Affaire du Carlton / L'étau se resserre autour de DSK


Dans l'affaire du Carlton, l'étau se resserre autour de DSK dont les frasques sexuelles s'étalent à longueur de PV. Mais il y a plus sérieux que sa probable participation à des parties fines. Car le dossier pourrait s'étendre sur le registre des petits cadeaux aux frais du BTP. Ce qui, dans cette hypothèse, conduirait la justice à se piquer de curiosité pour les grands chantiers de la région.

À 47 ans, Jean-Christophe Lagarde, commissaire divisionnaire à la tête de la sûreté urbaine du Nord, avait un avenir tout tracé au sommet de la hiérarchie policière. D'abord, parce que ce flic aux états de service jusque-là sans accroc et apprécié de ses hommes a fait une belle carrière. Ensuite, parce qu'il s'était rapproché de DSK au point de devenir son conseiller en sécurité et plus encore un ami intime. Ce qui pouvait laisser entrevoir encore de belles perspectives de carrière.
Mais tout ça, c'était avant que le futur ex-candidat aux primaires socialistes se prenne les pieds dans le tapis de sa douche au Sofitel de New-York, en mai dernier. Déjà, Lagarde avait dû sentir passer le souffle du boulet. Car la veille de l'arrestation de DSK à l'aéroport de New-York, il était à Washington avec l'homme fort du FMI pour la seconde fois depuis le début de l'année, selon les uns et autres des mis en examen. Outre Largarde, il y avait là David Roquet, 43 ans et patron de la société des matériaux et Enrobés du Nord, filiale d'Eiffage. Mais aussi un couple de Lillois, Patrice Paskowski et Virginie Dufour, ainsi que des secrétaires très particulières.
Un drôle d'équipage en vérité. En théorie, tout ce petit monde se fait plaisir en visitant le FMI. La réalité est plus crue si l'on en croit les intéressés. Car il est davantage question d'une petite sauterie où chacun se mélange en fonction des goûts de ces messieurs. Manifestement, c'est David Roquet qui régale en réglant billets d'avion, notes d'hôtel et de restaurant. De vrais faux frais qu'il répercute à son tour.
En février 2011, un autre policier de premier plan est du voyage aux États-Unis. Jean-Claude Ménault n'est autre que le DDSP du Nord. Le grand patron de la sécurité publique serait tombé des nues en découvrant que la soirée virait au plus torride des libertinages. Un secret qu'il n'a manifestement pas gardé pour lui, préférant se couvrir plutôt que d'être éclaboussé par un scandale à venir. Jean-Christophe Lagarde, libre comme l'air, n'en était visiblement pas à son coup d'essai avec son ami politique. Car d'autres parties fines auraient eu pour théâtre un restaurant et un grand hôtel parisien. « Il y avait Fabrice et Jean-Christophe Lagarde. Nous avons mangé dans la chambre puis nous avons eu des relations sexuelles tarifées. Chacun était avec sa copine, moi j'étais avec Jade, DSK avait aussi sa copine (..) », explique David Roquet, selon Le Figaro. Mounia, occasionnelle et ex-cliente de Me Riglaire, confirme pour partie les dires de Roquet. Comme Béatrice Legrain, dite Béa, la compagne de « Dodo la Saumure ». Car les filles du proxénète franco-belge semblent bien avoir franchi la frontière pour gâter tout ce petit monde. Trop bon, le chef d'entreprise précise que DSK « était invité ». Mais Jean-Christophe Lagarde n'aurait pas seulement rejoint son mentor à Paris. Il s'est vanté d'avoir accompagné DSK lors de virées en Belgique pour faire un saut au royaume de « Dodo la Saumure », relate un magistrat. Sécurité oblige, il est difficilement concevable qu'un personnage de la trempe de DSK puisse se rendre seul là-bas dans ces circonstances. Mais la question essentielle reste de savoir pourquoi toutes ces filles ont-elles été offertes gracieusement aux uns et aux autres ?
Le devoir d'hospitalité n'explique pas tout d'autant que le compteur des faux frais tournait à plein régime. C'est là que les mauvaises langues se délient, rappelant que Eiffage a décroché de main de maître le marché de construction du Grand Stade de Lille… Mensonge ? Mystère. Il y a en tout cas de quoi piquer de curiosité des magistrats en charge des investigations.
Hier, les trois suspects placés en garde à vue mercredi ont été déférés au palais de justice de Lille. Patrice Paskowski a été mis en examen puis écroué. Virginie Dufour, compagne de ce dernier et patronne d'une société d'événementiel, a été mise en examen pour proxénétisme, association de malfaiteurs et escroquerie mais laissée libre. Tout comme Jean-Christophe Lagarde poursuivi pour proxénétisme aggravé.
Reste maintenant à déterminer si d'autres policiers sont oui ou non impliqués dans ce dossier à tiroirs où le chaud bouillant monde de la nuit tutoie tous les milieux. La police, le monde économique et la politique, avec la franc-maçonnerie pour les cimenter. C'est là que se mêlent et se démêlent sans fin les liens qui les unissent.
C'est dans ce marigot que René Kojfer a prospéré en jouant l'indic pour les uns et le sous-marin pour les autres. Des copains flics qui montent des dossiers, photos à l'appui. Des copains flics qui font les 400 coups en Belgique ou ailleurs. D'autres qui tapent dans la caisse quand les magistrats ferment les yeux. C'est dans ce marigot que « Dodo la Saumure », proxénète dans toute sa splendeur, prospère à l'ombre des grands avec un vernis de respectabilité. C'est pour ça que l'affaire du Carlton de Lille n'a peut-être pas fini d'éclabousser du beau linge.
Eric Lainé
elaine@journam-lunion.fr
« DSK avait sa copine »
Parties fines avec contrepartie ?
Trois nouvelles mises en examen
Samedi 22 Octobre 2011