La tension commence-t-elle enfin à retomber à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) ? Après plusieurs jours d’affrontements et d’arrestations massives, une importante vague de libérations est intervenue dans la soirée d’hier, mercredi. Mais derrière ce geste d’apaisement, les conclusions médico-légales sur la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba viennent assombrir davantage une crise déjà profonde.
Selon L’Observateur, plus d’une centaine d’étudiants ont été remis en liberté parmi les 107 interpellés et placés en garde à vue à la suite des violents incidents survenus sur le campus. Une décision qui pourrait marquer un tournant dans ce bras de fer entre forces de l’ordre et étudiants, engagé depuis lundi dernier.
Plus d’une centaine d’étudiants libérés
D’après des sources concordantes citées par L’Observateur, la majorité des étudiants arrêtés ont retrouvé leurs familles hier soir. Une bouffée d’oxygène pour leurs camarades, mobilisés depuis plusieurs jours pour exiger leur libération.
Toutefois, tout le monde n’a pas recouvré la liberté. Selon des sources estudiantines, quelques responsables d’amicales restent en détention. Ils feraient face à « un large éventail de charges graves » en lien avec les violences enregistrées sur le campus, violences qui ont culminé avec la mort tragique d’Abdoulaye Ba.
Cette libération partielle suffira-t-elle à décrisper la situation ? Sur le campus, l’heure est à la prudence. Si certains y voient un signal d’ouverture, d’autres estiment que la crise ne pourra s’éteindre sans vérité totale sur les circonstances du drame.
Mort d’Abdoulaye Ba : des hypothèses contradictoires
Depuis l’annonce du décès d’Abdoulaye Ba, les versions se sont multipliées. Selon certains étudiants, « il est constant que le défunt étudiant a été tué dans sa chambre ». D’autres ont évoqué une crise d’asthme qui lui aurait été fatale, alimentant une confusion générale et une vive indignation.
Mais au-delà des rumeurs et des interprétations, une expertise médicale est venue apporter des éléments factuels. Les conclusions du laboratoire d’anatomie et de cytologie pathologique de l’Hôpital général Idrissa Pouye de Grand Yoff, relayées par L’Observateur, dressent un tableau particulièrement lourd.
Des conclusions médico-légales accablantes
D’après le rapport signé par le Dr M. A. Diallo, l’autopsie pratiquée après le constat du décès le 9 février 2026 met en évidence de multiples lésions graves :
Une contusion thoraco-abdominale postéro-latérale ;
Une hémorragie sous-durale gauche diffuse modérée, sans fracture pariétale mais avec érosion occipitale du cuir chevelu ;
Une double fracture de l’arc postérieur et moyen de la 10e côte, associée à un embrochage ;
Des plaies profondes linéaires du lobe pulmonaire inférieur gauche, hémorragiques, avec un hémothorax homolatéral volumineux ;
Une petite contusion de la paroi postéro-latérale du myocarde et un hématome médiastinal postérieur ;
Une fracture de l’arc postérieur de la 11e côte gauche ;
Des plaies du hile du rein gauche avec volumineux hématome périrénal ;
Deux plaies de la rate avec hémopéritoine de faible abondance ;
Des dermabrasions au membre supérieur gauche et une plaie superficielle de 3,5 cm au flanc droit.
Ces éléments médicaux décrivent des traumatismes multiples et sévères, éloignant la thèse d’un simple malaise respiratoire et soulevant de nombreuses interrogations sur les circonstances exactes du drame.
Vers un apaisement ou une nouvelle phase de tension ?
Si la libération de plus d’une centaine d’étudiants apparaît comme un geste d’apaisement, la gravité des conclusions médico-légales pourrait raviver les tensions. Pour beaucoup, la question centrale demeure : comment Abdoulaye Ba a-t-il subi de telles lésions ?