AFFAIRE DES JIHADISTES SÉNÉGALAIS PRÉSUMÉS : L’histoire secrète d’une traque

C'est le 14 février prochain que les 32 accusés suspectés d'activités terroristes seront jugés devant la Chambre criminelle de Dakar. Ont-ils commis les faits qui leur sont reprochés ? Seuls les juges peuvent répondre à cette question. En attendant, Libération livre en exclusivité les coulisses de l'enquête ayant conduit à ce procès pas comme les autres.
Au commencement était un...post facebook. Révélations!


AFFAIRE DES JIHADISTES SÉNÉGALAIS PRÉSUMÉS : L’histoire secrète d’une traque
Courant 2015, un message publié sur le réseau social Facebook attire l'attention des autorités sénégalaises. Non seulement l'individu qui se baptisait "Abu Hamza" menaçait le Sénégal et son Président Macky Sall mais il appuyait ses écrits par des photos de compatriotes qui seraient morts dans les bastions de l'Etat islamique  en Lybie. Les enquêtes diligentées font apparaître des ressemblances entre le numéro de passeport de "Abu Hamza" et celui de Matar Diokhané qui était en ce moment en détention au Niger avec des combattants sénégalais membres du cancer Bokko haram.
Les investigations qui suivront conduiront directement les enquêteurs auprès des deux épouses de Matar Diokhané mais aussi vers imam Alioune Badara Ndao.

Comment tout est parti d'un post sur Facebook

Interpellé, l’épouse de Matar Diokhane, Coumba Niang soutenait avoir été informée de l’arrestation de ce dernier au Niger par un vieux Diouf sans autre précision mais auparavant, elle avait reçu de lui, à l’occasion de la fête de Korité, une forte somme d’argent en coupure de 500 euros à charge pour elle de la remettre à Marième Sow- sa belle-mère- aux fins d’un financement de travail qui devraient effectuer les « mbok : sunnistes/salafistes » au Sénégal.
Réentendue le 28 octobre 2015, elle soutenait avoir passé deux jours en compagnie des nommées Rama et Amina à Kaolack auprès du maitre coranique de son mari, Aliou Ndao alias Alioune Badara Ndao pour s’enquérir des nouvelles de son époux et c’est dans ces circonstances qu’elle avait appris son arrestation au Niger. 

Interrogée ensuite le 29 octobre 2015, Coumba Niang faisait savoir que Matar Diokhane leur avait demandé d’acheter des téléphones portables sécurisés avec des communications via l’application « Télégram » seulement avec la somme de deux cent mille francs CFA (200 mille) à elles remise à cet effet. D’ailleurs selon elle, les fortes sommes d’argent reçues (42 billets de 500 euros, soit la somme de 21. 000 euros estimés à 13 755 500 francs CFA) étaient liées au fait que des personnes se sont sacrifiées pour l’islam comme le lui avait rappelé selon Abou Moussa.

Les aveux de Coumba Niang

Poursuivant, elle déclarait avoir envoyé un message par l’application « Télégram » faisant état de ce que les trente un (31) billets de cinq cents euros (500) euros, restants se trouvaient à Kaolack chez Oustach Aliou Ndao alias Alioune Badara Ndao. Enfin, elle précisait que Matar Diokhane lui avait fait part de son projet de partir en Lybie pour faire le djihad avec « les derniers mbok » revenus du Niger en l’occurrence les nommés Aboubacr Guéye, Cheikh Dieng, Alioune Guéye, Abdallah Dièye et Abou Omar, Djaby. 

Ce qu'a dit l'imam Ndao aux enquêteurs

Pour l’imam Alioune Ndao, c’était de son devoir et de tout musulman de faire en sorte que la charia soit appliquée au Sénégal par le dialogue entre les représentants des deux écoles à savoir les religieux et les constitutionnalistes. Toutefois, il manifestait son soutien aux sénégalais, atteints dans leur foi et agressés dans leur croyance, en destination du Niger, de la Lybie et la Syrie pour embrasser la « Hidjra » ou le « Djihad » à chaque fois que de besoin. Au demeurant, bien étant d’accord pour l’application stricte de la charia au Sénégal, Aliou Ndao prônait le « Djihad non violent » c’est-à-dire dans sa forme intellectuelle même si par ailleurs, il s’était inscrit sur le forum des combattants djihadistes, hormis les vidéos de propagande à l’extrémisme de l’Etat islamique et les écrits appelant aux attaques contre les « Kuffar », les musulmans apostats et l’Etat satanique qualifié de « Taaghout ». 

Réentendu, le jeudi 29 octobre 2015, il expliquait ses rapports avec Matar Diokhane alias Abu Anwar qui, avait fréquenté son « Daara » aux fins de mémorisation du coran ainsi qu’une de ses épouses venues lui rendre visite à Kaolack mais s’agissant d’Aboubakr Guéye, identifié comme le porte-parole des Sénégalais de Boko Haram, il ne le connaissait que de nom pour avoir partagé ses idées développées dans une casquette abordant la question du « Djihad » et du « Takfir ». A l’appui de ses allégations, il a soutenu avoir détenu dans son ordinateur portable des vidéos qui parlent de l’alliance des saints dite « Hilfoul Moutayibine » qui, avait mis sur les fonts baptismaux la « Dawla Islamiya » dirigée par Abou Oumar Al Baghdadi pour aboutir à la naissance de l’Etat islamique. Parmi les personnes impliquées comme Mouhamed Ndiaye (Abu Youssef), Moustapha Faye (Abu Oussama), Abou Omar (Ibrahima Diallo) et Saliou Ndiaye (alias Salikh di Baye Zale) - tous des combattants- il déclarait ne connaitre la dernière citée avec qui il est voisin à Kaolack.
Ce faisant, il spécifiait la décision du djihad, ses formes, ses bienfaits, ses conditions d’existence et ses degrés de mourir dans le djihad ou en d’autres termes l’apologie de la mort par le djihad d’autant plus que l’une de ses vidéos trouvées dans ses appareils dénommée « Khalifat Islamiye » ou Sham : l’instauration d’un Khalifat » l’a beaucoup plus motivé à suivre les djihadistes.

