La crise qui secoue la filière coton au Bénin risque de s’envenimer avec la décision du gouvernement béninois de gérer les activités de transformation du coton graine et de commercialisation des produits finis. Cette situation, résultante de la volonté du pouvoir de rompre unilatéralement l’accord cadre pour la gestion de la filière coton mettra plus de 4000 personnes dans la rue et risque de porter un coup grave au tissu industriel du pays.
La filière coton vit des heures troubles au Bénin depuis la crise née entre l’Association Interprofessionnelle du Coton (AIC) et le gouvernement pour des motifs de dysfonctionnements graves que l’Etat aurait relevés dans la gestion de la filière. Après avoir géré une campagne 2012-2013 que le gouvernement lui-même qualifie d’exceptionnelle, l’Etat béninois prend en mains les activités d’égrenage et de commercialisation du coton. Au grand désarroi des sociétés d’égrenage gérées par le privé. Ces activités, jusque là, relèvent normalement des dix (10) sociétés d’égrenage installées depuis une vingtaine d’années et qui exploitent dix-neuf (19) usines sur le sol béninois. Cette décision, selon un responsable de l’AIC, vide les sociétés d’égrenage de coton de leur substance. Celles-ci se voient dans l’incapacité d’exercer les activités pour lesquelles l’Etat leur a donné un agrément d’installation à savoir la transformation du coton graine et la commercialisation des produits finis, poursuit-il.
Les 15F de la discorde
Au cœur de cette situation périlleuse, l’intransigeance du gouvernement béninois. Les deux parties ont du mal à s’entendre sur les modalités de cette collaboration exceptionnelle. En effet, selon des sources proches du dossier, les conditions d’exploitation proposées par le gouvernement paraissent inappropriées aux égreneurs de même que la rémunération de la prestation d’égrenage à façon qui est très inférieure à son coût de revient. Les sociétés d’égrenage, soucieuses de la continuité de leur exploitation ont fait part de leurs préoccupations aux membres du Comité Interministériel mis en place pour négocier les modalités de mise en œuvre de ladite décision. Elles souhaitent une rémunération de 65 FCFA pour l’égrenage à façon contre 50 FCFA proposés par le gouvernement alors que le coût serait raisonnablement de 90 FCFA selon les experts de la filière, confesse un des responsables d’usine. Les préoccupations exprimées par ces sociétés, véritables acteurs de la filière coton et reconnues pour le respect de leurs engagements au plan international, ne semblent pas convenir au Comité Interministériel. Ceci se justifierait par le fait que le gouvernement a prévu de réaliser un gain de huit (08) milliard de FCFA dans cette opération. Nonobstant ces contestations, le gouvernement aurait décidé de maintenir ses conditions pour l’égrenage à façon, à prendre ou à laisser. A défaut de signer le contrat qui leur a été soumis, les usines pourraient être « réquisitionnées ». Les sociétés d’égrenage de coton sont donc réduites à travailler pour le compte du gouvernement du Bénin, à des conditions qui compromettent leur survie.
Mesure aux conséquences lourdes
Les sociétés d’égrenage au Bénin fonctionnent environ 4 mois sur 12 mais doivent supporter des charges salariales et autres sur toute l’année. De même, la situation est critique d’autant qu’elles se sont déjà approvisionnées en intrants industriels pour la campagne d’égrenage qui devrait démarrer incessamment. La radicalisation de la position du gouvernement béninois pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’économie du pays. La situation pourrait aboutir rapidement à la destruction du tissu industriel du Bénin constitué essentiellement des sociétés d’égrenage de coton et au licenciement d’une bonne partie du personnel de ces sociétés (environ 4000 emplois visés). L’environnement des affaires au Bénin, à la recherche d’un nouveau souffle après la Table ronde sur le partenariat public privé tenue fin Octobre 2012, en sera sérieusement affecté. Et il apparait de plus en plus évident qu’au Bénin, les faits et la réalité des affaires sont en contradiction flagrante avec les déclarations officielles sur les télévisions nationales ou internationales et à l’occasion des rencontres internationales. De même, des conflits d’intérêts pourraient naître de cette option du gouvernement. L’Etat s’est en effet attaché les services d’experts qui sont des négociants de coton fibre et aussi clients et actionnaires de sociétés d’égrenage de coton installées au Bénin. Ces consultants qui disposent des compétences incontestables en matière de commercialisation des balles de coton seront également les principaux acheteurs avec lesquels le gouvernement contractera pour la vente des fibres qui seront produites. Une entorse aux règles d’éthique et de conflits d’intérêts si chères aux gouvernants béninois, murmure-t-on dans les milieux du coton. Tout ceci au nez et à la barbe des partenaires techniques et financiers qui continuent de délivrer des satisfécits au gouvernement en matière de bonne gouvernance et de promotion du secteur privé. Quand bien même le pays est dans les profondeurs du dernier classement de Doing Business (175ème sur 185 pays) et trient la lanterne rouge des pays de l’UEMOA. A cette allure, le bout du tunnel ne semble pas proche.
