Abdourahmane Sarr passant le témoin à Cheikh Diba : « J’ai servi selon mes convictions…mais les politiques publiques ne doivent pas être réinventées à chaque changement d’équipe »


Abdourahmane Sarr a présidé à la passation de service marquant son départ du ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération. Face à son successeur Cheikh Diba, désormais à la tête d’un portefeuille réunifié sous l’intitulé « Économie, Finances et Plan », l’ancien ministre a tiré son bilan et formulé quelques mises en garde à peine voilées.

 

Remerciant le Président Bassirou Diomaye Faye et le Président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko pour la confiance accordée, Sarr a énuméré les réalisations de ses deux années de fonction : la déclinaison quinquennale 2025-2029 de la Vision Sénégal 2050, une stratégie nationale de développement du secteur privé fondée sur la liberté économique et la valorisation des « identités remarquables » des territoires, une stratégie de coopération économique alignée sur les priorités nationales, ainsi qu’un rapport macroéconomique trimestriel qu’il présente comme un « legs au Sénégal de mon centre d’études ». Il a également mis en avant la promotion des partenariats public-privé, notamment le « recyclage d’actifs », et la construction d’une vision territoriale articulée autour de pôles de développement. « Ces chantiers ne m’appartiennent pas. Ils appartiennent au Sénégal. Ils devraient être poursuivis, enrichis et améliorés », a-t-il déclaré.

 

 

Le ministre Abdourahmane Sarr n’a pas manqué de rappeler qu’en 2019 déjà, lors de la séparation institutionnelle des fonctions économiques et financières, il avait publiquement plaidé pour leur réintégration. La recréation d’un ministère unifié lui apparaît donc comme la traduction concrète d’une conviction ancienne. « L’enjeu n’était pas organisationnel. L’enjeu était stratégique », a-t-il insisté, appelant à une cohérence d’action étroite entre les deux ministres délégués, Allé Nar Diop pour l’économie et la planification, Bassirou Sarr pour le budget.

 

L’ancien ministre a défendu ce qu’il nomme le « Souverainisme Libéral »: « Moom Sa Bopp Menel Sa Bopp, Yewwi Rewmi, Yewwi Gox Yi, Yewwi Nit Gni. » Plaidant pour un renforcement de l’UEMOA plutôt que pour une rupture, il a présenté le marché financier régional comme levier de souveraineté, se félicitant que la stratégie d’endettement mise en place, « pas seulement de gestion de la dette, mais une vraie stratégie d’endettement » qui prend en compte les dynamiques régionales. 

 

Sans souligner de risques précis, le sieur Sarr a rappelé que « le Sénégal est à la croisée des chemins » sur le plan de la stabilité macroéconomique, et que « la création de richesses précède leur redistribution ». Il a rendu hommage aux agents du ministère, qualifiés de « colonne vertébrale » de l’institution, « parfois victimes des changements récurrents », confiant leur sort aux mains du nouveau ministre et souhaitant plein succès à Cheikh Diba dans ses nouvelles fonctions. Il dit quitter ses fonctions avec « la satisfaction d’avoir servi selon ses convictions ». Abdourahmane Sarr a prévenu qu’il resterait « vocal dans l’espace public » en tant qu’observateur indépendant libéral, considérant que les fonctions publiques passent et que les institutions demeurent.

Jeudi 4 Juin 2026
Dakaractu