BCBG… Yaye Fatou Diagne «Si l'argent de Khalifa Niasse m'intéressait, j'allais rester. Mais, j'ai choisi de partir»

Epouse de Ahmet Khalifa Niass, avec qui elle est en instance de divorce, Yaye Fatou Diagne est une jeune et belle quadra, qui a travaillé dur dans la vie, sué à grosses gouttes pour garder le fil du destin maudit qui l’a fait orpheline, affamée, avant de la porter au pinacle.


Elle n’est pas de ses queens fourteens, icône trash à tout donner dans leur tenue éternellement girly. De ces dames qui forcent la jeunesse en fonçant sur le blush avec chemise sous jupe et mi-bas, ceinture bling bling, bracelets de force ou vestes tartan rehaussées de clous oversize, parfois agrémentées de résille. Yaye Fatou Diagne est une femme frangée de vertus traditionnelles africaines. Ne l’importunez pas avec la mode so british ou so frensh, l’ex du très sémillant marabout et homme d’affaires Ahmet Khalifa Niass est une femme so senegalese, délicieusement, dame rondouillarde et ultra raffinée, héroïne des dames noires et fière de l’être.  Elle n’en pavoise pas pour autant. Dans la cossue villa de sa sœur au quartier résidentiel des Maristes de Dakar où elle reçoit, la belle au mètre 77 sous la toise et aux 98 kilos sur la balance, s’excuse même de ce trop plein de superlatifs sur ses atouts et atours physiques. Elle dit, s’étouffant de pudeur : «Je ne me concevais pas dans ce registre. Je n’étais pas obnubilée par ma beauté. J’étais plus concentrée sur mes études. Ma maman était plus belle que moi, mais elle me disait toujours que le physique n’est pas important. Ma beauté n’est pas de la marchandise.»
 Elégante et très raffinée, Yaye Fatou, simplicité captivante et courtoisie débordante, a le sourire toujours aux lèvres. Un talisman contre le…mâle pensant que lui a légué sa défunte maman, dame de vertu qui abhorrait le m’as-tu-vu et a tout fait pour que sa fille chérie comprenne la quintessence de son interdit. «Ma mère m’a toujours dit que le physique n’a pas d’importance», explique-t-elle, la voix enrouée.  Yaye Fatou est de ces femmes éduquées à l’ancienne, aux convictions ancrées dans la tradition africaine. Ces femmes qui pensent avant tout à leur honneur, tout en gardant  leur dignité intacte. Pas écorchée pour un sou.  «Il y avait beaucoup d’autorités de la République qui envoyaient des griots pour me courtiser, se souvient-elle. Mais je me disais que je devais réussir par moi-même. J’avais beaucoup de caractère.» Une barrière faciale qu’elle a héritée de sa mère qu’elle ne se lasse jamais de convoquer. «Mon idole, c’est ma maman. Elle n’a jamais tendu la main et nous avons toujours survécu. J’ai toujours cru en moi, c’est ainsi que je m’en suis sortie.» Une victoire contre le cours de la vie dont les forts courants se sont pourtant toujours employés à l’entrainer au fond.
