Abdoulaye Wilane, porte-parole du Parti socialiste (PS) met en garde contre la transhumance : «La banalisation de la transhumance fragilise notre démocratie…Les Sénégalais attendent autre chose que des querelles politiques »

Dans un entretien accordé à L’observateur, l’ancien député et porte-parole du Parti socialiste (PS), Abdoulaye Wilane, livre une analyse critique de l’évolution du paysage politique sénégalais. Préoccupé par la multiplication des ralliements vers le pouvoir, il dénonce une banalisation de la transhumance politique qu’il juge dangereuse pour la démocratie, tout en appelant à un renforcement du rôle de l’opposition et à une plus grande fidélité aux engagements pris devant les électeurs.


Abdoulaye Wilane sonne l’alerte sur la fragilité du débat politique
 
L’ancien député Abdoulaye Wilane estime que le Sénégal traverse une période de fortes tensions politiques marquée par une polarisation croissante du débat public. Interrogé par L’observateur, il considère toutefois que cette focalisation autour des divergences entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne doit pas occulter les véritables préoccupations des Sénégalais.
 
Selon lui, les attentes des citoyens dépassent largement les affrontements politiques. Elles concernent avant tout la sécurité, la paix, le pouvoir d’achat, l’emploi, l’éducation, la santé, la justice ainsi que le développement économique. Autant de priorités qui, à ses yeux, devraient constituer le cœur du débat national.
 
« L’opposition est indispensable au fonctionnement démocratique »
 
Pour Abdoulaye Wilane, l’opposition demeure un pilier fondamental de toute démocratie. Elle ne doit pas être réduite à une posture de contestation permanente, mais doit remplir pleinement sa mission institutionnelle.
 
Dans sa vision, une opposition responsable doit contrôler l’action gouvernementale, proposer des alternatives crédibles, nourrir le débat public et contribuer à préserver les équilibres institutionnels.
 
Il estime également que la stabilité politique, la paix civile et la cohésion nationale reposent en grande partie sur l’existence d’une opposition forte, organisée et capable d’exercer pleinement son rôle.
 
 
Une dénonciation ferme de la transhumance politique
 
L’ancien porte-parole du Parti socialiste se montre particulièrement sévère à l’égard de la transhumance politique, phénomène qu’il considère comme l’une des principales menaces pesant aujourd’hui sur la démocratie sénégalaise.
 
Selon lui, ces changements de camp politiques répétés fragilisent les partis, brouillent les repères idéologiques et éloignent progressivement les citoyens de la vie politique.
 
Abdoulaye Wilane rappelle que la transhumance n’est certes pas un phénomène nouveau dans l’histoire politique du Sénégal. Elle a traversé plusieurs régimes. Toutefois, il juge que sa banalisation actuelle constitue une évolution préoccupante.
 
À ses yeux, le véritable problème réside dans le fait que ces ralliements finissent par être perçus comme une pratique normale, alors qu’ils remettent en cause la crédibilité des engagements pris devant les électeurs.
 
 
Le Parti socialiste revendique une tradition de fidélité
 
Abdoulaye Wilane rappelle que le Parti socialiste s’est toujours voulu un parti attaché à la continuité, au dialogue et au respect des institutions.
 
Il cite notamment plusieurs figures historiques du PS, dont Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf ainsi qu’Ousmane Tanor Dieng, pour illustrer une culture politique fondée sur la fidélité aux convictions et aux principes.
 
Pour lui, la valeur d’un engagement politique ne se mesure pas uniquement à la conquête du pouvoir, mais également à la capacité d’un responsable à rester fidèle aux idées qu’il défend.
 
« Notre démocratie a besoin de partis solides et de responsables constants dans leurs convictions », insiste-t-il.
 
 
Quelle différence avec les pratiques des anciens régimes ?
 
Interrogé sur les critiques adressées au pouvoir actuel concernant les ralliements politiques, Abdoulaye Wilane reconnaît que la transhumance a existé sous plusieurs présidences.
 
Il souligne cependant que les principes ne devraient jamais varier selon que l’on se trouve au pouvoir ou dans l’opposition.
 
À ses yeux, si une pratique est condamnable lorsqu’elle est exercée par un régime, elle doit continuer à l’être lorsque les rapports de force politiques changent.
 
Cette constance dans les principes apparaît, selon lui, comme une condition essentielle à la crédibilité du discours politique.
 
 
La proposition de loi contre la transhumance saluée avec prudence
 
L’ancien député réagit également à la proposition de loi annoncée par le député Amadou Ba, qui vise à faire perdre leur mandat aux élus locaux qui changeraient d’appartenance politique en cours de mandat.
 
Abdoulaye Wilane considère que cette initiative répond à une véritable préoccupation démocratique.
 
Toutefois, il rappelle qu’une telle réforme devra impérativement respecter la Constitution ainsi que les principes de l’État de droit.
 
Selon lui, toute évolution législative devra faire l’objet d’un large consensus afin de concilier le respect de la volonté populaire, les libertés politiques et la stabilité institutionnelle.
 
 
Le financement des partis : un débat à encadrer
 
Abordant la question du financement public des partis politiques, Abdoulaye Wilane estime qu’il s’agit d’un sujet légitime qui mérite une réflexion approfondie.
 
Il rappelle que plusieurs démocraties disposent déjà de mécanismes permettant d’assurer un financement transparent de la vie politique tout en imposant des obligations de contrôle.
 
À ses yeux, un tel dispositif pourrait contribuer à renforcer la transparence et la responsabilité des formations politiques, à condition qu’il repose sur un cadre juridique clair et équilibré.
 
 
La fidélité comme principe de gouvernance
 
En conclusion de son entretien avec L’observateur, Abdoulaye Wilane revient sur ce qu’il considère comme une valeur essentielle de l’engagement politique : la fidélité.
 
Il affirme avoir été formé dans une école politique où la constance, le respect de la parole donnée et le service de la République occupaient une place centrale.
Samedi 1 Aout 2026
Dakaractu