Le Dantec, Fann et Principal, réunis, ne s’étendent pas sur une telle surface ; pour leur dire qu’il y a anguille sous roche » . A son grand désespoir fait-il remarquer : « Malgré tout, le projet est passé. C’est bien après qu’on a entendu parler de maisons à construire, poursuit M. Diagne ».
L’Etat hors du coup
Le terrain en main, la société procède au défrichement, puis au terrassement. Informé des pratiques délictueuses de « Scac Afrique », M. Gora Ndiaye, chef du service régional des Eaux et forêts de Louga dépêche une équipe sur le site. Les agents font le procès-verbal de constat et sanctionnent par une amende qui sera payée par la société. L’inspecteur régional est visiblement peiné par cette destruction de la forêt, mais fait-il remarquer, à l’échelle des sanctions en la matière, « c’est la peine maximale que prévoit la législation actuelle ».
Il n’y a pas que le service des Eaux et forêts qui a été victime de la politique du fait accompli. Aux directions régionales de l’Urbanisme, du Cadastre et des Impôts et domaines, nulle trace de sollicitations ou d’informations des services de l’Etat par « Scac Afrique » ou le Conseil rural de Léona. Les chefs de service respectifs de ces structures étatiques se sont rendus, jeudi 06 septembre, sur le site du projet, à 38 kilomètres à l’ouest de Louga. Ils n’en reviennent pas. Les aménagements ainsi que le bornage sont déjà terminés. Selon Mansour Diagne, chef du service régional de l’Urbanisme, une sommation sera incessamment servie au promoteur pour arrêt immédiat des travaux avec la précision qu’aucune transaction ne peut se faire sur ces terres du domaine national. C’est par la suite qu’un procès-verbal sera dressé, puis transmis au besoin au procureur de la République». El Hadji Habib Bèye, fonctionnaire du Cadastre abonde dans la même direction et ajoute que l’instruction de ce type de dossier devait commencer par les Domaines. Ainsi dira t-il : « Aucune action n’est possible sur ces terres. Toute personne physique ou morale qui bénéficie de l’attribution d’une terre auprès d’une collectivité locale, doit avant tout aménagement, solliciter le service des Domaines, qui en collaboration avec le Cadastre et l’Urbanisme, instruit une demande d’immatriculation du terrain au nom de l’Etat. Et c’est après cela seulement, que ce dernier peut le donner en bail au requérant qui, après paiement de la redevance et des frais de bornage, peut songer à y commencer des travaux ».
Quid des autorités administratives de la région de Louga. Elles ont bien été informées de l’évolution du projet. La preuve, aussi bien le gouverneur que le Sous-préfet de Sakal, ont reçu les complaintes des « spoliés » et ont tenté au moins d’arrondir les angles. Ont-elles entrepris une quelconque action pour le respect strict de la règlementation en vigueur, conformément à leurs attributions ? Toujours est-il que « Scac Afrique » a continué à agir dans une totale illégalité sur ces terres non encore immatriculées, encore moins attribuées du domaine national.
Du côté de « Scac Afrique », Ousmane Diouf, le chargé de la communication fait observer que sa société a versé l’intégralité des frais de bornage pour le terrain attribué à Gabar (Léona), sans infirmer les récriminations des fonctionnaires.
Sur le point précis des sanctions brandies à l’encontre de la société immobilière, la jurisprudence administrative de Thiès peut servir de bréviaire. Dans la cité du rail, Mme le chef du service régional de l’Urbanisme , à travers un courrier à « Scac Afrique », a sommé formellement le groupe immobilier d’arrêter ses lotissements sur le site de Mbomboye. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, elle a rappelé à Salomon Mbutcho que «la réalisation d’un lotissement sans autorisation préalable ou le non-respect des prescriptions édictées par l’autorisation de lotir sont passibles d’une amende de 5 à 20 millions de francs et d’un emprisonnement de six mois à deux ans ou l’une de ces deux peines seulement. »
Publicité mensongère
Ces préalables rappelés par les services étatiques ne semblent pas constituer les préoccupations premières de ‘’Scac Afrique’’. La société a terminé le défrichage, l’aménagement et le bornage. La surface des terrains déjà en vente du site de Gabar désormais baptisé « Scac-Gandiol City », varie entre 150 et 300 mètres carrés. La publicité passe en boucle à travers les ondes d’une station-radio de Saint-Louis. Il n’y a aucun plan de communication dans la région de Louga qui abrite pourtant les terrains. Pour des questions de marketing, les terres de Louga sont moins bien cotées sur le marché de l’immobilier que celles de l’ancienne capitale du Sénégal. Du moins dans la stratégie de ‘’Scac Afrique’’. C’est pourquoi la société « redessine » la carte administrative du nord Sénégal. Sur son site web, comme dans la pub, qui propose des terrains et appartements sans aucun apport personnel, elle déclare posséder des terres à Thiès, Kaolack, Mboro, Diourbel et Saint-Louis. Nulle trace de Louga. Pourtant le village de Gabar où sont aménagés les terrains est bien situé dans le département de Louga, à seulement 38 km de la capitale régionale. Alors que la commune de Saint-Louis où l’on essaie de situer le produit dans l’imaginaire du consommateur et à quelque 44 km du site.