Ces contradictions qui ont intrigué les enquêteurs

Au vu des contradictions notées dans les différentes dépositions de Coumba Niang et Aliou Ndao alias Alioune Badara Ndao relativement à la remise de la somme de quinze millions de francs CFA (15 000 000 FCFA), les enquêteurs procédaient à une confrontation au terme de laquelle, Aliou Ndao dit Alioune Badara Ndao reconnaissait effectivement que lors des trois visites de cette dernière, Ibrahima Diallo alias Abou Omar était passé chez lui pour récupérer ledit montant. 

De même, les enquêtes avaient révélé que le « Daara » de l’imam Aliou Ndao dit Alioune Badara Ndao ets es exploitations agricoles constituent des centres d’endoctrinement et de gites pour jeunes combattants terroristes en partance ou en retour des fronts de la Lybie, de la Syrie, du Nigéria ou du Niger et d’ailleurs, le maitre des lieux serait bien au fait du projet d’installation d’une « WILAYA » sous-régional en Afrique de l’Ouest pour avoir accepté de corriger le manifeste en arabe adressé à cet effet, par Matar Diokhane alias Abu Anwar.

La Dic débusque un recruteur

En outre, il résultait du préambule du procès-verbal numéro 18/DC du 24 octobre 2015 que Monsieur M. Camara, avait saisi les éléments de la Division des Investigations Criminelles (DIC) d’une plainte contre le nommé Cheikh Tidiane Ndiaye qui, serait tenter de recruter son épouse Amina Sall et sa fille en vue de participer aux combats en Syrie, Lybie et au Niger menés par un groupe dirigé par Matar Diokhane, Daouda Dieng, Saliou Ndiaye et c’est sur ces entrefaites qu’une perquisition avait été immédiatement décidée en étroitement collaboration avec les éléments de la Section des Recherches (SR) à Dieuppeul IV, derrière la clinique Raby et au quartier Sotrac de Keur Massar. 

A l’issue, diverses sommes d’argent en coupures de cinq mille francs CFA (5000), cinq bordereaux de retraits, de versements de montants variant entre cinquante à soixante-dix-mille francs CFA  (50 000 à 70 000 ), divers documents administratifs sénégalais dont un passeport n° A01049691 du 23/08/2013, un permis de conduire, une carte de commerçant n°00215101 devant expirer le 10/08/2019, une carte import-export n°10009861 devant expirer le 14/08/2019, une carte de membre de la Mutuelle d’Epargne et de crédit du Sénégal, une carte électeur, un relevé bancaire du Crédit du Sénégal, une lettre d’ouverture de compte crédit au Sénégal sous le numéro n°55041951113000, deux « Kimonos », une ceinture bleue, quatre (4) diplômes de grades d’arts martiaux, un véhicule et son certificat de Mise à la consommation (CMC) au nom de Saliou Ndiaye, un scooter, divers documents entre autres intitulés « le terrorisme, la laïcité, le judaïsme,  l’esclavagisme, la paix, la tolérance », « les conséquences dévastatrices de la laïcité sur les pays musulmans », « projet de construction d’une mosquée Majid Rassouloulah à Kaolack », un ordinateur, des haut-parleurs, deux CD de marques respectives « Princo » et « Sony » avec des inscriptions « Naissance de ALQUAIDA » et une carte dénommée « Barkelou » en rapport avec un projet de construction d’une mosquée à Kaolack ont été saisis et mis sous scellé. 

Interrogé par les policiers enquêteurs de la DIC, Saliou Ndiaye alias Baye Zal ou Salekh selon ses coreligionnaires « Ibadou » déclarait avoir l’habitude de se connecter sur WIFI non protégé à côté de son commerce sis à Liberté V afin de voir ce qui se trouvait dans les sites à vocation islamique tels que « Xamsadiné.com », « degdiné.com », « daroularkham.com » et « Xamoulsadiné.com » sur sa préférence  « daroularkham.com » avec son prédicateur attitré Oustach Aliou Ndao.
Voulant s’assurer des informations fournies par le journaliste de la télévision France 24, Wassim Nasri selon lesquelles l’Etat islamique avait accepté la demande de pacte d’allégeance d’Aboubakar SHEKAU, il s’était alors connecté au site « isdarat.com » pour se rendre compte à l’évidence après avoir visionné une vidéo de deux chefs de sectes islamiques en l’occurrence, les nommés Aboubakar SHEKAU et Aboubacar Baghdadi. 

Toutefois, poursuivait-il, n’étant pas trop instruit en français pour avoir le niveau de la classe de CMII, il mettait en relief les sites web faisant usage de la langue française. Néanmoins, il déclarait s’inscrire dans la dynamique de la voie « AHLOUL SOUNNA WAL DJAMAN’H » dont les références idéologiques s’articulaient autour du coran et de la Sounna étant entendu qu’il est convaincu, de par ses faits et gestes nobles, d’Aliou Ndao de Kaolack. Relativement au fait que Matar Diokhane, son ami l’avait désigné comme membre actif de ceux qui envisageaient l’instauration d’un groupe terroriste au Sénégal, il s’inscrivait en faux contre ces accusations même s’il est convaincu de l’opportunité d’instituer la Charia sans aucune autre forme de violence, comme du reste suggéré par son guide spirituel susnommé. 

