C’est une affaire aux allures de casse interne qui ébranle l’Institut sénégalais de recherches agricoles. D’après le quotidien Les Échos, près de 40 millions de FCfa auraient été siphonnés des caisses de l’Institut de prévoyance maladie (IPM), mettant en cause trois employées aujourd’hui devant la justice.
Les nommées Léontine Madeleine Diémé, Yaye Nafi Kébé et Fary Diaw Fall ont comparu le 12 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Dakar pour escroquerie, faux et usage de faux en écritures de banque. Elles risquent des peines allant d’un à deux ans de prison ferme.
L’affaire remonte à 2025, lorsqu’une anomalie attire l’attention au sein de l’IPM. À l’origine de la découverte : un message signalant un retrait suspect effectué par un livreur nommé Mame Birame Faye. Alerté, un agent de la structure, Cheikh Wade, entreprend des vérifications et tombe sur une irrégularité de taille : pas moins de 63 chèques portant des signatures falsifiées, notamment celles du directeur général.
Le préjudice est estimé à 40 millions de FCfa. Lors de l’enquête, le livreur a reconnu avoir encaissé plusieurs chèques remis par Léontine Diémé, mais aussi certains provenant de Fary Diaw Fall.
Face aux enquêteurs, Léontine Diémé est passée aux aveux, impliquant directement sa collègue Yaye Nafi Kébé. Elle décrit un système bien rodé : « Elle remplissait et je signais. On se partageait les montants », a-t-elle déclaré à la barre, évoquant des sommes variant entre 200 000 et 300 000 FCfa.
Elle va plus loin en affirmant avoir initié la stagiaire Fary Diaw Fall à ce mécanisme frauduleux, précisant que cette dernière se contentait de recevoir des fonds.
Mais à la barre, les versions divergent. Yaye Nafi Kébé rejette en bloc les accusations, parlant de propos « archifaux ». Elle soutient n’avoir jamais signé de chèques frauduleux, affirmant agir uniquement sur instruction de sa hiérarchie. Elle reconnaît toutefois avoir perçu 120 000 FCfa, qu’elle justifie par une période de maladie.
De son côté, Fary Diaw Fall nie toute implication consciente dans une fraude. Elle admet avoir reçu 160 000 FCfa via un dépôt Wave, mais affirme ignorer l’origine des fonds. Pourtant, selon Les Échos, l’exploitation de son téléphone portable par les enquêteurs aurait contribué à la confondre.
Dans ce dossier, la partie civile ne compte pas en rester là. L’avocate de l’IPM, Me Ndèye Fatou Ndiaye, a réclamé la condamnation solidaire des prévenues à hauteur de 100 millions de FCfa en réparation du préjudice subi.
Le parquet, convaincu de l’existence d’une escroquerie, a requis deux ans de prison ferme assortis d’une amende de 2 millions de FCfa contre Léontine Diémé et Yaye Nafi Kébé. Pour Fary Diaw Fall, il a demandé une requalification des faits en recel, avec une peine d’un an de prison et la même amende.
En face, la défense, assurée notamment par Mes Youssou Guèye et Pape Seny Mbodji, plaide la relaxe au bénéfice du doute.
Le verdict est attendu le 25 mars 2026. Une décision très attendue qui pourrait lever le voile sur ce scandale financier interne et ses véritables responsabilités.