Anniversaire du Joola / Ely Bernard Diatta : « Laisser des gens dans l’eau depuis 18 ans, je pense que çà doit faire réfléchir »


26 septembre 2001-26 septembre 2019, voilà 18 ans que le bateau Le Joola a chaviré aux larges des côtes gambiennes. Plus de 2000 morts selon certaines estimations, mais 1800 victimes selon le bilan officiel. Des milliers de familles ont perdu des parents, des cousins, des frères, des sœurs, des tantes, des amis. Elles demandent voire réclament à l’Etat du Sénégal le renflouement de ce navire pour leur permettre de faire le deuil. Sans quoi disent certains qui ont perdu les leurs, le deuil ne saurait se faire. 

Selon Ely Bernard Diatta, les familles réclament encore ce qu’elles ont toujours réclamé car le traumatisme est en train de « les dévorer » à petit feu. C’est pourquoi pour cette année, les familles ont choisi comme thème « 18 ans de souffrance ». Une matière pour elles de montrer à l’autorité combien de fois elles souffrent.  
 
18 ans de souffrance
« La particularité de cette commémoration a été choisie par les orphelins eux-mêmes. Ils ont d’abord choisi comme thème 18 ans de souffrance. Le thème est en rapport avec ce qui s’est passé depuis le jour du naufrage. Depuis 18 ans, nous revendiquons les mêmes éléments : la vérité qui n’est pas encore dite sur le joola, la justice qui n’a pas été faite, la prise en charge psycho-sociale parce que nous avons de sérieux problèmes avec le traumatisme, nous avons aussi le renflouement de l’épave et le mémorial musée du bateau le joola. Ils sont toujours d’actualité. Le décret portant construction du musée est signé par l’autorité, il ne reste que le démarrage des travaux de la construction. » 
 
900 orphelins sans prise en charge
« Les 900 orphelins n’ont pas été pris en charge jusque là malgré le vote de la loi qui prend en charge les 1500 orphelins. Nous attendons une rétro-cation par rapport à cette loi et que tous les orphelins du Joola soient vraiment pris en charge. » 
 
C’est à travers le Joola que j’ai compris l’importance du cimetière
«Vous savez, quand on parle du renflouement, certains nous disent que ce n’est pas la peine alors que nous en avons besoin. Je tiens à souligner une chose, quand vous n’êtes pas touché par un évènement, vous ne pourrez savoir comment les gens souffrent, ce qu’ils ressentent exactement. C’est à travers le Joola que j’ai compris l’importance du cimetière. Mourir et être enterré dans un cimetière c’est une grâce divine que nos parents, nos enfants et autres n’ont pas. Si vous avez un parent enterré dans un cimetière, si vous avez envie de le voir, vous savez exactement où il se trouve. Vous allez au cimetière prier. Si vous avez envie de pleurer, vous pleurez et çà, sa vous soigne. C’est ce qu’on n’a pas. 
Le traumatisme est en train de faire des ravages dans les familles qui ont perdu beaucoup de membres
«C’est comme si au fil des jours, ce Joola est en train de nous dévorer, de nous massacrer surtout du point de vue traumatique. Le traumatisme est en train de faire des ravages dans les familles qui ont perdu beaucoup de membres. Nous sommes tous malades, une maladie qui se déclare sur plusieurs formes. Quand nous parlons de vérités sur le Joola, les gens commentent autrement. En plus laisser des gens dans l’eau depuis 18 ans, je pense que çà doit faire réfléchir et de ce point de vue, nous attendons une politique plus affirmée.»
Mercredi 25 Septembre 2019
Dakaractu



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