Candidature de Saif-al-Islam à la présidentielle libyenne : la résurrection d'un condamné à mort.


Il y a dix ans, le Colonel Mouammar Khadafi a été chassé du pouvoir avant d'être tué après une traque de plusieurs mois. Mais la Libye ne s'en porte pas mieux. Miné par une guerre civile, ce pays d'Afrique du nord n’est rien d’autre qu’un État en ruines. Ce que regrette le clan Khadafi. Ainsi, son fils Seif al-Islam profite de ce désenchantement des libyens pour tenter de revenir au pouvoir. Il a donc fait acte de candidature dimanche dernier à Zintan.

Le fils « prodige », issu du mariage du guide de la révolution libyenne avec Safia Farkas, a déposé tous les documents demandés pour prendre part à la présidentielle prévue le 24 décembre prochain. Le bureau de la Haute commission électorale de Sebha lui a délivré sa carte d’électeur. 

Saif al-Islam se présente comme le candidat à même de réunifier la Libye mais également de relancer son économie. « Il n’y a pas d’argent, pas de sécurité (…) nous éclairons la moitié de l’Italie et nous avons des pannes d’électricité ici », déplorait-il dans la seule interview qu’il a donnée à un média étranger, le New York Times, depuis sa libération en 2017.

Alors qu’il était censé raisonner son père et annoncer son départ lors d’une intervention télévisée en février 2011, Saif al-Islam a déçu en prenant fait et cause pour le Colonel Mouammar al Khadafi. Il a dépeint les protestataires de toxicomanes et de criminels et a pris les armes pour garder le pouvoir. Traqué, il est capturé en novembre 2011 alors qu’il se dirigeait vers le sud de la Libye. Touché par un éclat d’obus, il est blessé et perd le pouce et l’index de la main droite. Un groupe armé l’a mis en prison à Zintan, dans le nord-ouest, au sud de la capitale Tripoli. En 2015, il est condamné à mort par un tribunal mais deux ans plus tard, le voilà libre.

En résidence surveillée depuis, le miraculé tire sur la révolution de 2011 qu’il refuse de qualifier ainsi. « Ce qui s’est passé en Libye n’était pas une révolution. Appelez-la une guerre civile », sert-il au journaliste Robert Worth. Une perception qu’il partage avec nombre de ses compatriotes qui seraient prêts à accorder une deuxième chance à ce membre influent du clan Khadafi. Un avocat libyen qui a parlé à Robert Worth prétend avoir réalisé un mini-sondage dont les conclusions sont favorables à Khadafi fils. Sur dix libyens, huit, voire neuf voteraient pour Saif al-Islam.

Mais des voix se sont élevées à Tripoli pour s’opposer à sa candidature. Pour ces Libyens, il n’est pas question qu’un « criminel » soit accepté dans la course au fauteuil présidentiel. Le procureur militaire de Tripoli a demandé à la commission électorale d’interrompre le traitement des documents déposés par Saif al-Islam et invoque les poursuites contre le fils de Khadafi. En effet, la Cour pénale internationale l’accuse de « crimes contre l’humanité » et a mis à son encontre un mandat d’arrêt. 

À Misrata, une ville qui se trouve à 400 kilomètres à l’est de Tripoli, il y a déjà une vague de contestation contre sa candidature. Cette ville rebelle qui a été déterminante dans la reprise de la ville de Syrte des mains de l’État Islamique en 2016,  n’écarte pas un boycott du scrutin du 24 décembre prochain. Il va sans dire que les puissances occidentales, notamment la France et les États-Unis,  n’appréhendent pas positivement le retour dans la scène politique libyenne de celui qui était considéré dans une autre époque comme « réformiste ».

Si sa candidature est validée, Saif al-Islam aura en face des candidats d’envergure. Le maréchal Khalifa Haftar a officialisé sa candidature ce 16 novembre. Il est attendu, selon francetvinfo, que l’actuel chef du gouvernement intérimaire Abdelhamid Dbeibah en fasse de même tout comme le président du Conseil présidentiel, Mohamed al Menfi. L’ancien ministre de l’Intérieur sous Faez el Saraj, Fathi Bashagha est aussi annoncé dans la course.
Mardi 16 Novembre 2021
Dakaractu



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