Colère des lycéens en France: l’usage des grenades assourdissantes suspendu


L’usage des grenades assourdissantes, mis en cause après qu’un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée, est suspendu “pour le mouvement lycéen”, a annoncé mercredi le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez. “Je suspends leur usage pour le mouvement des lycéens tant que la lumière n’a pas été faite sur ce qui s’est passé dans cette affaire”, a-t-il annoncé sur la radio RTL.

Le ministre a également annoncé que l’inspection générale de la police avait été saisie de 18 enquêtes à ce stade, alors que de nombreux manifestants, slogans et pancartes dénoncent le comportement des forces de l’ordre, accusées de “violences policières”. Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s’exprimera mercredi soir, ont indiqué ses services.

Dans son allocution, il évoquera “la situation dans les lycées, les prix des carburants, la crise agricole ainsi que la situation financière du pays”, ont-ils précisé. Appel à de nouveaux blocages Les lycéens, qui dénoncent l’insalubrité des bâtiments, des classes surchargées et des absences de professeurs non remplacés, appellent à poursuivre les blocages et à de nouveaux cortèges jeudi, malgré l’appel du gouvernement à retourner dans les établissements pour dialoguer. La mère de l’adolescent de 15 ans dont la main a été arrachée par une grenade policière s’est confiée à BFMTV.

La douleur est encore vive. Le sentiment d’injustice et l’incompréhension dominent: “On lui a volé sa vie. C’est terminé, il n’a plus de main”, dénonce-t-elle. “C’est un gamin de 15 ans, pourquoi on s’en prend comme ça à des enfants?”, s’interroge-t-elle. “C’est horrible ce qui est arrivé à mon fils, on est encore sous le choc. Beaucoup de mensonges circulent: mon fils n’a pas ramassé la grenade à terre. Il a été touché avec une arme de guerre”, insiste-t-elle. Elle a annoncé déposer plainte.

Reprise partielle des cours Au lendemain d’une journée de mobilisation importante dans les rues, les cours ont repris mercredi dans la majorité des lycées en France avec toutefois quelques blocages, après une tentative du gouvernement d’apaiser la crise en proposant aux manifestants de retourner dans leurs établissements pour dialoguer. Mercredi, 86% des établissements ont ouvert leurs portes dans la matinée, selon des chiffres provisoires du ministère de l’Éducation nationale.

Les cours sont en revanche totalement ou partiellement suspendus dans 528 lycées, soit une baisse de 41 % par rapport à mardi, journée de mobilisation nationale des lycéens.

À Paris, plusieurs établissements restent bloqués par des lycéens, où des poubelles bloquent à nouveau l’accès aux portes. La prestigieuse université Sciences Po Paris est également bloquée par une barricade, selon un étudiant interrogé par l’AFP. L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à de nouveaux cortèges jeudi, à Paris et dans d’autres villes, selon l’Union étudiante.

La position ferme du gouvernement

Le chef du gouvernement avait déjà pris la parole mardi devant les députés, tenant un discours de fermeté face aux débordements en marge de la colère lycéenne, tout en ciblant le parti de la France insoumise (gauche radicale), qu’il accuse de “souffler sur les braises” et de “bordéliser” le pays à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027.

Des avocats dénoncent des gardes à vue pour “terroriser” Plusieurs avocats d’adolescents placés en garde à vue ont en outre dénoncé auprès de l’AFP des violences physiques, des insultes et des “tentatives d’humiliation” de la part de policiers, qui ont laissé des mineurs “terrorisés”, selon eux. “Quand on ouvre la porte” du commissariat, “qu’il y a 47 kilos et 1,56 m derrière, c’est spécial comme sentiment”, témoigne Ainoha Pascual, qui a assisté, dans la capitale, trois adolescents.

“Je sens qu’ils sont terrorisés”, poursuit l’avocate, membre de la Legal Team Paris, un des collectifs d’avocats qui ont fait des violences policières une de leurs spécialités. “Une très grande majorité arrive en garde à vue blessée”, après avoir “pris des coups de matraque” ou avoir “été tirée au sol”, affirme-t-elle. “Gifle, insulte, étranglements” “On n’a pas une seule interpellation qui se passe sans que les lycéens décrivent une insulte, une gifle, un maintien de la tête au sol, des étranglements”, abonde Prisca Ancion, du collectif action judiciaire (CAJ).

“Il n’y a pas du tout d’adaptation des pratiques” des policiers “par rapport à leur minorité”, déplore cette pénaliste, ayant assisté une “petite dizaine” de jeunes en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise. “Tentatives d’humiliation” Les commissariats sont par ailleurs le théâtre de “violences psychologiques” et d’“insultes racistes”, affirme Me Ancion. “On les fait ramper comme un chien pour ramasser des affaires”. “Il y a systématiquement des tentatives d’humiliation”, abonde Me Pascual qui raconte qu’une adolescente a été “emmenée pieds nus au commissariat” alors qu’elle avait “demandé aux policiers” de ramasser ses chaussures perdues lors de son interpellation.

“On parle de mineurs qui ont passé la nuit en geôle sans matelas, sans couverturMême indignation dans le sud-ouest de la France. “On parle de mineurs qui ont passé la nuit en geôle sans matelas, sans couverture”, relève Ludovic Tardy, à Pau, qui a assisté ce week-end trois mineurs. Se tiennent des interrogatoires tendus, rythmés de sarcasmes.

“Avoir cours de 8H00 à 18H00? C’était pareil pour nous, connard!”, aurait ainsi lancé un policier parisien à un adolescent, selon son conseil qui témoigne sous couvert d’anonymat pour protéger le mineur. “Des officiers de police judiciaire passaient en se moquant du droit au silence adopté par mon client: ‘Ça ne sert à rien, ton avocat te conseille mal’”, se souvient aussi Me Théo Kermagoret, intervenu pour des adolescents à Sarcelles.
Mercredi 7 Octobre 2026
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