Dans sa déclaration au Conseil (des ministres) hier, le chef de l’État a saisi la « perche olympique » pour faire état de toute sa « sensibilité » à l’appel à la paix en Casamance, lancé par le porte-drapeau de la délégation, la judoka sénégalaise, Hortense Diédhiou. Mais cette « sensibilité » de Macky Sall sera sans doute décuplée s’il prête oreille attentive au Pr Souleymane Bachir Diagne, un autre « enfant » de la Casamance. Et pour cause, plus qu’un appel, le philosophe dessine, pour l’État et les acteurs de la recherche de la paix en Casamance, un tracée pour le moins lumineux. Dans un entretien récemment accordé à L’Office, le Pr Diagne Souleymane Bachir, avec qui nous avions évoqué la question s’y est bien épanché. À l’entendre, le discours prospectif à tenir est celui-ci : « Regardez les exigences du monde, de la mondialisation pour nous africains. La voie qui est la nôtre, c’est la voie de la construction de l’unité africaine. Cette espèce de tendance – dont j’espère qu’elle ne va pas se développer – au séparatisme va à l’encontre de l’histoire, à l’encontre de ce que nous commande l’histoire ». Ainsi, pour le Pr Souleymane Bachir Diagne, « nous avons vocation à nous retrouver dans de grands ensembles qui soient des ensembles intégrés. Nous avons donc vocation à dépasser les petits États-nations ; les dépasser vers le haut pour aller vers des ensembles intégrés ». Ce philosophe qui « rêve de connaître dans sa vie, (le bonheur) d’une vraie citoyenneté ouest-africaine », où l’on parlerait de l’Afrique de l’ouest comme « un seul pays », va plus loin dans la recherche d’une paix définitive en Casamance. « À l’intérieur (…), nous devons aussi nous engager dans un processus de dépassement de l’État-nation vers le bas ». Autrement, il faudrait avoir « une véritable décentralisation » qui, suggère-t-il, « va permettre à toutes les identités régionales, locales, qu’elles soient linguistiques, culturelles ou économiques, de s’exprimer ». Ainsi, « il est parfaitement possible qu’à l’intérieur de ces grands ensembles régionaux, que des cohérences s’établissent. Que ce soient des cohérences régionales, locales où par exemple, on peut imaginer que ce qui est aujourd’hui la Casamance soit dans une cohérence locale avec une partie de la Gambie, avec une partie de la Guinée-Bissau », dit-il avant d’ajouter que ces cohérences seront à la fois « économiques, culturelles, etc…, dans un grand ensemble ». Et, pour cela, rassure le Pr Diagne, « nous n’avons pas besoin d’effectuer une véritable vivisection du Sénégal ». « Des hommes de vision » Toujours dans cette même logique, le Pr Souleymane Bachir Diagne estime que « si les acteurs partagent cette vision, il est facile de s’entendre sur les détails ». Toutefois, « cela demande des hommes de vision des deux côtés (de l’État et de la rébellion, NDLR) pour mettre en œuvre les solutions qu’appelle ce schéma », prévient-il. Autrement, il faut d’abord se donner de grands schémas d’ensemble et, précise notre interlocuteur, « dire que nous allons travailler dans ce schéma d’ensemble (…) » qui permettrait à des solutions particulières de se dessiner. Tels sont les offres du Pr Diagne qui se dit « fortement secoué par cette crise qui a duré plus d’une génération ».
Mansour Ndiaye - Loffice
Mansour Ndiaye - Loffice