Chers Juges, ne soyez pas au service d’un couple ! (Par Mamadou Mouth BANE)


Chers Juges, ne soyez pas au service d’un couple !  (Par Mamadou Mouth BANE)
Nous avons l’habitude la rengaine : «la Justice est dite au nom du Peuple».  Et pourtant, au Sénégal, jamais l’écrasante majorité du Peuple n’est d’accord sur les décisions rendues par la Justice. N’est-elle donc pas dite «au nom d’une partie du Peuple» ? Ce petit peuple aux affaires… Les Juges ont la mission de trancher les conflits entre les humains. Ils rendent justice. C'est une mission divine, dédiée aux humains, pour bâtir une Société où règne la Justice sociale, en attendant le Jugement dernier. Ce jour où Allah l'Unique, l'Eternel, mettra fin à tous les Pouvoirs dérivés pour incarner, à Lui Seul, l’authenticité de la Justice, devant nos actes bons ou mauvais sur terre. Nul n’échappera à cette Justice divine sans recours, ni appel, ni rabat d’arrêt, parce que JUSTE. Il s’agit là de l’Ultime Jugement, les juges de ces tribunaux terrestres, eux-mêmes, ôteront leur robe pour se faire juger.

De mauvais juges, au service du clan de Laurent Gbagbo, ont brûlé la Côte d’Ivoire en inventant «l’Ivoirité», uniquement pour mettre à l’écart l’homme qui préside aujourd’hui aux destinées de ce pays. Dieu n’est-il pas juste ? Au Sénégal, cette même Justice est activée pour écarter Karim Wade et Khalifa Sall de l’élection présidentielle. Cela passera d’abord par la destruction éhontée de leur casier judiciaire. Et la Justice, et l’Administration seront mises à contribution dans ces sales besognes.

 

Oh chers Juges !

Ils ont condamné Mamadou Dia, parce que Senghor le voulait. Ils ont plusieurs fois envoyé l’opposant Me Abdoulaye Wade à Rebeuss, parce qu’Abdou Diouf l’avait voulu. Karim Wade, Khalifa Sall, Aïda Ndiongue, Abdoul Aziz Diop, Omar Sarr, Samuel Sarr, Bamba Fall, Barthélémy Dias, Sidy Lamine Niasse, Imam Alioune Ndao etc… ont été injustement privés de liberté parce, que tout simplement, le Roi Yorouba Macky Sall l’a voulu. Chers juges, Macky Sall a-t-il payé vos études ? Au nom de quoi les juges acceptent-ils toujours de suivre le chemin indiqué par le régime en place, corrompu soit-il ?

La Justice aux ordres n’est pas une nouveauté au Sénégal, les «dossiers signalés» ont toujours existés, c’est-à-dire ceux gérés et surveillés comme du lait sur le feu par le Palais. Finalement, l’indépendance de la Justice n’est rien d’autre qu’une question de responsabilité personnelle, pour chaque juge appelé à dire le Droit. Aucun juge ne doit accepter d’être à la solde d’un chef d’Etat en exercice, appelé demain à quitter le Pouvoir. Même dans un royaume, le juge doit être jaloux de son indépendance. Sa  naissance, son éducation et son honneur doivent le lui exiger…

Chers Juges, vous êtes devenus Magistrats par votre mérite personnel, mais aussi par le sacrifice de vos parents qui se sont investis depuis votre naissance pour que réussissiez. Il vous revient alors de rendre la monnaie à votre pays, le Sénégal, qui vous a formés. Pour cela, vous devez vous mettre au service exclusif de la Nation, du Peuple, dans la dignité, sans accepter de subir l’influence d’un quelconque pouvoir politique, passager et finissant.

Depuis toujours, on a l’impression qu’au Sénégal, les juges sont parrainés par les pouvoirs politiques. Dans la pratique, il semble qu’il y a des juges pro-Senghor, pro-Diouf, pro-Wade et pro-Macky. La pertinence de cette remarque est à trouver dans tous les dossiers politico-judiciaires connus sous les anciens régimes, jusqu’à nos jours. Depuis l’affaire Mamadou Dia, tous les dossiers à incidence politique ont été tranchés en faveur du Pouvoir en place. Si la Justice est dite au nom du peuple, ce dernier rêve d’une Justice qui échappe à tout contrôle de l’Exécutif. Des juges domestiqués par les politiques, volontairement dépendants et sous perfusion financière, ôtent à la Justice toute sa crédibilité. Le Peuple aspire à une Justice en dehors de toute pression et influence politique. Vous avez indépendamment choisi de servir la Justice, donc restez intègres et soyez au service unique de votre Peuple et non du couple présidentiel.

