Canada / Québec : un Sénégalais accusé d’avoir détourné plus de 180 000 $ d’aide sociale avec 55 faux dossiers

Un Sénégalais de 45 ans, sans statut légal au Canada, est détenu à Montréal dans une importante affaire de fraude présumée visant le ministère québécois de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Omar Ndiaye est soupçonné d’avoir utilisé de multiples identités et de faux documents pour présenter 55 demandes d’aide de dernier recours, dont 37 auraient été acceptées. La poursuite estime que plus de 180 000 dollars d’argent public auraient ainsi été détournés. La défense conteste toutefois cette version et avance qu’un autre individu pourrait être à l’origine du stratagème.


Omar Ndiaye, un ressortissant sénégalais de 45 ans, se trouve derrière les barreaux depuis son arrestation survenue le mois dernier au Québec. Il fait face à de lourdes accusations dans une affaire de fraude présumée au détriment du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS), qui aurait subi des pertes de plus de 180 000 dollars.
 
Selon la thèse présentée par la Couronne, les faits reprochés se seraient déroulés entre août 2024 et mars 2026. Durant cette période, Omar Ndiaye aurait présenté pas moins de 55 demandes d’aide de dernier recours en utilisant différentes identités et en créant de faux profils de bénéficiaires.
 
La majorité de ces démarches auraient été effectuées en ligne. Sur les 55 demandes soupçonnées d’être frauduleuses, 37 auraient finalement été approuvées par le ministère, permettant le versement de plusieurs milliers de dollars.
 
Un élément particulier a attiré l’attention des enquêteurs : plusieurs dossiers comprenaient des photographies présentant, selon la poursuite, « une très grande ressemblance » avec Omar Ndiaye, alors même que les demandes auraient été enregistrées sous différentes identités.
 
 
Ces éléments ont été exposés devant le palais de justice de Montréal par le procureur de la Couronne, Me Julien Beaulieu, lors de l’enquête sur la remise en liberté de l’accusé.
 
La poursuite s’appuie également sur des images de vidéosurveillance. Selon les éléments présentés devant le tribunal, des caméras auraient filmé Omar Ndiaye alors qu’il effectuait des retraits avec des cartes bancaires établies au nom de trois autres personnes.
 
Les policiers l’auraient également observé récupérant du courrier dans plusieurs boîtes postales à une adresse qui ne correspondait pas à son domicile déclaré.
 
L’enquête aurait pris une autre dimension après la découverte, par un ancien propriétaire de l’accusé, de plus de 140 lettres provenant notamment du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, du gouvernement fédéral et d’un établissement bancaire. Ces correspondances étaient adressées à plusieurs personnes différentes.
 
Pour la Couronne, cette multiplication présumée des identités constitue un élément majeur dans l’évaluation du risque de fuite.
 
« M. Ndiaye multiplie l’utilisation de différentes identités, si bien qu’il constitue un risque de fuite imminent », a notamment soutenu Me Julien Beaulieu devant le tribunal.
 
Au moment de son arrestation, les enquêteurs auraient par ailleurs découvert un passeport de la République démocratique du Congo établi sous un autre nom, mais comportant une photographie de l’accusé.
 
Omar Ndiaye a tenté d’obtenir sa remise en liberté dans l’attente de son procès. Devant la justice, il a notamment expliqué que vivre au Canada représentait pour lui « un rêve » et assuré qu’il n’avait aucune intention de prendre la fuite.
 
Le Sénégalais ne disposerait actuellement d’aucun statut légal au Canada. Il affirme travailler sans autorisation comme plongeur dans un restaurant de Montréal. Selon les informations présentées devant le tribunal, il aurait auparavant vécu en Espagne entre 2005 et 2023.
 
Ses garanties n’ont toutefois pas convaincu la juge Sonia Mastro Matteo, qui a ordonné son maintien en détention.
 
La magistrate a notamment estimé que le lieu de résidence de l’accusé au Canada était « difficilement identifiable ». La proposition d’un dépôt de garantie de 4 000 dollars n’a pas davantage suffi à la convaincre.
 
« Le dépôt de 4000 $ (qui constitue une somme importante) est insuffisant pour garantir que M. Ndiaye se présenterait au Tribunal et qu’il respecterait les conditions de mise en liberté », a conclu la juge.
 
Selon la poursuite, Omar Ndiaye pourrait encourir une peine de trois à cinq ans de pénitencier s’il était finalement reconnu coupable des infractions qui lui sont reprochées.
 
La défense présente cependant une version très différente de l’affaire. Elle soutient que les éléments de preuve communiqués permettent d’envisager qu’un autre suspect puisse être à l’origine des 55 demandes frauduleuses.
 
Selon cette hypothèse, Omar Ndiaye aurait lui-même pu être victime d’une usurpation d’identité. La défense affirme ainsi que les demandes auraient pu être déposées par une tierce personne utilisant ses renseignements personnels.
 
Mardi 25 Aout 2026
Dakaractu