Le dépistage progresse, mais le suivi et la prise en charge des malades restent le maillon faible. C'est le constat fait par la Dr Oulimata Gueye, présidente de la commission communication de l'Alliance des femmes leaders sénégalaises (AFLS), en marge d'une cérémonie d'échanges sur le dépistage du cancer du sein. Elle est aussi ambassadrice du Forum Groupe Afrique Santé.
Présente dans 14 régions du Sénégal ainsi qu'au sein de la diaspora, en Europe du Nord, en Europe du Sud, en Turquie, en Italie et jusqu'aux États-Unis, l'AFLS entend porter un plaidoyer sur les deux cancers féminins les plus fréquents. La Dr Gueye observe que la sensibilisation est désormais « bien avancée » au Sénégal, où tous les postes de santé dépistent gratuitement durant la campagne d'octobre. « Là où le bât blesse, c'est le suivi et la prise en charge, qui est coûteuse », a-t-elle soutenu, en soulignant que de nombreuses familles ne peuvent pas poursuivre le traitement au-delà des premiers temps.
Pour la présidente de la commission communication, le cancer du col de l'utérus, plus tabou, « fait beaucoup de ravages ». Elle a toutefois rappelé que le cancer du sein demeure une menace pour toutes les femmes. Si un facteur héréditaire existe, « personne n'est épargnée », a-t-elle insisté. Elle a salué l'avancée du dépistage, menée notamment avec la Ligue sénégalaise de lutte contre le cancer, tout en jugeant qu'il est « temps de faire le suivi des cas », qu'il s'agisse de mammographie ou de chimiothérapie. Sur la détection, elle a encouragé l'autopalpation, tout en précisant qu'elle doit être complétée par une mammographie tous les deux ans.
Face à ce qu'elle qualifie de « maladie sournoise », la Dr Gueye plaide pour un relèvement des plateaux techniques. Elle réclame des échographies, des mammographes et d'autres outils d'aide au diagnostic, au moins dans chaque département et chaque centre de santé. Elle dénonce une disparité dans leur répartition : « l'équité n'est pas respectée », a-t-elle déploré, interpellant l'autorité centrale et annonçant que les femmes de l'alliance porteraient ce plaidoyer. Elle a également évoqué le rôle des collectivités territoriales. La santé étant une compétence transférée, certaines municipalités se trouvent selon elle bloquées, par crainte d'être épinglées en cas d'audit. Elle appelle à leur donner davantage de latitude pour intervenir dans les communautés.
Il ne s’agit pas seulement de faire recours à la prise en charge médicale. En effet, l'AFLS entend accompagner les patientes après la guérison, vers l'insertion économique et professionnelle, par le coaching et la solidarité féminine. La Dr Gueye a aussi souligné l'importance de la prise en charge psychologique, la santé mentale posant, dit-elle, « énormément de problèmes au Sénégal ». Elle a enfin rappelé que d'autres cancers touchent les femmes et font trop peu l'objet de débat, avant de lancer cet appel : « Tous ensemble contre le cancer. »