Abus sexuels sur mineurs / Dakar Sacré-Cœur terrain de chasse des prédateurs : De l’affaire Ousmane Diop à celle d’Olivier Sylvain…

La récente affaire des « Talibés » victimes d’un Maître coranique diabolique, à Ouakam, avait à peine fini d’émouvoir le public que l’on se retrouve à nouveau face à une énième histoire d’abus sexuels sur mineur. Cette fois-ci, on est loin des « Daaras », puisqu’on est sur le terrain du centre de formation de football de Dakar Sacré-Cœur (DSC.) En quatre mois, le sieur Olivier Sylvain, membre du staff a tissé sa toile autour d’une dizaine de jeunes, tous mineurs, victimes de ses penchants sexuels pervers. Si la direction du club s’est empressée de le livrer (Olivier Sylvain) à la police centrale (Samedi 8 février), le tout soigneusement retranscrit dans un communiqué pour prendre les devants. Il est important de retourner trois ans en arrière, en 2017, pour constater qu’à l’époque un certain Ousmane Diop ancien international sénégalais, entraîneur à Dakar Sacré-Cœur, était cité dans une affaire de pédophilie. L’histoire a bégayé chez les « Gones », ce qui nous pousse à poser les questions suivantes : Pourquoi le club n’a pas tiré des enseignements lors du premier cas d’espèce ? Comment cela a pu se reproduire sous le nez et la barbe de responsables du centre de formation ? DSC serait-il devenu le terrain de chasse des prédateurs sexuels tapis derrière les pelouses ?


Dakar Sacré-Cœur, terrain de chasse des prédateurs sexuels ou centre d’un malheureux concours de circonstances ?

Bien évidemment il ne s’agit pas de jeter en pâture le club de football de Dakar Sacré-Cœur dont le projet sportif est particulièrement innovant et ambitieux. D’ailleurs, leur partenariat avec l’Olympique Lyonnais, participe grandement à la formation et à l’insertion professionnelle de pas mal de jeunes footballeurs Sénégalais. Mais, voilà que l‘extra sportif entache sérieusement la bonne marche de ce centre de formation qui jouissait d’une assez bonne réputation jusque-là. Il est important de s’arrêter pour poser les bonnes questions. 

Comme annoncé ci-dessus, le club DSC, depuis que cette affaire d’abus sexuels sur mineurs a éclaboussé le football local sénégalais, adopte une posture assez mitigée. Dans un premier temps le présumé pédophile n’aura pas bénéficié d’une clémence et ou d’une quelconque protection de la part de la structure. Une enquête interne et quelques coups de fil plus tard, Olivier Sylvain, le mis en cause, était demis ses fonctions au sein du club puis livré à la police le samedi 8 février.
S’en suivra un communiqué de presse retraçant chronologiquement les évènements qui se sont déroulés, de la découverte des agissements du présumé, à l’audition des victimes présumées. Une attitude responsable me direz-vous ? Soit, sauf que des bruits de vestiaires laissent croire qu’en réalité, les faits n’étaient pas totalement méconnus en interne. Dès lors, cette démarche volontaire et de « bonne foi », toute cette opération de communication bien huilée serait-elle une subtile tentative de rattrapage après-coup ? Fallait-il préserver l’image du club avant toute chose ? Ces questions sont d’autant plus pertinentes qu’en 2017, lors de l’affaire dite « Ousmane Diop », DSC avait plus ou moins adopté le même modus operandi : Ce n’est pas nous, c’est les autres… 
 
Le premier scandale sexuel : Ousmane Diop, d’ancien international à entraineur – pédophile…

