AFFAIRE CENTRALE WAE : LE CONTENU LOCAL ET LE SERVICE AUX COPAINS.


La cérémonie de la pose de la première de la centrale de 300MW, du promoteur local West Africa Energy, a été, en début de semaine dernière, à la une de la presse nationale et internationale. D’un coût global de 227 milliards de FCFA, ce projet est dit être porté par un actionnariat à 100 % national, sous le sceau de la loi du contenu local.

 

L’engagement du secteur privé local dans le développement du pays, à travers des projets structurants et des projets industriels de nature à promouvoir le développement du pays est à magnifier, célébrer et  encourager. Le développement du Sénégal doit être impulsé et porté par les fils du pays. Cependant, l’on ne doit pas, sous la bannière du contenu local, porter atteinte aux intérêts du Sénégal. Le contenu local n'a de sens que s’il met en place un dispositif de nature à favoriser les investissements des nationaux, mais aussi à faire bénéficier toute la population des impacts positifs que pourraient engendrer ces investissements. Par exemple à travers une offre d’électricité plus compétitive pour les ménages tout comme les entreprises.

 

Le projet de centrale West Africa Energy semble être en porte-à-faux avec de tels objectifs. Au-delà de ce projet, les investissements impulsés par le gouvernement actuel, dans la stratégie dite gas to power, risquent de fragiliser les fondamentaux macro-économiques du pays. Pire encore, ils pourraient contribuer à une augmentation de la subvention accordée à la Senelec ou à une hausse du prix de l'électricité.

 

Comme nous l’avions souligné à travers notre communiqué du 22 octobre 2020, le projet West Africa Energy était signé, monté et sur le point d'être lancé en un temps record. Les promoteurs prévoient une mise en service en 2022. Pourtant, ce projet censé contribuer à une baisse des coûts de l'électricité a été monté dans la plus grande opacité. En effet, malgré nos interpellations, le contrat d’achat d'électricité qui a favorisé le financement de ce projet n’a pas été rendu public. Il en ainsi de même de la structuration du financement, de la durée et de la nature de la garantie souveraine émise par l’Etat, des charges de capacité et d’autres éléments qui permettraient d'évaluer l’impact que ce projet pourrait avoir sur la structure des coûts de Senelec et son impact sur les ménages.

 

Déjà, avant la mise en œuvre du contrat, un des promoteurs informait que cette centrale à gaz allait produire un prix du kWh 40 % inférieur aux prix des autres producteurs indépendants d'électricité. Cependant, pendant son allocution lors de la cérémonie de pose de première pierre, le Directeur Général de la Senelec annonçait un coût de kWh de cette centrale à 56.65 FCFA, soit moins de 13 % du prix de 65 FCFA/kWh des autres producteurs indépendants d'électricité. Cette dissonance autour du prix réel du kWh de cette centrale à gaz justifie et rend pertinente notre demande à ce que le contrat d’achat d'énergie et toutes autres informations autour du montage financier de cette centrale soient rendus publics.

 

En outre, il serait aussi nécessaire pour le DG de la Senelec d’informer ses concitoyens quant à la compétitivité du prix du kWh de la centrale West Africa Energy, relativement aux centrales de mêmes tailles qui sont au Ghana, en Côte d’Ivoire ou en Afrique. Pour comparaison, la Côte d’Ivoire qui a un mix énergétique composé à 80 % du gaz, en 2016, sur une puissance totale installée de 1886 MW avait un coût de production moyen de kWh de 44.75 FCFA ou deux fois moins cher qu’au Sénégal. Il n’est pas surprenant que la Côte d’Ivoire exporte l'excédent de sa production électrique, près de 1000MW, à ses voisins notamment le Ghana, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin.

 

Nos ressources en gaz naturel auraient dû nous aider à atteindre et même dépasser les performances de nos frères ivoiriens. Pour ce faire, des projets comme la centrale de West Africa Energy devraient être inscrits dans un souci de faciliter la baisse des coûts de production d'électricité. Il est donc important que le gouvernement édifie le public quant à l’impact de ce projet sur la viabilité financière de la Senelec, ainsi que les prix de l'électricité supportés par le privé et les ménages, surtout les plus pauvres. Le manque de transparence de ce projet laisse présager des incertitudes sur la situation du secteur.

