Affaire imam Galadio Ka : « Comment 95% des musulmans peuvent être aussi négligents pour que l'alcool, l'adultère, l'homosexualité (...) soient légalisés pour la cause des 5% de la population »


L'affaire Ousmane Galadio Ka poursuivi pour injures par le biais d'un système informatique envers des groupes de personnes en raison de leur obédience, a été attrait à la barre ce 26 novembre.

En effet, pour avoir tenu des propos jugés injurieux à travers une conférence religieuse tenue à Gorée le 18 septembre 2018, le prévenu, imam de son rang, Ousmane Galadio Ka a été attaqué devant les juridictions par le plaignant Ephrène Manga, chrétien de confession. Le jugement a duré plus de 4 tours d'horloge.

Devant le juge, le sieur Galadio Ka a plaidé non coupable des faits qui lui sont reprochés réitérant ses propos : "Comment 95% des musulmans peuvent être négligents jusqu'à ce que soient légalisés dans ce pays, l'alcool, l'adultère, la danse, la calomnie, l'homosexualité entre autres pour la cause de 5% de la population".

Interpellé sur les raisons pour lesquelles il a ciblé les 5% comme étant les seuls habilités à verser dans les tares de la société, l'imam Galadio Ka répondra qu'il voulais attirer l'attention des musulmans pour observer les préceptes de l'Islam et non pour blesser qui que ce soit. "Je voulais juste éclairer et amener à comprendre que les interdits de la religion ne sont pas condamnés par la loi", a-t-il expliqué.

"Les 5% dont je parle ce sont les juifs, les chrétiens, les athés et lorsque je tenais mes propos je ne pensais aucunement à la chrétienté, j'ai tenu ces propos à l'égard des musulmans pour les amener au respect des préceptes islamiques", s'est-il défendu.

De son côté, Ephrène Manga est revenu sur les motivations qui l'ont poussé à déposer une plainte contre l'accusé. "C'est à travers les réseaux sociaux que j'ai découvert la vidéo et je suis parti chercher l'intégralité qui dure 58 minutes. En tant que chrétien je me suis senti offensé quand j'ai entendus ses propos", a confié devant la barre le sieur Manga.

"C'est après que j'ai pris la peine de lancer une pétition pour que tous ceux qui se sentent blessés par ses propos outrageants le signent et alors beaucoup ont adhéré à la cause", a soutenu Ephrène Manga qui considère que l'imam a cité les 5% de la population afin de leur imputer tous les maux de la société.
Dans leur plaidoirie, les conseils de la partie civile ont relevé des propos identitaires prononcés par l'accusé Ousmane Galadio Ba.

"De part et d'autre il y'a des extrémistes dans ce pays et il faut qu'on les arrête. Si cela se poursuit, on ira droit sur le mur parce que il y a des propos discriminatoires. Ce que Galadio Ka a fait est une stigmatisation envers des communautés", a plaidé Me Joseph Etienne Ndione un des avocats de la partie civile. Il a avec ses collègues, invité le juge à condamner le prévenu coupable des faits qui lui sont reprochés et demande le franc symbolique à titre de réparation.
Pour le ministère public, notamment le parquet, les faits reprochés au prêcheur Galadio Ka ne souffre d'aucun doute car le caractère injurieux est établi.

Le procureur a requis 2 ans dont 6 mois ferme et 500.000 Fcfa en guise de dommage et intérêts.
Pour les avocats de la défense, il n'y a aucun délit en l'espèce, car l'accusé a dit l'esprit et le fond de sa pensée.

"Le ministère public a été particulièrement sévère contre Galadio Ka. Ce qui me choque dans cette affaire c'est la poursuite sélective. Quand Thierno Dembourou Sow a appellé à une insurrection contre des communautés, le parquet n'a pas bougé et c'est cela qui me choque, n'invoquez pas son immunité parlementaire parce que c'est un flagrant délit", a tonné devant la barre Me Moussa Sarr, un des conseils de l'imam Ousmane Galadio Ka.

Selon lui, les éléments constitutifs des infractions soulevées ne sont pas réunis, au contraire croit-il, on fait à l'accusé un procès d'intention. "Nous regrettons cette procédure et il y'a lieu de relaxer purement et simplement monsieur Galadio Ka", a conclu Me Sarr. Son collègue Me Ciré Bathily, pour sa part, qualifie la procédure de "cas aggravé de covid juridique" et que l'imam soit renvoyé des fins de la poursuite.

Les échanges ont été houleux entre les parties qui ont toutes les deux regretté que cette affaire ait atterri à la barre du fait du vivre ensemble qui lie les communautés musulmane et chrétienne.
L'affaire sera délibérée le 10 décembre prochain...

Jeudi 26 Novembre 2020
Dakaractu




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