Les faits remontent à trois ans à peine. Nous sommes en mai 2017, l’ancien international Sénégalais Ousmane Diop est  impliqué dans une affaire de viol sur mineur. Une première accusation qui permettra par la suite de lever le voile sur une autre affaire d’abus sexuel sur une mineure en formation au sein de Dakar Sacré-Cœur.
L’ancien latéral des « Lions » du Sénégal avait été incarcéré pour viol sur une fille de 17 ans. Il niera les faits d’abus sexuel, avouant avoir entretenu des relations sexuelles consenties avec la jeune fille qui lui avait alors fait croire qu’elle avait 18 ans. Nous ne sommes pas encore dans le cadre de DSC étant donné que tout cela n’avait rien à voir avec le club où il travaillait quand-même à l’époque.
D’ailleurs les dirigeants de DSC et employeur d’Ousmane Diop avait publié un communiqué pour le bannir : « Ces faits se seraient déroulés en dehors du club et lors de son jour de repos, rembobine la direction de DSC, soulignant avoir été informée de l’affaire le 20 mai. Face à la gravité des accusations et tout en respectant la présomption d’innocence, la direction du club a effectué certaines vérifications. Dans ce sens, une procédure administrative a été mise en place et a abouti à la rupture du contrat de prestation de Monsieur Ousmane Diop, le 24 mai 2017. » Comme ce fut le cas trois ans plus tard avec l’affaire Olivier Sylvain qui était en charge de la cellule de performance.


Pour en revenir à l’affaire Ousmane Diop, c’est donc au cours de l’enquête policière que les limiers ont découvert que le sieur Diop avait été finalement démis de ses fonctions au niveau du centre de formation DSC. Pour cause, une grave accusation d’abus sexuel sur une jeune fille de 13 ans, pensionnaire dudit centre. La direction avait certes licencié Mr Diop, mais l’affaire avait été étouffée en interne avant d’être « déterrée » par un concours de circonstances. Deux affaires différentes (Viol commis sur une mineure de 17 ans et attouchements sur une gamine de 13 ans), dont le présumé coupable, Ousmane reconnaîtra les faits.

Sylvain Olivier un « Loup » au centre sacré de Dakar… Un « renforcement » du dispositif de recrutement inefficace

Fort de cette expérience à la fois éprouvante et désastreuse pour l’image du club et les valeurs qu’il véhicule au sein de son centre de formation, la direction de DSC avait, au lendemain de ces évènements, brandi le communiqué suivant : « La direction du club rappelle, qu'elle condamne fermement tout acte non conforme aux bonnes mœurs et aux valeurs du club. Elle collabore d'ores et déjà avec la justice pour que la vérité soit connue. Elle se réserve aussi le droit d'engager des démarches judiciaires visant à protéger son image et ses intérêts. »  

L
a direction avait par la suite décidé de « Renforcer son dispositif de recrutement et de contrôle. » Désormais, il fallait montrer patte blanche pour potentiellement pouvoir officier au sein des structures du clubPas moins de trois étapes avaient été  déclinées : Un extrait de casier judiciaire exigé pour l'ensemble du personnel, Une mise en place d'une charte de bonne conduite et la mise en place de réunions de sensibilisation du personnel.

Des mesures pour le moins insuffisantes en tous cas pas assez contraignantes, puisqu’au final « Olivier le Loup » est entré dans le centre en présentant patte blanche. En un temps record, il aura fait une bonne dizaine de victimes selon les témoignages recueillis. Finalement que faut-il faire pour préparer, protéger, et préserver ces jeunes vulnérables parfois laissés à eux-mêmes hors du cadre protecteur de la famille. L’on se pose la question de savoir combien de jeunes subissent ces abus dans les centres de formation et autres lieux destinés à la formation de l’élite de demain. 


Dans ces affaires, le caractère tabou des faits rend l’action difficile. Une action de la part des instances en charge du football local. Justement, quelle doit être la posture de la ligue professionnelle de football, comment doit agir la fédération sénégalaise de football ? Quelles sont les stratégies à adopter conjointement par les présidents de club ? Il est extrêmement complexe de situer les responsabilités encore moins de trouver un interlocuteur enclin à se prononcer sur la question. On préfère regarder de l’autre côté, fermer les yeux et faire dans la langue de bois au risque de s’attirer les foudres de ses congénères. Cet épisode sombre sera peut-être le prétexte pour véritablement poser le débat loin du terrain de la compromission et de l’impunité.
 
 
 
Mercredi 12 Février 2020
Dakaractu



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