Bassirou Diomaye vs Ousmane Sonko : la bataille de 2029, la souveraineté au cœur d’un divorce politique explosif, l'analyse de Maurice Soudieck Dione


La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko dépasse désormais les divergences de gouvernance. Entre ambitions présidentielles, rivalité militante et visions opposées de la souveraineté, les deux anciens alliés semblent engagés dans une bataille dont les élections à venir pourraient révéler le véritable rapport de force. C’est l’analyse du politologue Maurice Soudieck Dione, interrogé par RFI.

 

Le divorce entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko continue de redessiner le paysage politique sénégalais. Arrivés au pouvoir ensemble en avril 2024, les deux hommes sont désormais engagés dans une confrontation qui soulève une question centrale : qui parviendra à conserver la confiance des Sénégalais ? 

 

Pour Maurice Soudieck Dione, professeur de science politique à l’Université Gaston Berger de Saint Louis, les responsabilités de cette rupture sont diversement appréciées dans l’opinion. Certains y voient une trahison à l’égard d’Ousmane Sonko, qui avait soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye, tandis que d’autres rappellent que la Constitution confère l’essentiel du pouvoir exécutif au président de la République.

 

Au delà de cette querelle de leadership, les divergences portent également sur la conduite de la politique économique. Le recours à un accord de financement avec le Fonds monétaire international (FMI), auquel Ousmane Sonko était opposé, illustre le désaccord entre les deux camps sur la manière de faire face aux difficultés financières du Sénégal. Interrogé sur les conséquences sociales de cette orientation, Maurice Soudieck Dione estime que la situation économique doit être prise en compte pour comprendre les choix du pouvoir. La multiplication des coupures d’électricité et les difficultés économiques pourraient toutefois peser sur le bilan politique des deux responsables. Selon l’enseignant chercheur, il serait difficile d’imputer l’ensemble des responsabilités à un seul camp, Ousmane Sonko ayant lui même dirigé le gouvernement pendant près de deux ans.

 

Sur le terrain politique, la bataille se joue désormais entre le Pastef, dirigé par Ousmane Sonko, et Kiiraay, le parti associé au président Bassirou Diomaye Faye. D’après l’analyse du politologue, Kiiraay a déjà attiré des responsables et des militants issus du Pastef, mais le parti d’Ousmane Sonko conserve une capacité de mobilisation. La nouvelle formation présidentielle cherche également à élargir son assise en attirant des élus locaux et des responsables issus d’autres formations, notamment de l’ancienne coalition Benno Bokk Yaakaar. Une stratégie qui pourrait modifier les équilibres politiques, sans pour autant garantir un transfert automatique des voix : l’adhésion des élus ne signifie pas nécessairement que leurs électeurs les suivront.

 

Les prochaines élections locales constituent ainsi un premier test pour mesurer le poids réel des deux camps. Si Bassirou Diomaye Faye semble bénéficier de ralliements d’élus locaux, Ousmane Sonko mise sur la remobilisation des militants du Pastef. 

 

Pour Maurice Soudieck Dione, il est encore difficile de désigner un favori. Les résultats électoraux permettront de dépasser les impressions et les démonstrations de force pour établir le rapport de forces dans les urnes. En toile de fond, la présidentielle de 2029 nourrit déjà les spéculations. La déclaration d’Ousmane Sonko à Sadio Mané, lors d’un déplacement en Casamance, selon laquelle « le football, c’est toi, mais la politique, c’est moi », est interprétée par le politologue comme un signal clair de son positionnement pour cette échéance. Du côté de Bassirou Diomaye Faye, ses partisans affichent également leur volonté de voir son action se poursuivre au delà du premier mandat.

Vendredi 9 Octobre 2026
Karim Ndiaye