Pour se faire réélire sans risques, Macky Sall compte, en amont, sur un coup de main intelligent de «ses» juges complices et d’agents de l’Administration pour écarter ses adversaires les plus redoutables. Karim Wade a été condamné injustement par une juridiction qui viole les droits de la défense, dénoncée par toutes les organisations de défense des Droits humains, ici et ailleurs, dans un procès sélectif, puisque 25 personnes ont été retenues pour rendre compte. Par la suite, plusieurs parmi ces derniers ont rejoint Macky, et on ne parle plus de leurs dossiers. Ainsi, la morale, l’équité et l’égalité devant la Justice sont ensevelies sous le perron de la CREI. Par l’Administration aussi, on cherche à écarter le candidat du Pds. Son dossier est sur la table du Conseil constitutionnel, qui pourrait le mettre hors course, comme le souhaite Macky Sall. Le contraire surprendrait. Après le service commandé bien exécuté par les juges pro-Macky, le président de l’APR a poussé le candidat du Pds à l’exil. Les juges, après le départ de Karim vers le Qatar, ont certainement dit : «Tout ça pour ça ?».

Khalifa Sall fera face, ce jeudi 20 décembre 2018, aux juges de la Cour suprême, présidée par Badio Camara dont l’ingéniosité et la funeste clairvoyance ont participé à la mise à l’écart de Karim Wade. Là aussi, point de miracle ne peut être espéré.

La démission du Juge Ibrahima Hamidou Dème, celle de Yaya Amadou Dia de la Crei, le limogeage injustifiable et injuste du Procureur spécial Alioune Ndao, les grimaces spectaculaires du coloré juge Taifour Diop sont des temps-forts malheureux dans la marche de la Justice sénégalaise que les magistrats en exercice devraient corriger. Si le Peuple doute de l’impartialité des juges, c’est parce qu’il y a des faits concerts qui le prouvent.

Comme l’avait une fois déclaré Idrissa Seck : «Il est facile de boire son thé, se laver et condamner une personne, sans avoir aucun compte à rendre». Au Sénégal, certains juges se jouent de la liberté des citoyens, surtout lorsqu’il s’agit d’un dossier politique. Jamais les magistrats n’ont surpris les citoyens en prenant une décision qui va à l’encontre de la volonté du Pouvoir en place. Avant même la tenue du procès, on sait le verdict final, car tout dépend du camp où l’on est. Les opposants vont en prison, les tenants du pouvoir ne sont jugés que lorsqu’ils le quittent. Et encore !

Le 19 janvier 2019, le  Conseil constitutionnel se prononcera sur les candidatures de Karim Wade et de Khalifa Sall. Dans les normes, rien ne devrait s’opposer à leurs candidatures, puisque leur condamnation n’est rien d’autre que la volonté politique d’un homme qui s’appelle Macky Sall, transformée en décision de justice. Chers juges, préservez ce pays d’une calamité politique ! Ne dites pas la Justice au nom du président de la République, dites-la au nom du Peuple. Cela, pour garder toute votre dignité d’hommes, toute votre fierté, votre honneur et la reconnaissance de votre Peuple. Ne pensez pas aux strapontins illicites, ni aux privilèges ou avantages indus et passagers de ce bas monde. Pensez plutôt à ce que les Sénégalais retiendront de vous, le jour où vous ne serez plus en service. Investissez-vous pour votre pays, pour avoir la reconnaissance du Peuple, plus importante que celle d’un président de la République.

C’est le lieu de saluer le juge Kenyan David Maraga. On se rappelle au Kenya, le juge en chef David Maraga, président de la Cour suprême, avait délivré un verdict historique, annulant la victoire d’Uhuru Kenyatta et ordonnant l’organisation de nouvelles élections. Contre toute attente, ce personnage très conservateur est devenu le visage d’un renouveau démocratique au Kenya et sur le continent africain. Au Sénégal aussi, nous voulons des juges à l’image de David Maraga et non des hommes en quête de carrière envieuse et au service du couple présidentiel…

Nous assumons fièrement et entièrement nos convictions sur le fonctionnement de notre justice décriée par le Peuple et des juges, eux-mêmes libres. À eux de nous poursuivre pour offense aux magistrats, du moment que dans ce pays maintenant, boire du thé est même devenu un délit d'outrage aux magistrats.

Par Mamadou Mouth BANE
Jeudi 20 Décembre 2018
Dakaractu




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