Alain MISSITE
La filière coton vit des heures troubles au Bénin depuis la crise née entre l’Association Interprofessionnelle du Coton (AIC) et le gouvernement pour des motifs de dysfonctionnements graves que l’Etat aurait relevés dans la gestion de la filière. Après avoir géré une campagne 2012-2013 que le gouvernement lui-même qualifie d’exceptionnelle, l’Etat béninois prend en mains les activités d’égrenage et de commercialisation du coton. Au grand désarroi des sociétés d’égrenage gérées par le privé. Ces activités, jusque là, relèvent normalement des dix (10) sociétés d’égrenage installées depuis une vingtaine d’années et qui exploitent dix-neuf (19) usines sur le sol béninois. Cette décision, selon un responsable de l’AIC, vide les sociétés d’égrenage de coton de leur substance. Celles-ci se voient dans l’incapacité d’exercer les activités pour lesquelles l’Etat leur a donné un agrément d’installation à savoir la transformation du coton graine et la commercialisation des produits finis, poursuit-il.
Les 15F de la discorde
Au cœur de cette situation périlleuse, l’intransigeance du gouvernement béninois. Les deux parties ont du mal à s’entendre sur les modalités de cette collaboration exceptionnelle. En effet, selon des sources proches du dossier, les conditions d’exploitation proposées par le gouvernement paraissent inappropriées aux égreneurs de même que la rémunération de la prestation d’égrenage à façon qui est très inférieure à son coût de revient. Les sociétés d’égrenage, soucieuses de la continuité de leur exploitation ont fait part de leurs préoccupations aux membres du Comité Interministériel mis en place pour négocier les modalités de mise en œuvre de ladite décision. Elles souhaitent une rémunération de 65 FCFA pour l’égrenage à façon contre 50 FCFA proposés par le gouvernement alors que le coût serait raisonnablement de 90 FCFA selon les experts de la filière, confesse un des responsables d’usine. Les préoccupations exprimées par ces sociétés, véritables acteurs de la filière coton et reconnues pour le respect de leurs engagements au plan international, ne semblent pas convenir au Comité Interministériel. Ceci se justifierait par le fait que le gouvernement a prévu de réaliser un gain de huit (08) milliard de FCFA dans cette opération. Nonobstant ces contestations, le gouvernement aurait décidé de maintenir ses conditions pour l’égrenage à façon, à prendre ou à laisser. A défaut de signer le contrat qui leur a été soumis, les usines pourraient être « réquisitionnées ». Les sociétés d’égrenage de coton sont donc réduites à travailler pour le compte du gouvernement du Bénin, à des conditions qui compromettent leur survie.
Mesure aux conséquences lourdes
Les sociétés d’égrenage au Bénin fonctionnent environ 4 mois sur 12 mais doivent supporter des charges salariales et autres sur toute l’année. De même, la situation est critique d’autant qu’elles se sont déjà approvisionnées en intrants industriels pour la campagne d’égrenage qui devrait démarrer incessamment. La radicalisation de la position du gouvernement béninois pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’économie du pays. La situation pourrait aboutir rapidement à la destruction du tissu industriel du Bénin constitué essentiellement des sociétés d’égrenage de coton et au licenciement d’une bonne partie du personnel de ces sociétés (environ 4000 emplois visés). L’environnement des affaires au Bénin, à la recherche d’un nouveau souffle après la Table ronde sur le partenariat public privé tenue fin Octobre 2012, en sera sérieusement affecté. Et il apparait de plus en plus évident qu’au Bénin, les faits et la réalité des affaires sont en contradiction flagrante avec les déclarations officielles sur les télévisions nationales ou internationales et à l’occasion des rencontres internationales. De même, des conflits d’intérêts pourraient naître de cette option du gouvernement. L’Etat s’est en effet attaché les services d’experts qui sont des négociants de coton fibre et aussi clients et actionnaires de sociétés d’égrenage de coton installées au Bénin. Ces consultants qui disposent des compétences incontestables en matière de commercialisation des balles de coton seront également les principaux acheteurs avec lesquels le gouvernement contractera pour la vente des fibres qui seront produites. Une entorse aux règles d’éthique et de conflits d’intérêts si chères aux gouvernants béninois, murmure-t-on dans les milieux du coton. Tout ceci au nez et à la barbe des partenaires techniques et financiers qui continuent de délivrer des satisfécits au gouvernement en matière de bonne gouvernance et de promotion du secteur privé. Quand bien même le pays est dans les profondeurs du dernier classement de Doing Business (175ème sur 185 pays) et trient la lanterne rouge des pays de l’UEMOA. A cette allure, le bout du tunnel ne semble pas proche.
Alain MISSITE