Air Sénégal SA dans l’intermède COVID-19.


Les récentes mesures financières du gouvernement sénégalais, en soutien au secteur du transport aérien face au COVID 19, appellent à un constat sous forme de rappels de mesures financières récentes au secteur, et inspirent trois réflexions que je veux partager.

Le constat :

Il s’impose de toute évidence, jamais une si importante masse d’argent public, n’a été investi dans le secteur des transports aériens au Sénégal, en une si courte période (2016 – 2020). 
Création de Air Sénégal SA avec un capital de 40 milliards de FCFA, entièrement libérés ;
Acquisition d’actifs avions (2 ATR – 2 A330) à près de 200 milliards de FCFA, avec émission de lettres de garantie souveraine de l’Etat ;
Paiement cash de PDP (Pre Déposit Payment) à Airbus, ayant permis les acquisitions des Airbus A330, 60 milliards de FCFA ;
Investissements pour la rénovation des aéroports intérieurs, St Louis en 1er ;
Pour le soutien au secteur face du désastre du COVID 19, injection directe de 45 milliards de FCFA prévus pour les plans de développement de la compagnie nationale.

En comptant pour le moins, c’est autour de 300 milliards de FCFA qui ont été introduit en investissements et cautionnements d’Etat, dans le secteur du transport aérien sénégalais. Cela fait beaucoup d’argent ; une moyenne arithmétique simple donnerait près de 80 milliards chaque année pendant 4 ans. Ceci peut traduire sans contestation possible, une réelle volonté du Président de la République de doter le Sénégal d’un secteur des transports aériens bien performant lui faisant renouer avec sa vraie place de leadership dans la sous-région en Afrique de l’Ouest. Ce que naguère, il fut. 

Mais ce constat rédhibitoire est vite douché par l’observation de paradoxes présents dans ce secteur des transports aériens sénégalais, qui viennent noyer toute perspective d’organisation rationnelle et de construction durable en son
sein. 

C’est ce qui vient alimenter mes 3 réflexions suivantes :

1. Pendant plus de 20 ans, notre pays, à l’instar de beaucoup d’autres en Afrique de l’Ouest, a toujours échoué dans la volonté de se doter d’un pavillon national pérenne, engloutissant pour sa part, en pure perte, plusieurs dizaines de milliards de FCFA d’argent public, et à l’échelle de la seule Afrique de l’Ouest, à l’unisson de tous les autres pays francophones, bien au-delà de 500 milliards de FCFA. 
Aussi, la question est ouverte et permanente chez tous les spécialistes de l’activité aérienne internationale, dans toutes les instances professionnelles, sommes-nous toujours ainsi abonnés à l’échec ? notre expérience actuelle avec Air Sénégal SA, offre-t-elle une garantie pour dire que cette fois-ci, Banco !!! demain, ce sera un succès ? Est-on certain, qu’avec la nouvelle orientation du pavillon national, la qualité professionnelle et technique de la gouvernance actuelle, la trajectoire est la bonne ? Vaines conjectures… oiseuses ratiocinations… douteuses élucubrations… me diront certains, « la preuve du pudding, c’est qu’on le mange », et « c’est en forgeant que l’on devient forgeron ». Soit. Demain, le temps, rendra son verdict.
 
Pour ma part, j’ai toujours pensé, parmi bien des causes, de flagrantes erreurs de casting de dirigeants, un manque notoire d’évaluation périodique, et aussi de sanctions, ont toujours présidé au choix de responsables dans le management de nos différentes compagnies nationales, et des structures techniques dans notre secteur aérien. Ceci a eu toujours cours au travers de tous les régimes politiques qui se sont succédés dans notre pays. 
Ainsi pouvons-nous observé, sans que cela ne dérange outre mesure, sur le cours des 8 dernières années seulement, nous avons eu la prouesse d’aligner 5 Directeurs Généraux pour nos compagnies aériennes se succédant, 6 ministres des transports aériens en tutelle du secteur, se passant les services, dans un parfait et immuable protocole. Bien Bravo !!! disent les antillais, éternel recommencement, belle continuité.
 
2. Continuité… Voilà un maître-mot que l’on peut retrouver dans le success-story de Ethiopian Airlines. Durant ses 75 ans d’existence, on constate aisément que c’est pratiquement la même Direction Générale, qui depuis 40 années maintenant, est aux commandes du management général de la compagnie aérienne N°1 en Afrique. Guirma, Tewoldé, Busera, Guétachew, voilà des noms emblématiques à ADDIS ABABA et consubstantiels à l’existence de la compagnie éthiopienne, qui ont eu à forger et à camper durant toutes ces années, l’orthodoxie de la gestion de Ethiopian Airlines. Ainsi peut-on mesurer le succès actuel de cette compagnie, au produit d’une longue mémoire et d’une continuité d’expériences vivantes et cumulées, portés par les mêmes hommes et femmes qui, comme des moines inépuisables, ont fait du transport aérien de leur pays un invariable sacerdoce.
 
3. Autre réflexion, et pas la moindre. Se peut-il qu’Air Sénégal SA, engendre par elle-même et elle seule, un développement d’envergure internationale, sans partenariat stratégique, une sorte d’impulsion continue en auto-développement sui-generis. Pour ma part je ne le pense pas. La réalité et la nature de cette industrie mondiale, avec ses acteurs globalisés, ses infrastructures et ses technologies standardisées et unifiées, inextricablement connectées, commande obligatoirement à des partenariats et des alliances stratégiques, qui devraient en épouser la forme et le fond. C’est une condition de survie et d’existence, et l’heure semble en avoir sonnée hic et nunc, pour notre pavillon national. Après ses premières années de déploiement d’une activité prometteuse reconnue par la plupart des observateurs, et d’un réseau encore largement extensible, il urge, il est indispensable de nouer un partenariat stratégique, avec une compagnie aérienne d’envergure internationale et de 1er plan. Ce choix sera stratégique, important et décisif. 

La compagnie partenaire ne devra aucunement être une concurrente, mais devra apporter plutôt une complémentarité sur plusieurs aspects de l’activité aérienne, tant en actifs d’exploitation, en maintenance, en formation, qu’en management…, sur lesquels Air Sénégal SA pourra élargir ses capacités et moyens techniques et le déploiement de son réseau et de son rayon d’action. Ce partenariat aussi, devra reposer quelque part, sur un partage de vision et une commune orientation de politique internationale, entre les 2 pays des deux compagnies. Ceci pour garantir le développement d’un partenariat solide et durable, dans un tandem win-win et pour les intérêts bien compris de notre pavillon national.

Tahir NDIAYE
Consultant
Directeur de l’Ecole Supérieure Aéronautique (ESA)
Mercredi 22 Avril 2020
Dakaractu




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