Réentendu après exploitation technique des appareils électroniques trouvés par devers-lui faisant état de deux fichiers vidéo sur l’échange de nouvelles pièces de monnaie « Dhirhams » en cours dans l’Etat islamique dit Sham ou instauration du Khalifat et l’exécution d’un espion Bachar Al Assad, Saliou Ndiaye dit Baye Zal ou Salikh dira que visualiser ces genres de vidéos lui donnait l’opportunité de sentir l’application de la charia. Toujours dans cette même perspective de sensation de vivre l’application de la loi fondamentale musulmane, Matar Diokhane l’avait mis en rapport avec un combattant auprès des djihadistes en Lybie répondant au nom de Djibril Thiombane (membre du groupe terroriste AL NOSRA) et que c’était par l’entremise de ce dernier, qu’il avait fait la connaissance d’un autre combattant dénommé Oumar dit OMSEN. 

C’est dans ces circonstances qu’il avait été démarché par ces dernier pour intégrer les rangs des djihadistes syriens en passant par la Turquie en vue de l’introduction de son passeport sénégalais auprès de l’Ambassade accréditée par notre pays et malheureusement pour lui, le visa touriste avait été refusé. D’après les renseignements recueillis, Saliou Ndiaye dit Baye Zal serait en étroite collaboration avec les groupes terroristes depuis 2012-2013 date à laquelle, il avait envisagé d’aller rejoindre les combattants en Syrie puis, les « Talibans » en AFGHANISTAN par l’intermédiaire d’un certain Abdallah Babu qui, avait réussi finalement à enrôler dans les rangs d’AQMI au nord Mali le nommé Abdou HAKIM MBACKE BAO par la suite arrêté au BURKINA-FASO.

Pour sa part, Amie Sall dite Amy Ndiaye épouse de premier rang depuis 2009 de Matar Diokhane qui, fut un simple enseignant arabe dans l’école de son parrain et tuteur d’Alioune Badara Sall, sise à Mbambilor / Dakar, s’expliquait avoir rejoint son époux en Mauritanie précisément au quartier « MELAKH » pendant un an et cinq mois avant de retourner auprès des siennes à la cité Gadaye avec ses deux coépouses Coumba NIANG et Maimouna LY.
Au soutien de ses dénégations, elle se bornait à dire qu’elle ne soutenait pas la cause défendue par les terroristes et ignorait même que son mari était détenu au Niger. 

Inculpés d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, de blanchiment de capitaux dans le cadre d’activités terroristes, en bande organisée, d’actes de terrorisme par menaces complot, d’apologie du terrorisme, Aliou Ndao dit Alioune Badara Ndao, Alioune Badara Sall, Amie Sall Diokhane alias Amy Ndiaye, Marième Sow, Saliou Ndiaye alias Salkh ou Baye Zal, Coumba Niang Diokhane, niaient à l’unisson les infractions à eux reprochés.

Devant le magistrat instructeur, en présence des es conseils, Maitres Babacar Ndiaye, Moussa Sarr, Ababacar Cissé, la SCPA Basse et Faye, Aliou Ndao revenait sur son cursus de prédicateur couronné par le succès obtenu en 1984 et 1987 aux concours ouverts aux sept pays (Sénégal, Gambie, les deux Guinées, Mali, Mauritanie-Haute Volta actul Burkina Faso) et à la ligue islamique mondiale en passant en revue les différentes péripéties de l’instauration de son école coranique « Daara » à Ndorong devenu Touba Ndorong extension/Kaolack, d’une contenance de 50 mètres à l’intérieur de laquelle est construite une mosquée en 2003, sur financement d’Ibrahima Niang, responsable de la jeunesse pour l’appel islamique basé à Dakar où il officiait en tant qu’imam pour diriger les cinq prières obligatoires et celles hebdomadaires du vendredi. 

Sur ses relations avec ses coinculpés, Saliou Ndiaye alias Baye Zal di Salikh, Coumba Niang, Amie Sall dite Amy Ndiaye, Alioune Badara Sall, Matar Diokhane, Marième Sow, Daouda Dieng, Moussa Aw, Omar Yaffa Alias Abu HAFSA, Ismaila Ndiaye, Latyr Niang, Ibriahima Hann, Moustapha Diatta, Mouhamed Ndiaye alias Abu Youssef, Boubacar Decoll Ndiaye, Lamine Coulibaly alias Abu Jaavar, Mor Mbaye Dème, Alpha Diallo, Mamadou Moustapha Mbaye, Omar Keita et Mouhamed Seck, Alioune Ndao faisait savoir qu’il ne connaissait que les nommés Saliou Ndiaye alias Baye Zal di alikh, son voisin à Kaolack ayant souvent l’habitude de lui envoyer des colis venant de ses partenaires ainsi que les frais scolaires de ses jeunes frères inscrits dans son internat, Ibrahima Hann, Ibrahima Diallo alias Abu Omar, Amie Sall Diokhane alias Amie Ndiaye, Matar Diokhane et Coumba Niang Diokhane qui était venue recueillir ses conseils lorsque son mari avait été arrêté au Niger tout en lui faisant savoir, contrairement à ses déclarations de l’enquête préliminaire, qu’elle avait remis sur instruction de son époux la somme de quinze millions de francs CFA (15 000 000 FCFA) à Ibrahima Diallo alias Abu Omar. 

A ce titre, il avait déclaré qu’après avoir réussi à mémoriser le coran et acquis un savoir islamique en Mauritanie, son ancien pensionnaire Matar Diokhane lui avait fait parvenir par mail et ensuite par le biais de son second au Daara du nom d’Abdoulaye Ndao en format papier en 2014, un livre en trois parties : allégeance-ignorance est-elle une excuse pour le musulman- Jihad sous toutes ses formes (Physique, financier, savoir) aux fins d’approbation, avis et corrections. Sur ce point précis, il a déclaré que s’il avait l’occasion de le rencontrer, il lui aurait conseillé d’abdiquer la forme physique du Djihad liée certainement à son manque de maturité et d’informations sur les réelles motivations qui sous-tendent le Djihad des autres à qui, tout musulman doit apporter soutien.

