Blocage des lycées en France: le gouvernement souhaite une reprise des cours où la sécurité le permet


Après une semaine de blocages de lycées marquée par de vives tensions en France, l'exécutif souhaite que les cours reprennent dès lundi 4 octobre partout où la sécurité le permet, et fixe un calendrier pour répondre à une partie des revendications, à la veille d'une journée de mobilisation redoutée. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé dimanche soir que les cours reprennent dès ce lundi « partout » où les conditions de sécurité le permettent, dans une « feuille de route » adressée à plusieurs de ses ministres, qui fixe un calendrier pour répondre à une partie des revendications.

Le chef du gouvernement demande notamment le lancement dans chaque académie en France dès cette semaine d'un « traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus », avec un premier bilan attendu le 16 octobre. Il convoque également une réunion mardi avec les présidents de région sur la rénovation des établissements scolaires et réclame à ses ministres de premières propositions d'améliorations de Parcoursup d'ici à la fin octobre.

En Île-de-France, la présidente de la région, Valérie Pécresse, s'attend à ce que plus d'un tiers des lycées restent fermés ce lundi, soit plus de 160 établissements. Plusieurs lycées sont passés aux cours à distance. Une situation que déplorent les professeurs. Entre 400 et 500 établissements encore fermés ce lundi Parti mi-septembre d'un lycée de Créteil en région parisienne, le mouvement des lycéens – qui réclament notamment plus de moyens humains et financiers, dénoncent les absences non remplacées de professeurs, le délabrement des bâtiments – s'est étendu à toute la France et s'est enflammé cette semaine, marquée par une multiplication d'incidents et d'affrontements avec les forces de l'ordre. Façades incendiées, professeurs agressés...

Sur les 3 700 lycées du pays, « entre 400 et 500 » ont dû suspendre leurs cours vendredi, parce que les conditions de sécurité matérielles n'étaient « pas remplies », ou que des personnels « ont été directement visés » et « il y en aura probablement autant lundi, mais avec une reprise partielle des cours », a indiqué dimanche le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray, sur les médias France 2 et France Inter.

Depuis les premiers blocages, « 78 personnels de l'Éducation nationale ont été blessés, [...] 24 établissements ont été incendiés ou saccagés » et en incluant les dégradations de logements de fonction, la facture atteint probablement « entre 20 et 30 » millions d'euros, a résumé le ministre. Une assemblée générale où des jeunes ciblent une éducation « très inégalitaire » Surplombées par la basilique du XIIIe siècle, quelque 350 personnes ont participé dans le calme, à Saint-Denis, à une assemblée générale en plein air, sous le soleil pendant des heures.

Parmi eux, des dizaines de lycéens de différents départements d'Île-de-France, appelés à poursuivre le mouvement des blocus de lycées, qui entre lundi dans sa troisième semaine. Ils regrettent que le gouvernement « ne les calcule pas », jugent l'éducation « délaissée » et « très inégalitaire » Deux jeunes majeurs, étudiants, donnent le ton du rassemblement, encadré par le collectif Red jeunes. « Les organisations autour sont en soutien mais c'est vous qui allez parler », annonce aux élèves Walid Mansouri, ex-candidat sur la liste de Bally Bagayoko aux municipales, lançant d'emblée le débat sur « les violences policières » et « le chiffre record de 5 000 arrestations » depuis la semaine dernière, donné par le ministère de l'Intérieur.

« C'est notre mouvement, c'est notre colère, on ne pourra pas nous la voler », clame Soumaya Sarré, 18 ans, ex-lycéenne à Bondy devenue étudiante à la Sorbonne, assurant, elle, n'être « pas militante » d'un parti. « Quand on est élève de banlieue, la violence est décuplée », répète-t-elle aux lycéens, insistant sur le cas d'un adolescent ayant perdu ses dents d'un tir de lanceur de balles de défense (LBD) en marge d'un blocus et celui d'un blessé à l'œil. L'assemblée générale semble répondre au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui a écrit quelques heures plus tôt sur le réseau social X : « Face à des accusations graves et sans fondement d'interventions soi-disant brutales et disproportionnées qui seraient dirigées de surcroît contre “les jeunes racisés issus des quartiers populaires”, je veux évidemment m'inscrire en faux ».

Un parc vétuste malgré les sommes investies par les régions L'état du bâti constitue un sujet majeur d'inquiétude : environ 70 % des bâtiments scolaires en France ont plus de 50 ans et souffrent de vétusté et de mauvaise isolation thermique malgré d'importantes sommes débloquées par les régions. Selon les derniers chiffres officiels, environ 2,5 milliards d’euros ont été investis dans les lycées en 2024, par les Régions et les collectivités territoriales, la plus grande partie étant consacrée à la construction et à la rénovation. La France dépense par ailleurs davantage par lycéen que la moyenne des pays de l’OCDE.

Mais les besoins restent immenses : le parc est vieillissant. Seuls 15 % des bâtiments des établissements publics du second degré ont été construits ou rénovés depuis moins de dix ans. Pire, le parc des lycées professionnels a en moyenne 71 ans, contre 65 ans pour celui des lycées généraux et technologiques. À cela s’ajoute un contexte budgétaire tendu. En 2023, Emmanuel Macron s’était fixé l’objectif de rénover 40 000 bâtiments scolaires en dix ans.

Mais cet été, le gouvernement a réduit de 40 millions d’euros l’enveloppe d’un plan d’urgence destiné à adapter les écoles aux fortes chaleurs. Quant aux régions, elles dénoncent 1,3 milliard d’euros de budget en moins, qu’elles attribuent notamment aux ponctions de l’État. Elles affirment avoir déjà été ponctionnées de 1,7 milliard d’euros en deux ans.
Lundi 5 Octobre 2026
RFI