« Cette victoire marocaine est également une victoire pour l’Afrique ». Par cette simple phrase, le communiqué du Cabinet royal diffusé au lendemain de la finale a établi l’orientation : la Coupe d’Afrique des nations accueillie par le Maroc se présente comme une étape majeure pour le continent, bien au-delà d’une simple démonstration nationale. Derrière cette formulation, une analyse largement partagée dans les sphères sportives et institutionnelles africaines : l’édition 2026 de la CAN a marqué un tournant décisif pour la compétition.
Les statistiques attestent de ce changement d’ampleur. Au-delà de 1,34 million de personnes ont suivi les 52 matchs organisés dans neuf enceintes réparties entre six cités, représentant approximativement 26 000 spectateurs par rencontre. D’après la Confédération africaine de football (CAF), les recettes commerciales ont augmenté de plus de 90 %, grâce à la hausse des droits de diffusion et à l’expansion du nombre de partenaires commerciaux. Plus suivie, plus lucrative et plus médiatisée, la CAN organisée au Maroc s’affirme comme l’édition la plus ambitieuse jamais réalisée.
Dans les faits, la manifestation a considérablement transformé l’organisation urbaine. À Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech, Agadir ou Fès, les soirées de compétition ont modifié les habitudes : concentration importante aux abords des stades, utilisation prolongée des espaces publics, activité économique parallèle stimulée par la fréquentation. La performance des équipements – terrains, gradins protégés, prestations intégrées, gestion des déplacements – a permis d’offrir une expérience rarement observée lors des grandes manifestations africaines. Un sujet de satisfaction pour le souverain du royaume chérifien, Mohamed VI. « Le Maroc demeure fier d’avoir proposé, sur son territoire, un mois de célébration populaire et d’intensité sportive, et d’avoir participé au prestige de l’Afrique et de son football », indique le communiqué du cabinet royal.
Cette réussite organisationnelle n’a cependant pas été sans difficultés. Des problèmes ont été constatés au début de la compétition, particulièrement concernant la billetterie et certains points d’accès. La finale, notamment, a été entachée par des débordements en conclusion de match, officiellement admis dans le communiqué royal, qui mentionne des comportements regrettables. Un moment qui illustre que ces grands rassemblements cristallisent, au-delà de l’aspect sportif, une importante dimension émotionnelle. Le Royaume a toutefois souhaité minimiser l’impact de ces faits : « il reste néanmoins qu’une fois l’émotion apaisée, la solidarité interafricaine reprendra naturellement sa place, car cette victoire marocaine est également une victoire africaine. »
L’important se situait autre part. Pour Rabat, l’objectif était de prouver une aptitude organisationnelle majeure, sur la durée. Neuf stades conformes aux normes internationales, des liaisons ferroviaires améliorées, des aéroports rénovés, des espaces d’animation organisés et supervisés : jamais une CAN n’avait disposé d’un tel dispositif logistique. Plus de 120 projets d’infrastructure et de rénovation ont été réalisés en préparation, tandis que les autorités prévoyaient entre 600 000 et 1 million de visiteurs étrangers. Les bénéfices touristiques sont estimés à plus de 12 milliards de dirhams.
Un modèle continental
Au niveau de la CAF, cette édition est désormais considérée comme un modèle. L’organisation continentale a félicité une organisation atteignant des critères internationaux, tout en insistant sur l’effet économique sans précédent de la compétition, y compris sur des marchés audiovisuels en croissance à l’extérieur de l’Afrique. La CAN marocaine représente ainsi un moment charnière dans la démarche de développement commercial du football africain.
Ce résultat s’intègre dans une dynamique de longue durée. Depuis plus de dix ans, le Maroc développe un système sportif consolidé : structures de formation, académies, football féminin, futsal, arbitrage. Les succès sportifs ont accompagné cette progression, de la performance des Lions de l’Atlas au Mondial 2022 aux résultats des équipes de jeunes sur les plateformes continentale et internationale.
Un échange entre le Maroc et le Sénégal
Cette performance organisationnelle s’est traduite sur le plan diplomatique quelques jours après la clôture de la compétition. Si le roi du Maroc, Mohamed VI, s’est placé dans une position d’unité en affirmant que « rien ne pourrait affecter la proximité développée au cours des siècles entre nos peuples africains, ni la coopération fructueuse établie avec les différents pays du Continent et renforcée par des partenariats toujours plus ambitieux », son propos s’est matérialisé peu après. Accueilli par son homologue Aziz Akhannouch, le 26 janvier, lors de son déplacement au Maroc, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a cherché à écarter toute lecture politique des incidents survenus pendant la finale. « Les débordements constatés doivent être considérés comme des manifestations émotionnelles liées à la passion et non comme des éléments politiques ou culturels. »
Ousmane Sonko a également explicité la signification de ce déplacement effectué juste après la CAN. Selon lui, cette visite n’était pas « un déplacement de réconciliation », mais bien « un déplacement de consolidation, de dépassement et de reconstruction du lien à l’échelle de deux nations qui se respectent, se reconnaissent et se projettent ensemble ».
Pour sa part, le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch a souligné que les relations entre le Maroc et le Sénégal reposent sur « une base solide », fondée sur une coopération pérenne et une harmonie de perspectives à l’échelle continentale. Comme pour confirmer la qualité des relations bilatérales, Mohamed VI a également organisé un déjeuner en l’honneur du Premier ministre sénégalais.