 «J’ai eu à apprendre mes leçons dans la rue, sous les lampadaires»
Elève modèle, la native de Ziguinchor en 1973, a toujours été première de sa classe. Coachée par un pater professeur de Mathématiques et Sciences physiques, les études ont toujours été la seule priorité de cette aînée d’une fratrie de 7 enfants. Elle confie : «J’ai fait le cours préparatoire à 4 ans. J’étais très précoce et intelligente. Au début, le maître était réticent, mon père l’a convaincu de m’accepter.  Et  après la composition, je suis sortie 2e de la classe.» C’était le début d’une marche presque forcée vers la réussite. Avec un père très à cheval sur son éducation, Yaye Fatou n’a d’autre occupation que les études. «Mon papa m’a toujours dit : morte ou vivante, bats-toi pour réussir dans les études.» Le discours est fort pour une môme, mais Yaye Fatou n’est pas trop choquée par la rigueur de son papa. Elle fait même de cette recommandation un livre de chevet. Mais en classe de Cm1, un choc brutal survint. Son père décède alors qu’elle n’a que 9 ans.  31 ans après, Yaye Fatou se rappelle ce jour maudit  avec beaucoup de tristesse. «J’ai été très tôt orpheline. J’ai perdu mon papa à l’âge de neuf ans», minaude-t-elle, la gorge traversée par un petit trémolo.  Papa mis sous terre, Yaye Fatou est seule au monde avec sa mère et ses frères. De petits chenapans, trop petits pour comprendre la nouvelle situation familiale. «C’était très dur après le décès de mon père, explique-t-elle. Mais on a géré. Ma maman s’est dédoublée. Et depuis, je n’ai jamais arrêté de me battre. Cela n’a pas été simple. Ma maman ne travaillait pas.» Yaye Fatou était elle aussi très jeune pour participer à la popote. Commence un dur combat contre une existence presque dénuée de tout. «On a mis deux ans pour que la pension de mon père soit mise au nom de ma mère. On est restés deux ans sans pension.» 24 mois de souffrance. 730 jours où la petite famille des Diagne des Hlm Boudody tire le diable par la queue. Les factures s’amoncèlent, le robinet ne coule plus, le courant est coupé. «J’ai eu à apprendre mes leçons dans la rue, sous les lampadaires, parce qu’il arrivait qu’on  nous coupe l’électricité pendant des jours, voire des mois. Il m’arrivait d’aller à l’école sans manger. Mais ma maman me disait toujours : «Tant qu’une personne peut tenir, elle peut aller de l’avant, la faim, c’est dans la tête.» Et jusqu’à présent, j’ai cette déformation. Je ne ressens plus la faim. Ma maman avait quelques petites économies, mais il nous arrivait de rester des jours sans avoir de quoi manger. Pendant la fête de Tabaski, tout le monde achetait un mouton sauf nous. On achetait toujours de la viande. On utilisait 20 000 FCFA pour fêter la Tabaski. Mais nous étions les plus heureux du quartier.» 
L’entrée en sixième en poche, Yaye Fatou va au collège. Le reste passe comme sur des roulettes. L’élève du Lycée Djyniabo décroche le baccalauréat série D, avec une excellente moyenne. Elle a à peine 18 ans. Les portes de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar s’ouvrent grandement à sa petite et belle tronche. Yaye Fatou est orientée  à la Faculté de médecine. Elle passe la première année sans anicroches. Mais sa deuxième année de Fac sera la plus longue de sa vie. Sa mère, son seul espoir, son soutien, son amie, son tout… rend l’âme. Sans prévenir, elle part sur la pointe des pieds. La nouvelle est venue du sud avec un écho pernicieux. «C’est la chose la plus dure qui m’est arrivée. Rien ne sera plus douloureux que la mort de ma mère», fixe-t-elle d’un regard de fierté sur l’héroïsme de sa défunte maman. Partie pour toujours, Mme Diagne laisse derrière elle une progéniture dévastée par la peur de son avenir, mais une fille, Yaye Fatou, qui décide de porter la lourde charge sur ses frêles épaules.   Elle a juste 20 ans, n’a qu’une bourse, mais n’a pas peur. «J’ai décidé de faire le test d’entrée à l’Ensut pour  trouver un boulot le plus rapidement, parce que je devais prendre en charge mes frères et sœurs. J’ai fais un Dut en technique de commercialisation. Quand je percevais ma bourse, je l’envoyais à mes frères et pourtant, je logeais à l’Université. J’étais mineure, donc, il fallait que je me fasse émanciper par le tribunal. J’ai demandé une émancipation parce que c’était à 21 ans que je pouvais être la tutrice de mes frères et percevoir la pension que percevait ma maman.» Les formalités administratives prendront  deux ans. «Je n’avais pas de quoi acheter le ticket pour la restauration.  Et je me disais que tant que je n’étais pas morte, je devais continuer. Mes copines me rapportaient des bouts de pain que je trempais dans de l’eau pour ensuite les manger», explique-t-elle.
 Yaye Fatou, basketteuse au corps sain, avait un atout, sa beauté, mais elle n’a jamais daigné utiliser cette arme fatale. Pour ses amis, sa beauté était la seule chose qui pouvait l’aider à sortir du pétrin, mais elle n’en avait rien à faire. Son éducation l’empêchait de penser comme ça. «Je ne parlais pas. Je ne rigolais pas parce que j’avais une lourde charge. J’avais trop de responsabilités pour mon âge. Et je n’étais pas intéressée par les hommes. Mes amis me disaient toujours d’accepter les cadeaux, mais je refusais. Les hommes se bagarraient toujours avec moi, parce que je refusais quand ils me draguaient.»
