Burkina Faso : Quatre ans d'attaques terroristes sans répit


Entre le 19 août dernier et le 12 septembre, le Burkina Faso a enregistré quatre attaques qui ont fait en tout 61 victimes dont 28 éléments des forces de sécurité. Toutes ces attaques se sont produites dans le nord du pays pris pour cible par des groupes affiliés aux jihadistes. Mais cette situation n'est pas nouvelle.
Depuis maintenant quatre années, cette partie du pays des Hommes intègres est ciblée par des groupes armés terroristes liés à Al Qaida au Maghreb islamique ou à l'Etat islamique. La capitale Ouagadougou n'a pas été épargnée. D'ailleurs, tout est parti de là.
Le 15 janvier 2016, le bar Taxi Brousse, le restaurant Le Cappuccino et l'hôtel splendid sont attaqués par des hommes armés. À la fin des opérations, 30 décès sont déplorés par les autorités burkinabé. Deux jours plus tard, Aqmi publie un communiqué pour revendiquer l'attaque menée, selon lui, par le groupe Al Mourabitoune dirigé alors par l'Algérien Mokhtar Belmokhtar. Selon le communiqué d'Aqmi, le commando est composé de trois hommes dont un national.
Le Burkina Faso qui était épargné avant la chute de Blaise Compaoré inaugure l'ère des attentats. Et ça ne va plus s'arrêter. Le 16 décembre de la même année, un détachement composé de gendarmes et de militaires chargés de la lutte contre le terrorisme est pris au dépourvu par des hommes armés. Le bilan est lourd. Douze éléments des forces de sécurité sont morts sous les balles des assaillants qui se révéleront être membres du groupe Ansar Al Islam et de l'Etat islamique dans le Grand Sahara.
Le premier est un groupe local créé par un jihadiste burkinabé peulh du nom de Malam Ibrahim Dicko tandis que le second est le bébé d'Adnan Abou Walid as-Sahraoui. Cette attaque a annoncé la naissance de Ansarul Islam, mais aussi a sorti le groupe de Sahraoui de l'anonymat puisque c'est à la suite de cette action d'envergure qu'il a commencé à taper dans l’œil du commandement central de l'Etat islamique. Quelques temps après, son allégeance est acceptée à la faveur de la parution de l'hebdomadaire de l'État islamique « al Naba ».
La partie nord-est, frontalière avec le Mali, devient dès lors la préférée des jihadistes qui, peu à peu, réussissent à s'y implanter. Les nouvelles autorités ne prennent pas la mesure de l'insécurité galopante dans le nord. Mais l’appétit des jihadistes pour Ouagadougou ne s'est pas tari.
Les 13 et 14 août 2017, la terrasse du Café-Restaurant est canardé de balles par des assaillants venus à motos. Aucune chance de survie n'est alors donnée aux occupants des lieux et cela va se ressentir sur le bilan. Dix neuf personnes, compte non tenu des deux attaquants, périssent. Mais cette attaque ne sera jamais revendiquée même si le Groupe de soutien à l'Islam et aux Musulmans (GSIM) dont la naissance a été annoncée le 1er mars 2017 par les dirigeants de quatre groupes jihadistes (Al Mourabitoune, Emirat du Sahara d'Aqmi, Ansar Dine et Front de Libération du Macina) est soupçonné d'en être l'auteur. Selon des spécialistes des mouvements jihadistes, c'est la forte présence de musulmans parmi les victimes qui explique ce silence radio des jihadistes. Des cheikh Koweïtiens, salafistes, de même que des étudiants burkinabé appartenant à cette branche sont morts dans cette attaque. Un libano-sénégalais qui s'était installé à Ouagadougou pour des raisons professionnelles fait partie des victimes.
Avec l'arrestation du Général Gilbert Diendéré, l'alors patron du régiment de sécurité présidentielle, le Burkina Faso prête le flanc à propos de la guerre du renseignement. La preuve, le Gsim va frapper une nouvelle fois la capitale.
Le 02 mars 2018, c'est à dire un an après son premier anniversaire, le groupe dirigé par le touareg Iyad Ag Ghali, s'attaque à des bâtiments stratégiques tels que l'Etat major des forces armées et l'Ambassade de France à Ouagadougou. Deux équipes vont mener l'opération qui se déroule concomitamment dans ces deux lieux distants de 1,5 km. Le bilan est tout aussi lourd. Selon la procureure Maiza Sérém, 08 militaires burkinabé ont été tués. Le même nombre de morts est annoncé pour les assaillants. Ce qui porte le bilan à 16 décès et près de 90 blessés. L'attaque sera revendiquée par le GSIM et présentée comme une action en représailles à la mort de Mohamed Ould Nouini et d'autres cadres du groupe tués par une opération de l'armée française au Mali.

Mohamed Ould Nouini ou Hassan al Ancari était le commandant militaire d'Al Mourabitoune. Il a été cité comme le principal instigateur du premier attentat de Ouagadougou et de Grand Bassam, qui s'est produit quelques mois plus tard. Cet arabe de Gao a gravi les échelons dans le monde jihadiste nord-malien et a occupé la place de chef à la place du chef. C'est ce qui lui a valu d’être ciblé par Barkhane, en même temps que d'autres gros bonnets du jihad. Il avait fini de faire d'Al Mourabitoune, la branche des attaques extérieures d'Aqmi. Son élimination par l'armée française permet depuis lors à certaines capitales régionales, dont Ouagadougou de souffler. 
Qu'à cela ne tienne, le nord de l'ancienne Haute Volta n'est pas encore sorti de l’ornière. En attestent les attaques enregistrées presque chaque semaine dans sa partie septentrionales et qui auraient fait 500 morts.
Les nouvelles autorités soupçonnent l'ancien régime d’être mêlé à cette situation et lui prête des collusions avec les groupes terroristes. Des accusations que Blaise Compaoré, déposé par un soulèvement populaire en octobre 2014, a balayé au travers d'une lettre adressée à Roch Marc Christian Kaboré. L'ancien président se met à la disposition des nouveaux décideurs pour éliminer le mal qui gangrène le nord du pays. Une « requête » à peine entendue par Kaboré qui semble pourtant perdu face à la récurrence des attaques terroristes dans le nord-est.
Vendredi 13 Septembre 2019
Dakaractu



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