En effet, il avait confirmé, à ce stade de la procédure, que tous les documents, vidéos, montrant l’armement lourd, les décapitations des mécréants, la défense anti-aérienne, endoctrinement des enfants de bas-âge entre autres la destruction des symboles du christianisme et objets trouvés à son domicile lors de la perquisition à l’exception du courriel envoyé par Saliou Ndiaye alias Salikh ou Baye Zal faisant l’éloge d’Ossama Ben Laden lui appartiennent au motif en tant qu’animateur de conférence, il devrait être au diapason de ce qui se passe dans l’Etat islamique, à Boko Haram et ailleurs pour extraire les « bons points ».

Les épouses Diokhané, Coumba Niang et Amie Sall dite Amy Ndiaye, persistaient dans leurs dénégations relativement au fait qu’elles ignoraient les activités de leur conjoint, absent du territoire national pendant huit mois sans avoir rencontré, selon leurs dires, son ami Cheikh Ibra Dieng en Mauritanie dont le corps sans vie figurait sur son téléphone portable avant qu’il ne retourne au Niger pour aider des « mbokk : frères ayant la même idéologie » à rentrer au bercail. 
C’est après son retour de voyage que Matar Diokhané, avait pris pour deux mois un appartement R+1 dans un immeuble appartenant au nommé Nguirane Mbaye à quatre vingt mille francs CFA (80 000) le mois en attendant la construction de sa propre maison à Rufisque avec l’argent qu’il a ramené de l’extérieur notamment trente billets de 500 euros chacun, soit 15 000 euros représentant douze millions de francs CFA (12 000 000 FCFA) par les soins d’un entrepreneur Alioune Badara Sall y compris une importante somme d’argent constituée de cinquante huit (58) coupures de cinq cent euros (500), soit la somme de 18 995 000 FCFA remise à Coumba Niang Diokhane avant d’être confiée à Marième Sow.

Revenant de Kaolack en compagnie de sa coépouse Amie Sall dite Amy Ndiaye alors qu’elles étaient partie donner un contact du Niger et informer Aliou Ndao dit Alioune Badara Ndao de l’arrestation de son mari audit lieu, Coumba Niang avait compris que les enquêteurs étaient sur ses traces raison et c’est pourquoi elle avait suggéré à Amie Sall dite Amy Ndiaye d’abandonner l’appartement conjugal à la cité ASECNA pour rejoindre leur domicile familial étant entendu qu’en dehors des quarante-sept (47) autres billets de cinq cent euros (500) d’une valeur de quinze millions de francs CFA (15 000 000 FCFA) remis à Ibrahima Diallo alias Abu Omar, elle avait envoyé la somme de deux cent quatre-vingt mille francs CFA (280 000 FCFA) à son mari Matar Diokhane pour le billet retour. 

Marième Sow confirmait, pour sa part, avoir reçu de Coumba Niang une liasse de billets ramenés par Matar Diokhane à son retour de la Mauritanie non pas de la monnaie Ouguiya encore moins franc CFA mais qu’elle ignorait dans quel pays ils étaient valables ; pour elle, elle ne connaissait pas ses coinculpés Aliou Ndao, Saliou Ndiaye dit Baye Zal ou Salikh, Alioune Badara Sall, Daouda Dieng, Moussa Aw, Omar Yaffa dit Abu Hafsa, Ismaila Ndiaye, Mouhameth Ndiaye alias Abu Youssouf, Boubacar Decoll Ndiaye, Ibrahima Hann, Latyr Niang alias Abu Moussa, Moustapha Diatta, Alpha Diallo, Mamadou Moustapha  Mbaye, Omar Keita, Lamine Coulibaly alias Abu Jaavar et Mouhamadou Seck. 

En exécution d'une délégation judiciaire du doyen des juges, les éléments de la Section de Recherches destinataires de cet acte de procédure, étaient informés le 30 avril 2016, du retour, prévu le 02 mai 2016, à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, des nommés Matar Diokhane, Oumar Yaffa alias Abu Hafsa, Ibrahima Diallo alias Abou Omar et Cheikh Ibrahima Ba alias Abou Khaled expulsés du Niger, suite à leur arrestation pour détention de faux billets de banque.

Accueillis à leur arrivée à l’aéroport puis arrêtés et soumis à des interrogatoires sommaires et séparés, sur instructions du Doyen des juges d’instruction, chargé du 1er cabinet, les enquêteurs concluaient à la naissance d’un mouvement de jeunes sunnites d’inspiration religieuse et idéologique du « Takhfir » et de la « Hidjira »depuis, la réunion tenue au Lac Rose/Dakar courant année 2012 sous la houlette de Matar Diokhane et Moussa Mbaye, à la suite de l’attaque de la mosquée de Diourbel dirigée par l’Imam Abdou Karim Ndour. 

Les premières révélations

Selon les renseignements recueillis par les enquêteurs, l’ordre du jour de la réunion était « la posture à adopter pour faire face à la menace que représente les confréries au Sénégal » en vue de la création d’un groupe à travers divers modes d’actions basées sur le « Takfir ». Ils poursuivaient en disant que le mouvement avait pour tâche fondamentale de créer un groupe terroriste en Afrique de l’Ouest entre le Sénégal, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau et la Gambie où un coup de force se profilait à l’horizon 2017. 

Interpellé suivant procès-verbal régulier  du 02 mai 2016, Cheikh Ibrahima Ba alias Abou Khaled  affirmait avoir été, sur financement de Mouhamed Diop dit Moustapha (Abu Hatem) par l’entremise d’un certain Ibrahima Ba (Zaid Ba), dans le fief de Boko Haram pour, disait-il, s’imprégner de la manière dont l’islam y était pratiqué avec d’autres Sénégalais au nombre desquels figuraient Omar Yaffa (Abu Hafsa), Ibrahima Mballo (Abu Moussa), Abdallah Koulibaly...

