Après avoir reconnu ses relations extra-conjugales, que reste-t-il de la légitimité de Tariq Ramadan auprès de la communauté musulmane ?


Après avoir reconnu ses relations extra-conjugales, que reste-t-il de la légitimité de Tariq Ramadan auprès de la communauté musulmane ?
Emprisonné en France depuis février pour viols présumés, Tariq Ramadan ne risque pas de voir le soleil de sitôt. Et pour cause, il est sous le coup de poursuites dans son pays, la Suisse, pour viols et contraintes sexuelles. Dire que les choses se corsent pour le théologien suisse d'origine égyptienne et petit fils du fondateur de la Confrérie des Frères musulmans n'est pas très exagéré. Pourtant, ce n'est que le début de la descente aux enfers de cet homme naguère très respecté dans les sphères musulmanes. Outre son incarcération qui a eu des conséquences fâcheuses sur son état de santé, le prédicateur suisse assiste à l'émiettement, voire l'effondrement du mythe qu'il avait réussi à bâtir autour de sa probité morale. Aux accusations de viols et harcèlements sexuels dont l'accusent beaucoup de femmes, sont venus s'ajouter ses propres aveux. Le religieux a reconnu avoir eu des relations extra-conjugales avec des femmes. Ce qui va à l'encontre des principes islamiques dont il s'est toujours voulu le porteur. Se pose dès lors la question de savoir s'il sera pardonné par ses frères musulmans, une fois le glaive de la justice levé. 

Dans un entretien avec Letemps.ch, son frère Bilal Ramadan répond par l'affirmative. "Tariq fait son examen de conscience et a dit qu’il s’expliquerait sur sa vie privée. Sera-t-il pardonné? Aux femmes de le dire, à ses amis, aux musulmans qui l’ont suivi. Je crois que les musulmans vont lui pardonner et qu’il pourra restaurer son autorité morale", s'est-il convaincu. 

Même s'il ne soutient pas le contraire, Romain Caillet, spécialiste des questions islamistes croit savoir que ça ne sera pas simple pour Tariq Ramadan. À l'occasion d'une série de tweet sur le pardon dont pourrait bénéficier l'islamologue suisse à sa sortie de prison de la part de la communauté musulmane, Romain Caillet laisse entendre que “si Tariq Ramadan n'avait pas reconnu de relations extra-conjugales, son retour, en tout cas dans les milieux musulmans, serait une évidence, sans même faire objet du moindre débat”. Convaincu que l'islamologue suisse a un penchant prononcé pour l'adultère eu égard à ses aveux, Romain Caillet pense que Tariq Ramadan aurait dû se garder de parler de religion, du Coran et de la vie du Prophète. 

Pour autant, le spécialiste n'écarte pas la possibilité de voir l'islamologue revêtir ses habits de diseur de morale à sa sortie de prison, surtout qu'il est toujours considéré comme une victime par une bonne partie de la communauté musulmane. Qui plus est, les responsables religieux se sont murés dans un silence assourdissant que Romain Caillet qualifie par moment de complaisance. “Dans ce contexte, un retour de Tariq Ramadan ne me paraît pas impossible”, en déduit-il.

 En revanche, Romain Caillet voit mal Tariq Ramadan revenir débattre avec des contradicteurs sur un plateau télé. “A la moindre difficulté, son adversaire le mettra face à ses contradictions. Dans tous les cas, s'il y a un retour il sera donc forcément limité à la sphère musulmane”, conclut-il.
Mardi 18 Septembre 2018
Dakaractu



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