Autant dire que l’instruction solennelle de M. le président de la République donné au chef du gouvernement, jeudi 06 septembre, en Conseil des ministres « de faire désormais appliquer rigoureusement toutes les prescriptions en matière de lotissement, d’urbanisme, de construction et d’habitat », est venu à son heure.
L’offre est mirobolante. Villas, appartements et terrains proposés aux « goorgorlou » paumés, sans garantie, sans apport personnel. C’est tentant. A l’analyse, les raisons de ne de ne pas pavoiser très vite sont toutes aussi présentes. Le groupe « Scac Afrique » qui s’est récemment signalé à Thiès dans une affaire d’escroquerie qui a conduit son directeur des Projets, M. Ibrahima Ndiaye, en prison, se signale ainsi sur un autre front. En effet, cette société opère en toute illégalité, au nez et à la barbe des autorités et services administratifs de la région. Au départ, il y a une délibération du Conseil rural de Léona octroyant à la société que dirige M. Salomon Mbutcho, deux kilomètres carrés dans un espace situé entre les villages de Potou et de Taré, à quelques encablures de l’océan atlantique. Problème, des populations autochtones y bénéficient déjà de terrains.
Relents de spéculation foncière
Les attributaires détiennent des permis d’occuper signés du président du conseil rural, Mamadou Ba dit Diamyodi. C’est ce dernier qui a aussi paraphé l’attribution, par la suite, d’une bonne partie de ces terres au profit de « Scac Afrique ». « Les spoliés » qui disent n’avoir pas vu l’ombre d’une désaffectation les privant de droits de jouissance, crient au scandale et dénoncent la flagrante illégalité de l’acte. El Hadji Ndiaye Ba et Amadou Pathé Sow, membres du Collectif de défense des intérêts des populations, ont été contraints de secouer ciel et terre pour retrouver leurs droits. « Nous avons organisé une grande manifestation de protestation devant la presse, puis adressé des correspondances aux autorités administratives de la région que nous avons par la suite rencontrées. De guerre lasse, nous avons fini par baisser les bras devant la puissance de nos adversaires », se résignent-ils.
Alibi
Les populations de la zone attendaient l’érection d’un hôpital qui soigne le cancer, pas d’un projet immobilier. C’est la rumeur que l’on a fait circuler pendant des mois ici. Plus qu’une rumeur selon Ngom Diagne, conseiller rural. Ainsi a-t-il confié : « Le jour où on procédait à l’examen de la requête de « Scac Afrique » au Conseil rural de Léona, le Pcr, comme le promoteur, nous ont demandé de leur octroyer deux km2 pour la construction d’un hôpital qui soigne le cancer. Je leur ai rétorqué publiquement qu’à Dakar, les superficies de Le Dantec, Fann et Principal, réunis, ne s’étendent pas sur une telle surface ; pour leur dire qu’il y a anguille sous roche » . A son grand désespoir fait-il remarquer : « Malgré tout, le projet est passé. C’est bien après qu’on a entendu parler de maisons à construire, poursuit M. Diagne ».
L’Etat hors du coup
Le terrain en main, la société procède au défrichement, puis au terrassement. Informé des pratiques délictueuses de « Scac Afrique », M. Gora Ndiaye, chef du service régional des Eaux et forêts de Louga dépêche une équipe sur le site. Les agents font le procès-verbal de constat et sanctionnent par une amende qui sera payée par la société. L’inspecteur régional est visiblement peiné par cette destruction de la forêt, mais fait-il remarquer, à l’échelle des sanctions en la matière, « c’est la peine maximale que prévoit la législation actuelle ».