«Si j’étais intéressée par l’argent de Ameth Khalifa… »
Son diplôme de commerciale en main, la fan de Youssou Ndour et de Thione Seck travaille à la Nouvelle brasserie africaine. Puis, dans d’autres boîtes avant d’atterrir au Ccbm, chez Serigne Mboup. Elle a 23 ans. La chance lui sourit enfin. «Il y avait une période d’essai de trois mois. Après on devait me faire un contrat. Mais il me faisait toujours des promesses qu’il ne tenait jamais. J’ai arrêté. Même si je gagnais 1 million FCFA et parfois même plus.»  Ensuite, la jeune diplômée crée sa propre entreprise. Je suis partie à la Chambre de commerce. On m’a dit que je pouvais créer un Gie sans capital, que je pouvais soumissionner à des appels d’offres jusqu’à 100 millions de F cfa, mais il me fallait des associés. J’ai pris mes frères, mes sœurs et une tante. J’ai ensuite ouvert des télécentres à Dakar. Ça marchait. C’était pour assurer des revenus et la dépense quotidienne. Il m’arrivait d’avoir un revenu fixe de 1 million 600.» La pauvre fille devient alors une dame riche et respectée.  Et depuis, elle fructifie sa petite fortune.
Un jour, en ville, elle croise sur les Allées Ababacar Sy, un homme au volant d’un luxueux véhicule, qui la dévore des yeux. Elle ne le connaît pas encore, mais c’est le riche homme d’affaires Ahmed Khalifa Niass. Son futur époux. «On s’est rencontrés par hasard sur les Allées Ababacar Sy. Il était dans sa voiture, j’étais dans la mienne. Je l’ai dépassé et il m’a suivie. Cinq jours après, on s’est mariés. On ne s’est vu que deux fois», explique Yaye Fatou.  Coup de foudre ? «Je ne saurais le dire. Je suis très simple. Je prends les choses comme elles viennent. Je crois au destin. Notre rencontre n’est pas un hasard. Je me suis blessée au genou un  samedi. J’allais à la piscine pour faire ma rééducation.  On s’est croisés et on a échangé nos coordonnées. Le dimanche, il est venu me rendre visite. J’étais avec un ami, on a rigolé. On a été séduit par sa simplicité. Il m’a déclaré sa flamme et m’a dit qu’il voulait m’épouser. Nous avons ri, car pour nous, c’était bizarre qu’une personne rencontre une autre et veuille l’épouser du coup. Il me disait : si je ne te marie pas, tu ne va plus remarcher, tu vas finir sur une chaise roulante. Le lundi, il m’a appelée et m’a proposé de m’emmener chez le médecin. Après, j’ai eu un décès au village. Je l’ai appelé pour lui dire que je n’allais plus à l’hôpital et que je devais me rendre au village. Il m’a proposé de me prêter une voiture. J’ai refusé. Il a fait le déplacement et est venu au village. Ce geste nous a marqués. Il est venu le mardi. Il a demandé ma main le mercredi. Nous nous sommes mariés le jeudi. J’ai une conviction. Je ne conçois pas que deux personnes sortent et se comportent comme des mariés, je le dis souvent à mes petites sœurs et elles me disent que je suis très en ringarde. Je préfère qu’on se marie et qu’on se découvre ensuite.» Cendrillon a trouvé chaussure à son pied. L’idylle dure des années. Des enfants en naîtront. Les deux partagent des moments de bonheur. De malheur aussi, qui les ont menés aujourd’hui au divorce, avec au bout, une sale accusation de «profitarde» contre Yaye Fatou. «On ne peut pas empêcher les gens de parler. Je ne suis pas ce genre de personne. Ameth en est conscient. L’argent ne m’ébranle pas. Nous sommes en instance de divorce. Si c’est son argent qui m’intéressait, j’allais rester, mais aujourd’hui j’ai choisi de partir.» Le débat est clos, la vie de Yaye Fatou, non ! On y reviendra un jour. Peut-être !

L'Observateur

 
Vendredi 23 Aout 2013
Daddy Diop