Affaire Aser–AEE Power Sénégal : les avocats de Saïdou Kane interpellent l'Etat sur les 37 milliards


Les avocats de l’homme d’affaires sénégalais Saïdou Kane ont tenu une conférence de presse pour présenter leur version des faits dans le dossier lié au projet d’électrification rurale impliquant l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) et la société AEE Power. Une sortie médiatique visant à répondre aux accusations relayées ces dernières semaines contre leur client et les entités AEE Power Sénégal, PACCANT et INTERMAO.
 

Selon eux, M. Saïdou Kane, entrepreneur sénégalais établi en Espagne, est à l’origine d’un projet structurant d’électrification rurale, initialement prévu pour 928 localités puis étendu à 1 600, notamment dans les régions de Kaffrine, Louga, Saint-Louis, Tambacounda et Kédougou. Ils affirment qu’il a assuré la conception du projet, la structuration technique et financière, la coordination avec les autorités administratives, ainsi que la mobilisation des financements.
Dans le cadre des offres spontanées prévues par le Code des marchés publics, le financement devait être entièrement porté par l’initiateur du projet. À ce titre, des démarches ont été engagées auprès de la banque espagnole Banco Santander, avec l’appui des autorités diplomatiques sénégalaises en Espagne. Le rôle de M. Kane aurait été reconnu dans une correspondance datée du 26 décembre 2024 adressée au Secrétariat général du Gouvernement.

Plusieurs accords ont été conclus, dont un protocole d’entente signé le 16 novembre 2023 et un engagement tripartite du 25 novembre 2023 entre l’ASER, AEE Power EPC et AEE Power Sénégal, accordant notamment à cette dernière l’exclusivité de la construction et de l’acquisition des poteaux en béton armé. Un contrat opérationnel fixait également la répartition des tâches, avec 60 % des travaux attribués à AEE Power Sénégal, au-delà du seuil réglementaire de 40 %.

Le projet, estimé à 140 millions d’euros, prévoyait une avance de démarrage de 40 %. Selon les avocats, l’ASER a autorisé, par lettres en date du 22 mars 2024, le paiement de 36 733 592 000 FCFA. Ces fonds devaient être transférés à la société espagnole partenaire, puis rétrocédés à AEE Power Sénégal à hauteur d’environ 40 millions d’euros.

Ils indiquent qu’après réception des fonds, le partenaire espagnol aurait cessé progressivement toute collaboration. Une mise en demeure a été adressée le 18 juin 2024 pour obtenir le versement de la part contractuelle, avant qu’une résiliation unilatérale ne soit notifiée le 21 juin 2024.

Les avocats estiment que cette rupture s’est accompagnée d’une campagne visant à évincer leur client du projet, à se soustraire aux obligations contractuelles et à capter les bénéfices du financement. Ils considèrent que les difficultés du dossier ne résultent pas d’une défaillance de M. Kane, mais du non-respect des engagements par le partenaire étranger.

Au cœur de leur intervention, ils ont invité l’État du Sénégal à apporter des éclairages précis sur la gestion et la destination des 37 milliards de FCFA évoqués dans cette affaire, une question qu’ils jugent centrale pour la manifestation de la vérité.

Ils ont également apporté des précisions sur les dossiers INTERMAQ et PASSANT, cités dans le débat public. Concernant INTERMAQ, ils affirment que la société INTERMAQ Sénégal S.A, dont M. Kane est actionnaire majoritaire, n’est pas signataire du marché public n° T0520/22 conclu en mars 2022 avec le ministère de l’Agriculture pour un montant d’environ 130 millions d’euros (85,5 milliards FCFA). Selon eux, seule la société espagnole INTERMAQ 2012 SL est titulaire du marché et seule cocontractante de l’État du Sénégal.

Ils soutiennent que M. Kane n’a perçu aucun fonds public et que les paiements sont effectués directement à la société espagnole, après validation par les services compétents, notamment la Direction de l’Ordonnancement des Dépenses Publiques et la banque Santander. Le rôle d’INTERMAQ Sénégal S.A se limiterait à des prestations locales : réception, stockage, assemblage, distribution des équipements, formation des bénéficiaires et service après-vente. Ils précisent également que l’avenant n°1 n’a entraîné aucune modification de prix et a permis des ajustements techniques au bénéfice de l’État.

Dans le dossier PASSANT, les avocats indiquent que M. Saïdou Kane détient une participation de 20 % sans exercer de fonction de gestion. Le contractant principal serait la société étrangère LITEYCA SL, responsable de l’exécution du projet. Ils évoquent un taux d’exécution de 42,34 %, qu’ils imputent à cette société, et soulignent que leur client a contribué personnellement à hauteur de 237 100 875 FCFA pour soutenir l’activité et préserver les emplois.

Les avocats dénoncent ainsi une confusion entre les différentes entités impliquées et un transfert de responsabilité vers leur client. Ils affirment que les flux financiers et les chaînes contractuelles sont traçables et appellent à laisser les juridictions compétentes établir les responsabilités.
 
Idy SOW
Mardi 5 Mai 2026
Dakaractu