Articles L.29 et L.30 : Quand le front des députés non-inscrits vole en éclats sur la question du recours


Un communiqué censé sceller la position commune des députés non-inscrits sur la modification des articles L29 et L30 du Code électoral a, paradoxalement, mis en lumière les profondes fractures qui traversent ce groupe hétérogène. Publié et relayé par Anta Babacar Ngom Diack le 3 mai 2026, le texte annonçait la décision collective de renoncer à tout recours devant le Conseil constitutionnel. Mais à peine diffusé, il a suscité une cascade de désolidarisation publiques qui révèlent l’absence de cohésion au sein de cette frange parlementaire.

 

Dans ce document signé sous l’en-tête de l’Assemblée nationale, les signataires justifient leur renoncement par une série de considérations politiques et institutionnelles. Ils dénoncent certes une loi « politiquement suspecte et juridiquement fragile », portée par une majorité PASTEF qu’ils accusent de « passage en force », mais estiment que la responsabilité ultime incombe désormais au Chef de l’État, lequel a annoncé, le 2 mai dernier, son intention de soumettre une réforme globale du Code électoral. Ils disent attendre ce projet avec « exigence et vigilance », espérant qu’il soit « inclusif, consensuel et conforme aux standards démocratiques ». Le raisonnement, pour ses auteurs, relevait d’une posture cohérente. Pour plusieurs de leurs pairs, il sonnait comme une capitulation.

 

Parmi les signataires figure pourtant Thierno Alassane Sall. Le député de la République des Valeurs a tenu à apporter aussitôt une clarification publique, démentant en creux la portée du document. Sur X, il indique travailler activement, depuis le vote de la loi, à la saisine du Conseil constitutionnel : « Le recours en soi est déjà écrit et stabilisé, mais il nous manque des signatures. » Il précise que le communiqué ne rassemble que 13 signataires, alors que la Constitution en requiert 17 pour permettre une telle saisine. Loin de baisser les bras, il lance un appel solennel à ses collègues : « Aucune occasion ne doit être manquée pour empêcher l’introduction d’une loi inconstitutionnelle dans notre ordonnancement juridique. »

 

Le leader du mouvement Nouvelle Responsabilité (NR/J - Jam Ak Jariñ) affirme dans une mise au point avoir découvert le communiqué avec « une très grande surprise », indiquant n’avoir « ni été informé ni associé à cette démarche ». Il réaffirme sa position de fond sur la modification litigieuse, qu’il qualifie de manœuvre visant à « sécuriser de manière antidémocratique et peu orthodoxe la candidature de celui qui nous sert actuellement de Premier ministre ».

 

Papa Djibril Fall, également membre des non-inscrits, a de son côté signifié publiquement n’être pas partie prenante du communiqué, confirmant que la démarche n’avait pas fait l’objet d’une concertation suffisante entre les différentes sensibilités du groupe.

 

Pour sa part, Tafsir Thioye a choisi de résumer la situation en une formule wolof : « Yalla na Yalla doli soutoureu ! » (que Dieu nous assiste). Une invocation à la fois fataliste et ironique, qui dit mieux que tout long discours le sentiment d’impuissance, voire d’absurdité, que cette séquence a pu inspirer à certains de ses acteurs.

 
--
Mardi 5 Mai 2026
Dakaractu