A ce titre, il faisait savoir que c’était à partir de Kaolack qu’il avait embarqué ensemble avec le nommé Abdoul Aziz Dia alias Abou Zoubair, étudiant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar  et fréquentant le « Daara d’imam Moussa Mbaye » au Lac Rose, à bord d’un bus appartenant à la société SONEF en destination d’ABADAM, une ville du Nigeria qui se trouve être le point de ralliement de tous les candidats au Djihad moyennant la somme de cinquante mille francs CFA (150 000 FCFA) où il avait fait la connaissance de Matar Diokhané, qui occupait une bonne place dans le dispositif de Boko Haram, selon ses dires.

Aveux de Boko

Il déclarait en outre avoir été acheminé avec une vingtaine de jeunes sénégalais, à l’exception de Matar Diokhané à « FATKHOU-MOUBINE » pendant quatre mois de présence jusqu’à l’attaque menée par des militaires nigérians de leur campement puis, à « SAMBISSA » où se trouve l’Etat-major de Boko-Harma mais, l’objectif n’a pas été atteint à cause d’un désaccord de neuf de ses compatriotes avec le Cheikh Aboubacar CHAKAU sur la perception du « Takfir » à telle enseigne que le sieur Diokhané avait intervenu auprès de ce dernier pour leur rapatriement à « HANDAQ ». 

Les confidences de "Abu Moussa"

S’expliquant sur les faits de l’espèce, Ibrahima Diallo alias Abu Moussa (son nom de guerre disait) abondait dans le même sens en précisant avoir été enrôlé par Ibrahima Ba alias Zaib Ba- tué en Lybie-  pour un montant de cent cinquante mille francs CFA (150 000 FCFA) chacun, pour rejoindre les combattants de Boko Haram au Nigéria avec les nommés Oumar YAFFA alias Abou HAFSA (son ami d’enfance à Vélingara), Mouhamed Ndiaye alias Abou HAMZA et Bella DIALLO en passant par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. 

Cependant, il affirmait qu’une vingtaine de sénégalais notamment Matar Diokhané, Moussa AW, Ibrahima BA, Ibrahima Diallo habitant à Keur Massar et un camerounais Abou Ismail étaient venus les rejoindre au village d’ABADAM, fief de Boko Haram avant de débarquer à bord de quatre véhicules de 4X4 lourdement armés à FATKHOUL-MOUBINE pour faire le sport et se consacrer à la lecture du coran. 

En effet, contrairement à ses acolytes qui procédaient au montage, démontage et remontage de l’arme KALACHNIKOV dite AK 47, il déclarait n’avoir pas subi une formation « militaire » pour des raisons médicales, après avoir été reçus tous par l’Amir Abou, un nigérian membre de Boko Haram. Néanmoins, il pouvait enlever et remettre le chargeur de cette arme.

Aussi ajoutait-il que ses camarades et lui n’avaient rien projeté à leur retour à l’exception des nommés Abou Zouber, Ismael Ndiaye- arrêtés plus tard- qui avaient comme ambition  d’installer une base en Casamance pour imposer la charia d’autant plus que certains n’étaient pas d’accord avec les membres de Boko Haram sur le principe d’interdire l’école occidentale à tout le monde et d’adopter le jihad sans violences par la prêche. 

Sur le chemin du retour au Sénégal, après une semaine à HANDACK où ils attendaient leurs camarades de Boko Haram venus les chercher avec quatre (4) motos à destination d’un autre village/Nigéria aux fins de les transporter à bord de deux véhicules de type 4X4 à GAIDANE , ils seront arrêtés par la police nigérienne avec de faux billets banques (80 000 nairas) et ensuite déférés à la prison de ZINDER pendant trois mois avant que leur codétenu Moussa AW parvienne à joindre téléphoniquement Matar Diokhane pour venir négocier leur libération.
Pour sa part, Omar YAFFA alias Abou HAFSA justifiait sa présence auprès du groupe Boko Haram par sa ferme intention d’aller soutenir, ensemble et de concert avec les nommés Ibrahima Mballo (son ami d’enfance à Vélingara), Cheikh Ibrahima et Mohamed Ndiaye alias Abou YUSUF, les combattants contre l’armée Nigériane après s’être initié au maniement des armes à « FATHKHOUL-MOUBINE ». 

A ce titre, il reconnaissait avoir été reçu au camp de SAMBISSA et à ABADAM avec une vingtaine de jeunes de ses compatriotes dont les nommés Ibrahima MBALLO alias Abu Moussa, Ibrahima DIALLO alias Abu Omar, Abu ZOUBAIR, Abu OSSAMA (Moustapha FAYE), Abu MUDJIAHID, Abu AHMATH , Abu DIANDEL, Abu DIAFAR (Lamine COULIBALY), Matar Diokhane (Abu ANWAR) et Aboubacar GUEYE alias Abu HAMZA, devenu porte-parole des sénégalais auprès d’Aboubacar CHAKAU  qui, avait pris le soin de leur faire un briefing sur « l’idéologie de Boko Haram », sa vision sur  « Takfir » et surtout la patience que doit faire preuve un musulman et de là était né, un désaccord profond sur la perception du « Takfir » ayant motivé le retour de certains de ses compatriotes. 

Makhtar Diokhané parle et révèle...

Interrogé sur son influence réelle ou supposée sur ses compatriotes sénégalais et d’avoir une position stratégique du dispositif de Boko Haram, Matar Diokhané alias « Abu ANWAR » expliquait la génèse de ce mouvement « Sunniste » bien structuré pour riposter avec ses deux élèves Ibrahima Dieng et Ibrahima Camara aux attaques survenues à Diourbel, en 2012 et commises par des talibés mourides contre la mosquée de l’imam Abdou Karim Ndour. 

