CHRONIQUE DE AKD : Ndioba seck : Pourquoi 64 coups de couteaux ?


CHRONIQUE DE AKD : Ndioba seck : Pourquoi 64 coups de couteaux ?
La dame, frêle et longiligne, raccrocha son téléphone après avoir échangé avec son supposé amant, le sieur Aly moto en surnom. Elle s’empressa de passer un vêtement, saisit son téléphone et sa pochette et malgré l’heure tardive décida de se rendre à l’arrêt SIPS, une zone vide et balayée par un vent frais et dont les uniques fréquentations sont les commerces qui ferment tard le soir. Elle aperçut un homme qui lui faisait signe dans une pénombre et hâta le pas pour le rejoindre.
Le lendemain les passants et la police découvrirent une femme, morte avec 64 coups de couteaux révélés par l’autopsie.
L’enquête sur la mort de la dame nommée Ndioba seck a été bouclée par la police. Un crime qui a choqué grand monde non pas à cause du crime lui-même mais de l’atrocité avec laquelle il a été perpétué. Pourquoi justement 64 coups de couteaux ? Dans l’hypothèse que la dame soit tuée par son amant et non pas par lui et ses amis, il faut comprendre les motivations profondes. Il y’a un problème de jalousie et de rancœur, qui sont chaque jour renforcées par l’état de grossesse de la dame.
La présence du fœtus gênait l’amant de la dame et c’était devenu pathologique. Le fœtus était perçu comme une barrière par Aly moto, une barrière à laquelle il semblait impuissant. Pire l’échec des tentatives répétées pour faire avorter la dame était perçu par Aly comme un rejet de la dame et une sorte de relégation au second plan.
Tant que le fœtus était là, le cœur de la dame ne lui sera jamais acquis et une fois arrivé au monde, l’enfant et son père s’intercaleront toujours entre Aly et Ndioba seck.
Cette union était devenue intenable. Mais il y’a un aspect qui relève de la psychologie et de la science du comportement, selon mes études et recherches, dont je pense qu’il est l’élément déclencheur. C’est l’enfant que portait la dame Ndioba seck. Cet enfant a-t-il été un trauma pour Aly moto ?
Certainement oui, donc il faut prendre en compte l’hypothèse selon laquelle cet enfant a réveillé en la personne d’Aly moto le chaos émotionnel et mental qui sommeillait en lui. J’explique un peu : les faits déclencheur de trauma peuvent survenir à la suite de meurtre, de viol, de maltraitance et cela entraine des séquelles allant du stress, à la dépression en passant par ce qu’on appelle un T.E.C (trouble extrême du comportement) qui comporte deux aspects : d’une part celui qui en est victime souffre d’un tel désordre émotionnel qu’il perd le contrôle de ses actes une fois qu’il est mis en situation, et d’autre part on remarque aussi la personne construit un système de pensée qui justifie chacune de ses actions.
D’où l’importance du terme «  trouble extrême du comportement) qui désigne un grand désordre émotionnel, un chaos émotionnel qui pousse l’individu à en arriver à des extrémités (extrêmes) incroyables. Dans l’hypothèse qu’Aly ait agi seul, voilà ce qui explique les 64 coups de couteaux.
L’homme s’avança, le regard fixe sur le ventre de la jeune dame.
Dopé par des poussées névrotiques et totalement déconnecté de la réalité, l’individu se mit systématiquement à fixer le ventre de la jeune dame, coup après coup, ses mains baignant dans une mare de sang.
La dame, qui se vidait toujours de son sang avait cessé depuis longtemps de vivre, peut-être au 12 éme coups de couteaux. Tous les autres coups étaient portés sur un cadavre. Mais en raison des spasmes post mortem, le détraqué continuait toujours ses coups, pensant que la dame vivait toujours.
Au Sénégal le crime est devenu récurrent. Il faut aller chercher l’explication dans la conjoncture nationale actuelle à laquelle il faut ajouter le défaut de compétence de vie, la non intégration et la non assimilation des interdits domestiques et conséquemment des interdits sociaux, mais surtout le défaut d’éducation et de suivi parental.
La conjoncture ne fait qu’accentué et mettre en exergue ce qui était latent en chacun de nous. Il faut se rendre à l’évidence, ce pays fout le camp et les autorités en sont conscientes.
Le peuple dans sa grande majorité attend qu’un miracle se produise. Il ne se passera absolument rien. Chacun d’entre nous pense que ces phénomènes marginaux n’arrivent qu’aux autres.
On se trompe lourdement. C’est une question de processus arrivé à maturation et qui explose. C’est l’arrivée de la génération des années 90 qui sont nées au même titre qu’internet et dont les parents, pour la majorité, n’ont pas bénéficié de l’assistance et de la protection de la communauté.
Avant, même sans éducation parentale, la communauté était là pour suppléer les parents. Les interdits sociaux étaient connus et appliqué car la sanction communautaire était plus forte et plus crainte.
Les familles avaient hontes de se particulariser en mal, d’être la risée des quolibets. La communauté jouait le rôle de la conscience collective et toutes les familles veillaient à ce que leurs enfants grandissement avec de solides convictions, une éducation rigoureuse, la crainte de décevoir et un désir ardent d’honorer le  nom de ses parents.
Tout ça a disparu. Il reste l’individualisme, le cloisonnement, l’absence de censure et une interdiction totale érigée en règle de s’occuper de la progéniture de l’autre et pire de tenter de le corriger. Tout le monde laisse faire. Et les enfants grandissent sans avoir au moins une fois appris quelque chose de leurs parents en termes d’interdits sociaux, de correction et ou de punition.
Ce sont des enfants libres avec internet, libres de faire ce que bon leurs semble, totalement impolis, incorrects, vicieux et épidermiques, téméraires et dévergondés.
Le reste, c’est une question de circonstance. Une dispute banale, un tiraillement pour une pièce de monnaie, le désir insoutenable d’avoir son joint ou son « sniff » quotidien, le désir d’avoir une relation sexuelle à force de se gaver de sexe devant les sites pornos, la jalousie, la rancœur, la haine.
ALY KHOUDIA DIAW SOCIOLOGUE
 
Samedi 22 Février 2020
Dakaractu



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