Il n’y a pas que le service des Eaux et forêts qui a été victime de la politique du fait accompli. Aux directions régionales de l’Urbanisme, du Cadastre et des Impôts et domaines, nulle trace de sollicitations ou d’informations des services de l’Etat par « Scac Afrique » ou le Conseil rural de Léona. Les chefs de service respectifs de ces structures étatiques se sont rendus, jeudi 06 septembre, sur le site du projet, à 38 kilomètres à l’ouest de Louga. Ils n’en reviennent pas. Les aménagements ainsi que le bornage sont déjà terminés. Selon Mansour Diagne, chef du service régional de l’Urbanisme, une sommation sera incessamment servie au promoteur pour arrêt immédiat des travaux avec la précision qu’aucune transaction ne peut se faire sur ces terres du domaine national. C’est par la suite qu’un procès-verbal sera dressé, puis transmis au besoin au procureur de la République». El Hadji Habib Bèye, fonctionnaire du Cadastre abonde dans la même direction et ajoute que l’instruction de ce type de dossier devait commencer par les Domaines. Ainsi dira t-il : « Aucune action n’est possible sur ces terres. Toute personne physique ou morale qui bénéficie de l’attribution d’une terre auprès d’une collectivité locale, doit avant tout aménagement, solliciter le service des Domaines, qui en collaboration avec le Cadastre et l’Urbanisme, instruit une demande d’immatriculation du terrain au nom de l’Etat. Et c’est après cela seulement, que ce dernier peut le donner en bail au requérant qui, après paiement de la redevance et des frais de bornage, peut songer à y commencer des travaux ».
Quid des autorités administratives de la région de Louga. Elles ont bien été informées de l’évolution du projet. La preuve, aussi bien le gouverneur que le Sous-préfet de Sakal, ont reçu les complaintes des « spoliés » et ont tenté au moins d’arrondir les angles. Ont-elles entrepris une quelconque action pour le respect strict de la règlementation en vigueur, conformément à leurs attributions ? Toujours est-il que « Scac Afrique » a continué à agir dans une totale illégalité sur ces terres non encore immatriculées, encore moins attribuées du domaine national.
Du côté de « Scac Afrique », Ousmane Diouf, le chargé de la communication fait observer que sa société a versé l’intégralité des frais de bornage pour le terrain attribué à Gabar (Léona), sans infirmer les récriminations des fonctionnaires.
Sur le point précis des sanctions brandies à l’encontre de la société immobilière, la jurisprudence administrative de Thiès peut servir de bréviaire. Dans la cité du rail, Mme le chef du service régional de l’Urbanisme , à travers un courrier à « Scac Afrique », a sommé formellement le groupe immobilier d’arrêter ses lotissements sur le site de Mbomboye. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, elle a rappelé à Salomon Mbutcho que «la réalisation d’un lotissement sans autorisation préalable ou le non-respect des prescriptions édictées par l’autorisation de lotir sont passibles d’une amende de 5 à 20 millions de francs et d’un emprisonnement de six mois à deux ans ou l’une de ces deux peines seulement. »
Publicité mensongère
Ces préalables rappelés par les services étatiques ne semblent pas constituer les préoccupations premières de ‘’Scac Afrique’’. La société a terminé le défrichage, l’aménagement et le bornage. La surface des terrains déjà en vente du site de Gabar désormais baptisé « Scac-Gandiol City », varie entre 150 et 300 mètres carrés. La publicité passe en boucle à travers les ondes d’une station-radio de Saint-Louis. Il n’y a aucun plan de communication dans la région de Louga qui abrite pourtant les terrains. Pour des questions de marketing, les terres de Louga sont moins bien cotées sur le marché de l’immobilier que celles de l’ancienne capitale du Sénégal. Du moins dans la stratégie de ‘’Scac Afrique’’. C’est pourquoi la société « redessine » la carte administrative du nord Sénégal. Sur son site web, comme dans la pub, qui propose des terrains et appartements sans aucun apport personnel, elle déclare posséder des terres à Thiès, Kaolack, Mboro, Diourbel et Saint-Louis. Nulle trace de Louga. Pourtant le village de Gabar où sont aménagés les terrains est bien situé dans le département de Louga, à seulement 38 km de la capitale régionale. Alors que la commune de Saint-Louis où l’on essaie de situer le produit dans l’imaginaire du consommateur et à quelque 44 km du site.
Autant dire que l’instruction solennelle de M. le président de la République donné au chef du gouvernement, jeudi 06 septembre, en Conseil des ministres « de faire désormais appliquer rigoureusement toutes les prescriptions en matière de lotissement, d’urbanisme, de construction et d’habitat », est venu à son heure.