Dans un post sur X agrémenté d’une bande-annonce reprenant des extraits de séries américaines cultes, la Maison-Blanche a annoncé cette nuit à 1 heure du matin (HB) le lancement sur YouTube de la chaîne “Trump TV”. Diffusée “24h sur 24 et 7 jours sur 7”, elle promet “une mise à jour en temps réel, avec les meilleurs moments passés, les annonces, et le meilleur de l’administration [Trump] tout au même endroit.”
“Tous les grands moments ne sont pas tous passés à la télé, maintenant c’est possible”, conclut le compte officiel de la Maison-Blanche.
Des anciens discours
La chaîne a ouvert son antenne avec un discours du président au mont Rushmore datant du 3 juillet dernier. Elle a ensuite rediffusé son investiture de 2025. À ce stade, rien n’indique qu’elle couvrira l’actualité en direct. À l’heure d’écrire ces lignes, Trump TV diffusait un discours du président américain à l’académie militaire de West Point prononcé en mai 2025.
Pour rappel, Donald Trump a décidé vendredi de verrouiller “avec effet immédiat” les accès de CNN et MS NOW (ex-MSNBC), ainsi que du média en ligne Politico, accusés d’avoir “accumulé” les couvertures défavorables. Depuis, des journalistes des trois médias sont empêchés d’entrer dans l’enceinte de la Maison-Blanche. “D’autres médias propagateurs de fausses informations suivront”, avait menacé le président républicain, en très mauvaise posture politique.
En réaction, les trois médias ont déposé plainte et demandent la suspension en urgence de la mesure les visant. Dans leur plainte, CNN, MS Now et Politico estiment que la décision de Donald Trump constitue une atteint “directe au Premier amendement” de la Constitution américaine, garantissant la liberté de la presse, et une violation “flagrante de nos principes constitutionnels les plus fondamentaux”.
L’affaire a été attribuée, par pure coïncidence, à un juge déjà saisi d’un cas similaire, mais plus limité, pendant le premier mandat Trump. Un journaliste de CNN, Jim Acosta, avait vu son accréditation retirée par la Maison-Blanche après un échange tendu avec le président américain.
Le magistrat en question, Timothy Kelly, qui avait d’ailleurs été nommé par Donald Trump, avait exigé que la Maison-Blanche lui rende son badge, ce qu’elle avait fait au bout de douze jours.
Le président américain a d’ores et déjà indiqué sur Truth Social qu’il “ferait appel”, laissant entendre qu’il attendait une décision favorable aux organes de presse lors d’une première audience prévue mercredi à 15h30 à Washington (21h30 HB). Il leur a reproché à nouveau de "n'écrire que de manière négative" sur lui et même de menacer la "sécurité nationale".
En soutien à CNN, les quatre autres membres du “pool” télévisé de la Maison-Blanche - CBS, ABC, NBC et Fox - ont décidé lundi de cesser leur participation à ce dispositif crucial, dans une manifestation de solidarité inédite. “À partir d’aujourd’hui, le ‘pool’ télé ne couvrira pas les événements auxquels participera le président”, a indiqué Bryan Boughton, représentant de Fox et organisateur de ce groupe de chaînes.
Un discours inaudible
La mission du “pool” télévisé de la Maison-Blanche, que CNN aurait dû assurer lundi et mardi, est de suivre le président américain tout au long de la journée tout en distribuant les images dans le monde entier. Les cinq chaînes plus haut citées assurent cette fonction à tour de rôle.
L’inauguration lundi par Donald Trump d’une gigantesque plate-forme d’hélicoptère à la Maison-Blanche, l’un de ces chantiers qui lui tiennent à cœur, n’a donc pas été retransmise à la télévision. Le président, sur le départ pour New York où il participera mardi à l’Assemblée générale de l’ONU, a prononcé un petit discours inaudible sur les images distribuées par la Maison-Blanche elle-même.
Plusieurs médias participant au “pool” des photographes de la Maison- Blanche, dont l’AFP, ont de leur côté décidé de retarder la diffusion de leurs clichés jusqu’à minuit lundi. Parmi eux le Washington Post et le New York Times, qui ont expliqué dans des communiqués distincts vouloir manifester ainsi leur “soutien” à CNN, MS NOW (ex-MSNBC) et Politico.
Reste à voir si ces mobilisations, les premières du genre depuis le début d’un second mandat marqué par des attaques tous azimuts contre les journalistes, affecteront Donald Trump. Le milliardaire de 80 ans est un consommateur vorace de télévision, il est aussi très friand de clichés de presse.