Dans ce même ordre d’idées, il avait contacté, ensemble et de concert avec Imam Moussa Mbaye de Mbambilor, le docteur Mohamed Lo du mouvement ISTIQAMA sur le principe d’aller soutenir seulement leur camarade Imam Abdou Karim Ndour alors qu’un de ses gardes du corps dénommé Ahmad (sans autres précisions) avait mis sur pied une association Sportive pour la promotion des Arts Martiaux (ASPA) dont l’objectif était de se défendre contre toute forme d’agression physique.

Ce faisant, il expliquait avoir côtoyé son guide spirituel, l’imam Alioune Ndao dit Aliou Ndao, depuis sa tendre enfance au point qu’il en fait son conseiller spécial, informé de tous ses projets et d’ailleurs, c’est dans ces circonstances qu’il lui avait recommandé « l’Imam » Oustach Alioune Badara Sall à qui, il avait remis la somme de 18 500 euros (soit la somme de douze millions cent dix-sept mille cinq cent francs CFA : 12 117 5000 FCFA) destinés à la construction d’un « Daara » à Keur Ndiaye Lo/ Rufisque. 

Sur l’origine de cette somme, il expliquait qu’elle provient d’un don de 65 000 euros (soit la somme de quarante-deux millions cinq cent soixante-quinze mille francs CFA : 42 575 000 F) de Mouhamed Diop dit Moustapha (Abu Hatem) qui, revenait de l’Arabie saoudite et que ses épouses Coumba Niang et Amy Sall informées de son projet de mettre en branle ce mouvement de riposte lui soutiennent dans sa démarche. 

Auparavant, des réunions, diners-débats et séminaires sur l’opposition idéologique sur le « Takfir » et le « Djihad » entre DAWILA (Daesh) et le front AL NOSRA (Al quaïda) avaient été tenus respectivement à Rosso, à Richard-Toll et à PETIT-MBAO sur un financement exclusif de six cent euros (600 euros, soit 393 000 FCFA) de Mouhamed Diop dit Moustapha, de son ami un Cheikh Saoudien à hauteur de mille euros (8000 euros soit 5 2490 000 FCFA) et huit millions de francs CFA (8000 000 FCFA) en deux tranches de trois et cinq millions chacune en octobre 2014 et d’un autre saoudien basé en Syrie répondant au nom d’Abou SOUHAIB.

Il avait expliqué sa non-participation à la réunion tenue au Lac Rose par les nommés Assane Diène, Ibrahima Ba (ZAID Ba) et d’autres personnes, à son insu, par un malentendu avec son « bailleur de fonds » Mouhamed Diop dit Moustapha (Abu HATEM) sur la destination finale des soixante-cinq mille euros (65 000 euros soit, la somme de 42 575 000 FCFA) au moment où le groupe avait envisagé de l’exclure en ce qu’il ne partageait pas leur point de vue sur le « Takfir » à l’exception toutefois de l’imam Moussa Mbaye qui, était l’une des rares personnes à savoir l’objectif principal de ce regroupement des sunnites prêt à faire face aux attaques de confréries.

Par rapport à son départ pour le Nigéria, il l’expliquait par un contrat de travail pour enseigner le coran pour lequel il a été démarché toujours par Mohamed Diop dit via un message « Télégram » auprès d’Abou SOUHAIB, saoudien de son état établi en Syrie, il recevait un salaire mensuel de 1500 euros après négociations (soit la somme de neuf centre quatre-vingt-deux mille cinq cents francs CFA : 982 500 FCFA) indépendamment de sa nourriture et de son logement. Hormis les douze mille euros (12 000 euros, soit la somme de 7 860 000 FCFA) qui lui avaient été offert gracieusement par Abou SHEKAU à travers l’intermédiation du général Aboubacar, il faisait observer qu’une partie de cet argent appartenant aux dix autres sénégalais était confié à un nigérian du nom de Malam Moustapha.

Arrivé sur place au village de DIABOULAM/Nigéria à soixante dix (70) kilomètres de la capitale en passant par GUEDIAWAYE-KAOLACK (pour recevoir la bénédiction d’Aliou NDAO)-NIAMEY-DIFA-ZENDER et enfin ABADAM, il avait trouvé une trentaine de sénégalais dont Moussa AW alias Abu DOUJANA, Mouhamed Ndiaye alias Abu Yusuf, Moussa Mbaye alias Abu Nafila, Abu Zar, Mouhamed Mballo alias Abu ZILKIFLI, Moustapha Faye alias Abu USAMA, Omar YAFFA alias Abu HAFSA, Ibrahima Diallo alias Abu Omar entre autres.

Toutefois, sur insistance d’Aboubacar Guéye  en provenance de SAMBISSA et après avoir négocié le 09 heures à 17 heures, avec le Cheikh Aboubacar CHAKAU pour obtenir l’autorisation de sortie de presqu’une vingtaine de sénégalais suite à une différence d’interprétation de « Takfir » rejetant fondamentalement les études occidentales et l’interdiction des cartes d’identité, symbole d’appartenance d’un Etat impie selon le Cheikh ; ce dernier lui avait remis la somme de six millions ( 6 000 000) de Naira ( soit la somme 15 600 000 FCFA) dont les trois millions lui sont destinés personnellement et les trois autres pour leur retour en petit groupe à bord d’un véhicule de type Pick Up à destination de HANDACK.