 

Au-delà de ce nébuleux projet de West Africa Energy, il y a lieu de mettre sous les projecteurs d’autres transactions douteuses, qui pourraient être autant calamiteuses pour le secteur de l'électricité. Pour rappel, la Senelec demeure une compagnie nationale qui ne doit sa survie qu’à un soutien financier massif du Trésor public. Selon les rapports de la Commission de Régulation du Secteur de l'Electricité (CRSE), de 2017 et de 2018, le Gouvernement du Sénégal a versé plus de 217 milliards de FCFA à titre de compensations (subventions du peuple Sénégalais) à la Senelec. Ces compensations s’élèvent à plus de 57 milliards en 2019. Soit au total 274 milliards versés à la Senelec en trois années d'exercice.

 

La location de la barge électrique KarPowership pour une capacité 250MW risque d’aggraver la situation financière de Senelec et son besoin de recourir encore à des fonds publics. La CRSE nous informe, d'après sa seconde consultation publique pour la période tarifaire 2019-2022, que l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) devrait coûter 83,766 milliards en 2021 et 99, 699 milliards en 2022. Le gouvernement n'a pas jugé nécessaire d’informer le public comment des sommes aussi importantes vont être engagées et, en plus, il n’a pas dit si des appels d’offres internationaux vont être lancés pour l’approvisionnement en GNL. Malheureusement, les dernières informations relatives à l'arrivée future de la FSRU Karmol LNGT Powership Africa font penser que le marché a déjà été attribué à ladite compagnie et/ou fait partie du contrat de location de la barge de Karpowership. L’un dans l’autre, une telle opération va avoir des conséquences désastreuses pour le Trésor public, la Senelec et l'économie nationale en générale. Ces conséquences seraient d’autant plus déplorables si la centrale de Malicounda de 120MW devenait opérationnelle en début 2022. Ce qui rendrait caduc le besoin de la location de la barque Karpowership, dont l’échéance contractuelle arrivera en 2025.

 

Il est important de rappeler que l’argument de la location Karpowership de 250MW était la nécessité de  compenser la non-disponibilité de la centrale à charbon de Sendou de 125MW, alors que celle-ci a été mise à l'arrêt, à peine six mois après sa mise en service. Un autre fiasco à mettre sous le compteur de la Senelec et d’un certain Samuel Sarr, Directeur Général de la Senelec qui a été initiateur de cette centrale de Sendou, sous la coupole de son Ministre d'Énergie d’antan, Macky Sall.

 

Pour ne pas s'arrêter en si bon chemin, sur la liste à scandale du secteur de l'Énergie et du magistère de Macky Sall, le FONSIS annonce, le 02 avril, la signature avec Africa Finance Corporation (AFC) du Nigeria un financement de 245 millions de dollars, environ 112,5 milliards de fcfa pour construire un réseau de gazoduc avec la société le Réseau Gazier du Sénégal. La société RGS a été mise en place pour aider l'acheminement du gaz des sites de production aux zones de consommation.

 

Le gouvernement du Sénégal, profitant d’un scandale de mœurs aux relents politiques qui polarise l’attention du peuple et des médias, est en train d’engager des projets  à des coûts faramineux, dans la plus grande opacité avec une désinvolture qui frise l’irresponsabilité. Les impacts négatifs que pourraient avoir ces projets seraient de nature à assombrir les perspectives socio-économiques du pays. En effet, le manque de transparence dans la structuration de ces projets et leur financement ne vont pas contribuer à la baisse des prix de l'électricité. Tout au contraire, ces projets pourraient fragiliser l’avenir économique de notre pays. Au regard des enjeux et conséquences énormes que de tels projets ont pour le Sénégal, il urge d’enclencher un débat sur leur opportunité, leur pertinence et leur supposée rentabilité avant que cela soit trop tard. Il y a aussi lieu de se poser la question de savoir, si Macky Sall, pour masquer sa gestion calamiteuse de nos ressources pétrolières et gazières veut à travers la loi sur le contenu local enrichir certains hommes d’affaires dans son cercle restreint et passer sous silence des dossiers notamment de Petrotim, Frank Timis et le reste.

 

La cellule des cadres de la République des Valeurs

Vendredi 9 Avril 2021
Dakaractu




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