Clauses léonines dans les accords de pêche, spéculation sur les contrats pétroliers, gestion du phosphate à Matam : Le tir groupé de Sonko sur le régime.


Agissant dans son rôle de parlementaire sur le contrôle de l’action du gouvernement en application de la Constitution et des dispositions des articles 192 et suivants du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko s'est adressé hier au gouvernement du Sénégal à travers une série de questions écrites. Elles concernent essentiellement, les clauses léonines des accords de pêche de 2019-2024 entre le Sénégal et l’Union Européenne. 

 

Ousmane Sonko soulignera aussi les conditions d’exploitation des phosphates de Matam, les transactions spéculatives sur des droits pétroliers sénégalais et l'état des infrastructures et la problématique foncière en Casamance. Il a fait également une demande d'éclaircissement sur la situation du service public de la Poste,  l’encadrement des usines étrangères de fabrication de farine de poisson. 

 

Après avoir fait l'historique des accords de pêche avec l'UE, le député Ousmane Sonko a interpellé le gouvernement sur plusieurs points.

Dans un premier temps, Ousmane Sonko s'est apesanti sur les redevances consenties par l'UE. "Rapportée au coût de tonnage de poisson prélevé par les navires de l'UE sur les 5 dernières années, la contrepartie financière est dérisoire voire ridicule". 

 

S'appuyant sur les chiffres donnés, Ousmane Sonko explique : " Si nous considérons les chiffres de façon brute, il suffit seulement de diviser le montant de la redevance quinquennale payé par l'UE (15.253.750), par les quantités de prélèvement autorisées (50 750 tonnes), pour avoir le prix moyen du bradage. Le prix de cession de la tonne est ainsi de 259 euros, soit 170.000 francs CFA ( ou 170 F le kilogramme). Or ce même poisson est débarqué et vendu brut en Europe cent fois plus cher. À titre d'exemple, le prix du kilogramme de thon brut est en moyenne de 16 Euros en Europe soit 10.500 francs CFA ( source FranceAgrimer)".

 

D'après le parlementaire, il est important d'édifier les sénégalais sur la base de calcul de la contrepartie financière. En plus, il estime que pour une meilleure optimisation de nos ressources et la création d'emploi, le Sénégal doit développer sa propre flotte thonière afin de pêcher et de transformer sur place ses produits.

 

Conditions d'exploitation des phosphates de Matam

 

Sur le phosphate de Matam, le député  estime que les ressources minières ne profitent guère aux populations locales,  notamment celles de Hamady Hounaré, Orkadiéré et Ndendory. En effet, dans cette partie du Nord-Est du bassin, dans la région de Matam, ces gisements de phosphate ont été déclarés depuis 1984 avec à peu près 40, 5 millions de tonnes sur un potentiel de plus de 100 millions de tonnes de phosphate de chaux de très grande qualité. Le député rappelle que "l'activité minière à Matam est associée à des impacts environnementaux tels la recrudescence des maladies pulmonaires, les dommages écologiques matérialisés par la disparition de la faune et de la végétation dans les environs des chantiers miniers et la pollution des nappes souterraines. Il faut alors se demander, selon le parlementaire, "si un audit et une étude d'impact environnemental et social ont été menés préalablement à l'exploitation industrielle des phosphates à Matam? Il demande dès lors que le rapport ou l'audit soit mis à leur connaissance.

Il est également à donner, selon Ousmane Sonko, "la plus-value de la SOMIVA (Société minière de la vallée du fleuve) sur le développement des activités économiques des populations locales, mais aussi éclairer sur la pertinence de cet arrêté portant création de la commission nationale de concertation sur les interventions sociales du secteur minier alors que le pillage durait depuis des années au vu et au su de tous".

 

Transactions spéculatives sur les contrats de pétrole sénégalais

 

1- OVIDIU TENDER et les blocs Saloum et Sénégal Sud.

 

En fin 2014, le gouvernement du président Macky Sall a octroyé des contrats d'exploitation des blocs Saloum Offshore ( sur 14.290 km2) et Sénégal Sud Offshore ( sur 15.231 km2). D'après le parlementaire, cela s'est fait "dans des conditions d'une totale opacité au bénéfice du groupe TENDER OIL AND GAS CASAMANCE SARL, filiale de la compagnie TENDER CASAMANCE OIL AND GAS du roumain Ovidiu Tender. Cependant, le député Ousmane Sonko estime que "l'annonce n'a été faite qu'en février 2015 laissant croire ainsi à la presse et aux citoyens que c'est à cette date que les contrats ont été approuvés". Il note que le premier ministre en 2014, lors de son passage à l'Assemblée nationale, avait promis d'en référer aux parlementaires le moment venu. Ce qui n'a jamais été fait. 

 

Cependant, la seule information obtenue estime Sonko, c'est l'engagement  pris par Ovidiu Tender à cumuler les deux blocs pour un montant de 42 millions de dollars US (21 milliards de francs CFA). "Par convention, sous seing privé en date du 30 avril 2016, soit seulement un an après la concession de l'État et avant même la fin de la période initiale de recherche, la société TENDER OIL et GAS CASAMANCE SARL a cédé à une société émiratie dénommée D.A.T CONSULTANCY FAE, 1000 parts sociales représentant 100% de son capital social. 

 

La vente est conclue pour la modique somme de 10.000.000 de francs CFA, soit exactement la valeur nominale du capital de construction", informa le parlementaire de l'opposition.  Se basant sur ce qui précède, "soit TENDER, comme PETRO-TIM, n'était qu'un écran de D.A.T CONSULTANCY FZE depuis le début, ou alors le prix réel de la cession est dissimulé ou minoré pour éviter d'éveiller les soupçons et échapper au fisc sénégalais", considère Ousmane Sonko.

 

Ce dernier se demande à travers cette demande déposée à l'Assemblée nationale, "pourquoi, le gouvernement  du Sénégal a pu concéder ces blocs à ce personnage connu pour ses méthodes peu orthodoxes dans les affaires, telles qu'en attestent ses lourdes condamnations à 12 ans et 7 mois  de prison ferme dans son pays (Roumanie) pour fraude, corruption, blanchiment de capitaux  portant sur 1.193 milliards de Rol (ancienne monnaie roumaine) soit 32 millions d'euros ou 21 milliards de francs CFA."

 

Sonko se posera également la question de savoir sur quelle base technique et financière le ministre du pétrole, qui reçoit et instruit les demandes de titre minier d'hydrocarbures ou de contrat de services, a émis une suite favorable à celle de TENDER OIL ET GAS CASAMANCE SARL, qui de toute évidence n'avait pas réuni les critères requis par les dispositions de l'article 15 de la loi N° 98-05 du 08 janvier 1998 portant code minier?

 

Il faudra également, d'après le leader du Pastef, tirer des conséquences sur le plan fiscal qui a été émis. Il pense également qu'il faut envisager d'empêcher cette opération de pure spéculation sur les blocs  pétroliers sénégalais permettant  l'enrichissement exponentiel d'aventuriers étrangers au détriment du peuple sénégalais.

 

Il faut rappeler que Ousmane Sonko ne s'est pas seulement limité à soulever les questions liées au pétrole, à la pêche. Mais également sur l'état des infrastructures et la problématique foncière en Casamance, la situation du service public de la Poste et l’encadrement des usines étrangères de fabrication de farine de poisson.

 

Il annonce un point de presse dans les  prochains jours afin de rendre compte de la gestion dramatique des affaires de la cité par Macky Sall et son régime.

Mercredi 16 Décembre 2020
Dakaractu




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