Y étant, il déclarait avoir appelé son ami , Saliou Ndiaye alias SALIKH ou Baye Zal, vendeur de pièces détachées au quartier Liberté VI à Dakar pour entrer en contact avec ses « frères combattants » en Lybie tels que Mouhamed Diop dit Moustapha, Ibrahima Ba alias ZAID Ba, Abu OSSAMA (Moustapha Faye), Assane Diène en même temps les informer du retour envisagé pour la création au Sénégal d’un front djihadiste sous la bannière de l’Etat Islamique (Daesh). Au  terme de la rencontre concluante avec le Cheikh Aboubacar CHAKAU, Matar Diokhane alias Abu ANWAR déclarait avoir beaucoup discuté avec lui sur les matières qu’il enseigne aux membres de la secte Boko Haram telles qu’ « Oussoul Firk : source de la théorie », « le Tashwid », « le Dogme : Aqida », « le Fikh : la jurisprudence » et les « Hadits ».

L'histoire du coup de force prévu en Gambie et de l'instauration d'un État islamique

S’agissant du projet de « Djihad » au Sénégal, il déclarait néanmoins se démarquer de toute idée de mener un combat violent contre son pays tout en précisant que « Daesh » avait planifié l’instauration d’un « Etat islamique » qui engloberait les Guinées, le Sénégal et la Gambie avec comme point de départ ce dernier pays où ils voulaient profiter de l’horizon 2016-2017 pour y commettre un coup d’Etat. 

Toujours dans sa narration des faits, ce document de création dudit mouvement avait été conçu par DAESH qui, n’a fait que lui transmettre par l’intermédiaire de Zaid Ba un message via l’application « Télégram ».

A ce titre, il spécifiait les modes opératoires utilisés comme à l’accoutumée et envisagés dans ce cas d’espèce à travers les méthodes dites « ALHARBOU AL ISTICH HADIA : ATTENTATS SUICIDES », AL BASSHIRIYA ( nécessitant trois cent hommes pour l’intervention) avec deux options : AL KOBRA (ATTAQUE DES CASERNES MILITAIRES ET DESTRUCTION DES BATIMENTS ADMINISTRATIFS ET DES BANQUES et celle dite SORA (ATTAQUE MENEE PAR UNE EQUIPE REDUITE COMME EN COTE D’IVOIR AU GRAND BASSAM » et enfin la méthode « AL AMMA : OCCUPATION DU TERRAIN OU DES SURFACES CONVOITEES ».

Sur sa formation de combattant, il déclarait certes n’avoir pas reçu de d’enseignements spécifiques mais, il a appris à manier la KALACHNIKOV dite AKA7 avant de s’épancher outre mesure, sur les raisons de son arrestation au Niger pour des faits de terrorisme lorsqu’il a été contacté par feu Moussa AW aux fins de les faire libérer. 

Par rapport à sa rencontre avec Imam Aliou Ndao alias Alioune Badara Ndao, il déclarait s’être passé à deux reprises en vain car selon les épouses respectives de Cheikh Abdoulaye Dièye et d’Alioune Gueye (qui serait mort en Lybie) Aby Ba et Rama Ba, ce dernier serait absent des lieux mais, il avait reçu, son livre transmis à son guide spirituel susnommé pour lecture, avis et corrections sur les thèmes le « Takfir » et la « Hidjra » d’Ibrahima Diallo alias Abu Omar à son retour de Kaolack.

Une si mystérieuse lettre

En effet, répondant à l’interpellation des gendarmes enquêteurs sur la lettre trouvée au domicile d’Aliou Ndao dit Alioune Badara Ndao lors de la perquisition faite au domicile de celui-ci et qui l’appelait en substance à se liguer aux fins d’instauration de la Charia au Sénégal, Matar Diokhané confirmait en être effectivement l’auteur tout en précisant que ce dernier n’était pas le seul destinataire en citant le Docteur Mouhamed Ahmet Lo, Cheikh Ibrahima Dieng, Babacar Sall, Galadio Ka ainsi que tous les savants sunnites de Dakar. 

Sur la réalisation de son projet de construction de son « Daara » qu’il comptait mettre sur place avec les soixante-cinq mille euros (65 000 euros), il soutenait avoir versé à Alioune Badara SALL , ingénieur en génie civil la somme de dix-huit mille euros (18 OOO euros soit, la somme de 12 025 000 francs CFA) à titre d’acompte au mois de juillet 2015 ce, après avoir acheté le terrain d’une contenance de 150 mètres carrés à Keur Ndiaye Lo à deux millions huit cent mille francs CFA (2 800 000 FCFA).

Interpellé suite à ces révélations sur l’utilisation des sommes reçues, Alioune Badara Sall dressait son parcours ayant abouti à son statut d’ingénieur en génie avant d’ajouter qu’il était le responsable de DAHWA, Mouhameth Diop alias Moustapha, le responsable social Amadou Dièye et avec une centaine de membres ayant pur objectif de faciliter l’accès à l’enseignement islamique et à favoriser l’entre aide entre musulmans.

S’expliquant sur ses relations avec Makhtar Diokhané, et son épouse Coumba Niang, il déclarait avoir reçu de ces derniers la gestion de la construction d’un logement par compassion moyennant une provision insuffisante de dix-huit mille cinq cents euros en coupures de cinq cents (500) (18 500 euros) tout en faisant savoir que cet argent ne pouvait pas provenir de ses activités professionnelles. 

Ce faisant, il soutenait avoir marqué son désaccord sur l’approche de prôner le djihad d’autant plus qu’il se mettait à critiquer la position de certains leaders du mouvement tel que le Docteur Ahmadou Lo à qui, il reprochait d’avoir peur de perdre ses avantages si toutefois, il s’engageait dans cette dynamique. Réentendu le 1er novembre 2015, il déclarait vouloir apporter une précision relativement au fait qu’il n’avait jamais été question pour lui de soutenir les cellules terroristes encore moins entretenir avec elles, un quelconque et pour s’en convaincre, il avait fait sortir ses enfants de l’école coranique de Matar Diokhané lorsqu’il avait eu vent de ses velléités de djihadiste. Ce dernier s’était présenté à son domicile, sur indication d’un de ses enfants, où il avait dirigé même la prière de « GUEWE » en deux « raakas » démontrant qu’il n’était plus un sénégalais avant de lui remettre la somme de douze millions de FCFA (12 000 000 FCFA) représentant le paiement de la signature du contrat intitulé « Protocole de contrat d’exécution de travaux de constructions : Projet MTD005 sur la parcelle n° 11 à usage d’habitation sur le lotissement administratif Massamba Seck sis à Keur Daouda Sarr/ Commune de Bambilor suivant délibération n°004/CRB/DS du 21 juin 2012 entre lui et la société « GROUPE ACTIF SARL » dont il est le Directeur général.

