Accord technique Sénégal-FMI: « Le Conseil d'administration peut approuver le programme sans attendre la restructuration de la dette » ( Porte-parole, Julie Kozack )


Le Fonds monétaire international (FMI) a détaillé ce jeudi, les contours du processus qui doit conduire à la restructuration de la dette extérieure du Sénégal, sans toutefois s'avancer sur un calendrier précis. Lors de son point de presse hebdomadaire, la directrice du département de la communication du FMI, Julie Kozack, a rappelé que les services de l'institution et les autorités sénégalaises étaient parvenus, le 2 septembre, à un accord de principe sur les politiques économiques susceptibles de fonder un nouvel accord au titre de la facilité élargie de crédit (FEC), d'une durée de trois ans et d'un montant d'environ 2,2 milliards de dollars. Ce programme reste soumis à l'approbation de la direction du FMI puis de son Conseil d'administration.

 

Interrogée à plusieurs reprises sur la durée que pourrait prendre le traitement de la dette, certains observateurs évoquant jusqu'à trois ans Julie Kozack a refusé de s'engager sur un délai, renvoyant la question aux négociations entre Dakar et ses créanciers. « Les négociations sur la dette étant en cours, notamment en ce qui concerne sa durée et le délai nécessaire à sa restructuration, je ne suis pas en mesure d'en parler ni même de spéculer à ce sujet », a-t-elle affirmé, ajoutant que la conception et la portée de tout traitement de la dette relèvent en dernier ressort des autorités sénégalaises et de leurs créanciers.

 

La porte-parole a néanmoins précisé un point de méthode important : l'approbation du programme par le Conseil d'administration n'est pas conditionnée à l'aboutissement préalable de la restructuration. Le Sénégal pourrait donc poursuivre ses discussions avec ses créanciers tout en bénéficiant déjà d'un financement du FMI destiné à couvrir une partie de ses besoins immédiats, notamment les services publics et d'autres dépenses prioritaires. Le FMI a par ailleurs indiqué qu'il se tenait prêt à mettre ses bons offices au service du dialogue entre Dakar et ses créanciers si la demande lui en était faite, dans le cadre du Cadre commun du G20, dont l'usage annoncé par les autorités sénégalaises a été salué par l'institution.

 

Sur la question du calendrier du traitement de la dette évoqué par le Premier ministre sénégalais qui a parlé de rééchelonnement plutôt que de restructuration, Julie Kozack a rappelé que le Cadre commun n'impose pas un type de traitement particulier mais vise avant tout à garantir une coordination ordonnée entre créanciers et un déroulement dans des délais maîtrisés. Elle n'a pas non plus tranché la question de savoir si l'analyse de viabilité de la dette utilisée pour le Sénégal serait celle actuellement en vigueur pour les pays à faible revenu ou la version révisée, en cours d'examen par le Conseil d'administration.

 

Concernant les recettes pétrolières, désormais entrées en production, la responsable du FMI a souligné que la hausse des prix mondiaux du pétrole pesait davantage sur les finances publiques sénégalaises en raison du maintien de subventions énergétiques non ciblées, dont le coût budgétaire augmente mécaniquement avec les cours. Elle a indiqué que les réformes prévues dans le cadre du programme visaient à soutenir une gestion transparente des ressources publiques, à dégager un espace budgétaire pour les dépenses prioritaires et des filets sociaux ciblés, et à améliorer le climat des affaires afin de favoriser la diversification de l'économie sans toutefois détailler de mécanisme garantissant que les recettes pétrolières ne serviraient pas prioritairement au service de la dette extérieure.

 

Interrogée plus largement sur le risque d'une nouvelle crise de la dette en Afrique, Julie Kozack a nuancé le diagnostic : les niveaux d'endettement des pays à faible revenu, y compris en Afrique subsaharienne, se stabilisent voire diminuent, mais les tensions se concentrent sur les liquidités et le service de la dette, dans un contexte de recul de l'aide publique au développement et de hausse des rendements dans les économies avancées. Elle a mentionné l'approche dite « à trois piliers », développée conjointement par le FMI et la Banque mondiale, comme outil privilégié pour répondre à ces tensions de liquidité à court terme.

Vendredi 11 Septembre 2026
Dakaractu