Babacar Abba Mbaye révèle sa rencontre avec Diomaye et officialise son engagement dans Kiiraay

Longtemps absent du débat politique national, Babacar Abba Mbaye sort de sa réserve. Dans un entretien accordé à Les Échos, le patron du mouvement « Convictions » explique les raisons de son silence, confirme avoir rencontré le président Bassirou Diomaye Faye au début du mois de juillet et annonce être membre fondateur de Kiiraay. Il livre également une analyse particulièrement critique de la situation politique, économique et institutionnelle du Sénégal.


Une absence consacrée à la formation
 
Interrogé sur son éloignement du débat public, Babacar Abba Mbaye explique avoir séjourné en France pour suivre une formation à Sciences Po Paris. Une démarche qu’il présente comme un besoin de renouvellement intellectuel et politique.
 
Selon lui, cette mise à niveau est d’autant plus nécessaire que la classe politique sénégalaise peine à proposer suffisamment de profils capables d’alimenter efficacement l’appareil d’État.
 
Il constate que les technocrates occupent progressivement les responsabilités laissées vacantes, notamment lorsque les appels à candidatures partent du principe que les responsables politiques seraient nécessairement incompétents ou peu vertueux.
 
Pour Babacar Abba Mbaye, cette perception doit être combattue. Il estime que les formations politiques sénégalaises ont produit des personnalités de grande valeur, dotées d’une véritable culture d’État, d’un sens républicain affirmé et de compétences réelles.
 
« La classe politique doit se régénérer »
 
Le responsable de « Convictions » reconnaît cependant les difficultés des partis à se renouveler et à structurer une offre politique attractive.
 
Il appelle ainsi les formations politiques à changer de méthode, à moderniser leur fonctionnement et à développer leur capacité à proposer de nouveaux profils. À ses yeux, la régénération de la classe politique demeure un défi majeur, mais elle nécessite un effort collectif que les partis ne semblent pas encore capables de fournir pleinement.
 
La dette et la qualité du débat public dans son viseur
 
Depuis l’étranger, Babacar Abba Mbaye dit avoir observé l’évolution du pays avec « beaucoup de désolation et d’inquiétude ».
 
Il rappelle avoir annoncé dans les colonnes de Les Échos que le rapport de la Cour des comptes constituerait un tournant du mandat. Il affirme également avoir attiré l’attention sur les erreurs de discours, de choix et de posture ayant marqué les débuts de la nouvelle équipe dirigeante.
 
Le responsable politique place la question de la dette au cœur de ses préoccupations. Il estime que cette situation coûtera très cher au Sénégal pendant plusieurs années.
 
Mais au-delà de l’économie, c’est la dégradation de la qualité du débat public qui l’inquiète le plus. Il juge ce débat « dramatique » et considère que sa médiocrité entretient des tensions qu’il qualifie de puériles.
 
Une rencontre avec Bassirou Diomaye Faye début juillet
 
Babacar Abba Mbaye confirme avoir participé au lancement de Kiliraay, le nouveau parti présidentiel. Il révèle surtout avoir rencontré le président Bassirou Diomaye Faye au début du mois de juillet.
 
Les deux hommes auraient eu une discussion franche qui l’a convaincu de soutenir l’action du chef de l’État.
 
Selon lui, Bassirou Diomaye Faye souhaite replacer l’action de l’État au centre du débat public afin de restaurer la confiance des bailleurs, des partenaires et des opérateurs économiques.
 
Babacar Abba Mbaye estime toutefois que le parti politique initialement appelé à servir de relais au président ne serait pas disposé à remplir pleinement cette mission. Il considère que poursuivre les affrontements internes jusqu’en 2029 alimenterait un débat politicien et électoraliste incompatible avec les difficultés économiques du pays.
 
« Je suis membre fondateur de Kiiraay »
 
À la question de savoir s’il appartient désormais à Kiiraay, Babacar Abba Mbaye répond sans détour : il affirme être membre fondateur de la nouvelle formation.
 
Il estime que la priorité doit être accordée à la relance économique, au retour de la capacité d’investissement et à la reprise de la croissance. L’objectif, selon lui, est de permettre au pays de sortir progressivement des effets de la dette.
 
Le responsable politique fait également référence à la baisse des investissements directs étrangers, qu’il interprète comme le reflet d’une crise de confiance.
 
À l’en croire, le Sénégal serait passé du statut de modèle pionnier, admiré pour ses alternances démocratiques, à celui d’un pays observé pour ce qu’il qualifie d’« excentricités démocratiques ».
 
Un débat sur le mandat jugé « suicidaire »
 
Babacar Abba Mbaye se montre particulièrement réservé sur les controverses relatives à la durée du mandat présidentiel.
 
Il considère que certains débats sont « suicidaires » pour le Sénégal et ne devraient ni être provoqués, ni entretenus, ni portés sur la place publique. Ces sujets, soutient-il, risquent de braquer la population alors que le président de la République aurait surtout besoin d’apaisement et de stabilité.
 
Pour lui, la question du temps long en politique dépasse celle des mandats. L’enchaînement des crises pousse les États à adopter des politiques de court terme, tandis que le poids de la dette limite les marges de manœuvre et conditionne les futurs emprunts.
 
Ces derniers pourraient, selon son analyse, servir davantage au remboursement de la dette qu’au financement de nouveaux investissements.
 
Une charge contre certaines décisions institutionnelles
 
Interrogé sur les reproches adressés au chef de l’État concernant certains engagements, dont les fonds politiques, Babacar Abba Mbaye appelle le pays à « retrouver du sens ».
 
Il rappelle avoir été parlementaire lors de la première réforme constitutionnelle ayant entraîné la suppression du Conseil économique et du Haut Conseil des collectivités territoriales, officiellement considérés comme budgétivores.
 
Il soutient que les montants consacrés aux fonds politiques du Premier ministre seraient désormais supérieurs aux budgets annuels des institutions supprimées. Cette affirmation est présentée dans l’entretien comme la démonstration d’une incohérence entre les justifications avancées et les choix finalement opérés.
 
Pour lui, la priorité ne doit pas être d’adapter les institutions aux intérêts d’un homme ou d’un parti, mais de définir collectivement les transformations nécessaires à l’avancement du pays.
 
Saint-Louis, premier terrain d’implantation
 
Sur le plan local, Babacar Abba Mbaye annonce vouloir implanter Kiiraay dans l’ensemble du département de Saint-Louis.
 
Il entend mettre en place des équipes dynamiques avec les responsables déjà présents sur le terrain et créer une organisation suffisamment attractive pour préparer les prochaines élections locales.
 
Interrogé sur les arrivées de responsables provenant notamment de Pastef ou de l’APR, il refuse de trancher. Il rappelle n’avoir été membre ni de Pastef ni de la coalition Diomaye Président.
 
Il observe néanmoins que, dans un système politique fortement présidentialiste, un chef de l’État dispose d’une importante capacité d’attraction. Il prévoit ainsi que les soutiens autour de Bassirou Diomaye Faye continueront à augmenter progressivement.
Mercredi 5 Aout 2026
Dakaractu