Inculpés d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, de blanchiment de capitaux dans le cadre d’activités terroristes en bande organisée, d’actes de terrorisme par menaces ou complot, d’apologie du terrorisme et de financement du terrorisme, Matar Diokhané alias Abu Anwar, Cheikh Ibrahima Ba alias Abu Khaled, contestaient toutes les infractions ci-dessus visées à eux reprochés de la même manière qu’Omar Yaffa alias Abu Hafsa avec une petite nuance relativement au crime d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste qu’il reconnaissait. 

Entendu au fond, Omar YAFFA alias Abu HAFSA réitérait ses propos de l’enquête préliminaire selon lesquels il avait séjourné dans les troupes de Boko Haram avec ses compatriotes sénégalais Ibrahima Mballo alias Abu Moussa, Ibrahima Diallo alias Abu Omar, Abou ZILKIEY, Abu ZENDEL, Moussa Mbaye, Cheikh Ibrahima Ba alias Abu Khaled, Lamine Coulibaly alias abus JAAVAR, Mouhameth Ndiaye alias Abu Youssef, Abu Ossama (Moustapha Faye), Abu HAMZA (Aboubacar Gueye), Bella alias Abu Salman et Matar Diokhane alias ANWAR successivement à ABADAM, FATKHOUL-MOUBINE (ex GOZA) et dans la forêt SAMBISSA. Il ajoutait que c’était pour satisfaire une obligation divine consistant à quitter un Etat où la Charia n’était pas appliquée pour aller vivre dans un autre où celle-ci est appliquée (HEGIRE) mais, à la suite d’une déception liée au fait que les membres de Boko Haram ( apprendre la langue occidentale serait un pêché) s’attaquaient à des innocents et détenteurs  de cartes d’identité considérés comme mécréants, il avait quitté les lieux au mois de juillet 2015 ainsi que ses camarades sénégalais susnommés avec l’autorisation du Cheikh Aboubacar Shekau et l’intermédiation de Matar Diokhane. Enfin, il déclarait ne pas connaitre les autres inculpés Saliou Ndiaye dit Baye Zal ou Salikh, Alioune Badara Sall, Daouda Dieng, Ismaila Ndiaye, Boubacar Decoll Ndiaye, Ibrahima Hann, Latyr Niang, Moustapha Diatta, Alpha Diallo, Mamadou Moustapha Mbaye, Omar Keita, Mor Mbaye Dème, Alpha Diallo, Omar Keita, Mouhamadou Seck.

Cheikh Ibrahima Ba dit Abu Khaled et Ibrahima Diallo alias Abu Moussa bien qu’ayant séjourné pendant plus de quatre mois dans les bastions de Boko Haram (ABADAM, FATKHOUL-MOUBINE qui a été baptisée par les combattants djihadistes : la victoire éclatante ( ex ville GOZA), SAMBISSA, HANDAQ…) faisaient croire au magistrat instructeur qu’ils étaient considérés comme des civils et non des combattants même s’ils ne partageaient pas avec eux les tueries et violences dans les places publiques.

Pour sa part, Matar Diokhané alias Abu ANWAR revenait aussi sur son cursus scolaire avec ses maitres coraniques  et les circonstances dans lesquelles, il avait fait la connaissance de Imam Alioune Ndao, de par ses prêches, à travers des cassettes avant que ce dernier lui mette en rapport avec Oustach Oumar Sall, lequel cursus sera achevé en Mauritanie dans l’Université Cheikh Ouba sise à la ville de NADBAGUIYAH à cent quarante kilomètres (140 Km) de Nouakchott. Suite à l’incident entre les talibés mourides de Diourbel et leur frère « Sunnite » Imam Abdou Karim Ndour qui, avait soutenu qu’« il n’était pas conforme à la religion de se prosterner pour une personne », ils étaient plus de deux cent (200) jeunes sunnites prêts à riposter à l’ultimatum fixé par ces derniers pour expulser un des leurs de la villa de Diourbel. 
Sur le séminaire organisé à Petit-Mbao dans l’appartement qu’il avait loué à cent mille francs CFA (100 000 FCFA) avec Cheikh Ibrahima Dieng et les amis de Mouhamed Diop dit Moustapha, Matar Diokhane faisait savoir que le thème s’articulait autour des « Hadiths » et le « Tawhith » (L’UNICITE) et le « Soukhou Fikh » (Source de la THEORIE) et non sur le mouvement des jeunes sunnites. Toutefois, il ignorait la provenance du financement des soixante-cinq mille ( 65 000) euros de Mouhamed Diop dit Moustapha alias Abu Hatem » (membre de DAESCH) basée en Syrie, Lybie, Yémen, Nigéria et Irak) tout en indiquant avoir rencontré à Yoff à deux reprises, à l’occasion de ses visites au Sénégal, Oumar Diaby alias Omsen (un franco-sénégalais, membre de la branche ALQUAIDA basée en Afghanistan, Syrie, Lybie, Somali, Yémen, Pakistan) qui, lui a parlé de « faire l’hégire en Syrie » et de la vie d’Oussama Ben Laden et beaucoup de chefs djihadistes illustrés par des fichiers vidéos mis à sa disposition. ( A suivre).
 
Lundi 22 Janvier 2018
Dakaractu




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