La Délégation générale à l’Entreprenariat Rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ) a publié ce jeudi, un communiqué pour recadrer le débat autour de la réattribution provisoire du marché de construction du Centre Mohamed Bin Zayed (MBZ) pour l’Innovation et l’Entreprenariat, après que des articles de presse ont mis en doute la régularité de la procédure.
Le projet trouve son origine dans un accord signé le 6 février 2020 entre l’État du Sénégal et le Fonds Khalifa de Développement des Entreprises, portant sur un don de 20 millions de dollars US destiné à l’édification du centre MBZ, un immeuble de type R+7 avec mezzanine et deux sous-sols, situé à Mermoz. À l’issue d’un appel d’offres en procédure d’urgence, SERTEM Groupe s’est retrouvée seule soumissionnaire et a décroché le marché pour un montant de 17,24 milliards de FCFA hors taxes et hors douanes, avec un délai d’exécution de 18 mois.
En février 2022, un premier décaissement de 7,5 millions de dollars soit environ 4,31 milliards de FCFA a été effectué par le Fonds Khalifa. La DER/FJ dément formellement les informations faisant état d’une première tranche de 10 millions de dollars.
Des travaux au point mort après 20 mois d’abandon
Au cœur du litige : l’arrêt unilatéral du chantier par SERTEM pendant vingt mois, avec une démobilisation de ses équipes techniques constatée par voie d’huissier. Cette situation a non seulement compromis l’accès au reliquat du don, mais aussi retardé la livraison de l’ouvrage, avec des répercussions sur le rayonnement international du Sénégal.
Pour justifier ses impayés, SERTEM avait invoqué des problèmes liés aux plans architecturaux et aux délais d’exonération fiscale. La DER/FJ balaie ces arguments un à un. Sur les plans, elle rappelle que les documents techniques préliminaires nécessaires au démarrage des travaux avaient bien été fournis, et que le contrôle interne des études relevait des obligations contractuelles de l’entreprise. Sur les exonérations, elle précise avoir obtenu une attestation d’exonération de 8,32 milliards de FCFA dès le 2 août 2021, soit avant même le paiement de l’avance de démarrage.
La DER/FJ dit reconnaître par ailleurs que les contrats d’assistance à la maîtrise d’ouvrage et à la maîtrise d’œuvre ont expiré le 7 septembre 2023, à la suite des retards accumulés, ce qui a mécaniquement paralysé le circuit de validation des décomptes.
Seulement 19,5 % d’avancement pour 5,9 milliards encaissés
Un expert immobilier agréé, désigné conformément aux recommandations des corps de contrôle de l’État, a établi que le taux d’avancement réel du chantier ne dépasse pas 19,5 %. En clair : SERTEM a encaissé 5,91 milliards de FCFA et n’a réalisé que les structures des deux sous-sols et du rez-de-chaussée. Un bilan que la DER/FJ qualifie d’insuffisant au regard des sommes engagées.
Sur la base de ces constats et des recommandations des corps de contrôle, la DER/FJ a engagé la résiliation du marché par arrêté du ministre des Finances et du Budget, après avis favorable de la Direction centrale des Marchés publics (DCMP), conformément à l’article 74 du Code des marchés publics. Une nouvelle procédure d’appel d’offres restreint en urgence a ensuite été lancée, mettant en concurrence trois entreprises.
À l’issue de ce processus, une entreprise sénégalaise remplissant toutes les conditions techniques et financières a été retenue pour un montant de 17,30 milliards de FCFA TTC — inférieur au montant initial du contrat SERTEM, évalué à 25,57 milliards FCFA TTC après prise en compte des exonérations. L’avis d’attribution provisoire a été publié dans le quotidien Le Soleil dans un souci de transparence.
Le recours de SERTEM ne suspend pas la procédure
SERTEM Groupe a introduit un recours juridictionnel, que la DER/FJ s’empresse de relativiser : ce recours n’est pas suspensif et ne bloque ni les effets de la résiliation ni la procédure de passation relancée. La délégation annonce par ailleurs son intention d’« user de toutes les voies juridiques et légales » pour défendre son image et protéger les intérêts de l’État.