ACTU-DÉBAT / Thierno Lô (Coalition Adiana) : « Il nous faut de profondes réformes pour la justice (...) Je suis contre l'interdiction de certaines marches dans ce pays ».

Invité de ce numéro de l’émission ACTU-DEBAT, le président de la coalition ADIANA, par ailleurs membre de la coalition BBY, est largement revenu sur les questions d’actualité. De l’État de droit et la démocratie, au feuilleton judiciaire qui oppose le leader du Pastef à la masseuse Adji Sarr, le président du mouvement Alliance pour la paix et le développement social donne sa position tranchée. ..Thierno Lo dénonce dans le même sillage le fait que le journaliste pose cette question relative à une affaire de mœurs au chef de l'état Macky Sall. D'autres questions ont également été abordées au cours de l’émission, notamment le TER et le vaccin contre la Covid-19.


Je suis contre toute interdiction de manifestation

 

Le Sénégal est un pays démocratique. Nous avons une démocratie très avancée dans un contexte où même des grandes puissances comme les États Unis connaissent des problèmes (attaque du capitole), alors qu' au Sénégal nous avons connu deux alternances démocratique sans une goutte de sang. Donc nous devons réaffirmer davantage notre position car nous sommes un pays sous développé avec une grande démocratie et une ressource humaine de qualité. Ce qui s’est passé aux États-Unis ne s’est pas encore produit au Sénégal. Il n’y a jamais eu un président qui  demande à ses militants d’aller s’attaquer à l’Assemblée nationale. En plus, nos élections se passent dans la plus grande démocratie d’où le perdant félicite le vainqueur. Cela ne se passe nulle part ailleurs dans le monde.

 

Pour revenir sur votre question, le droit de marche est garanti par la constitution sénégalaise, qui demande juste une déclaration de marche, pas une demande d’autorisation et combien de marches ont été autorisées dans la capitale ? C’est vrai qu’il y a aussi des marches qui ont été interdites. Mais je pense que la plateforme FRAPP a vu plusieurs fois ses marches autoriseés. Donc, pourquoi cette marche a été interdite ?

 

D’abord nous sommes dans le contexte de la pandémie de la Covid-19, des lois et textes ont été votés pour interdire toute forme de rassemblement public, et ensuite notre processus démocratique subit parfois des coups comme ce à quoi on a assisté dernièrement avec les manifestations notées çà et là dans le cadre de cette affaire de Sonko-Adji Sarr, qui avait engendré une situation de trouble, et la police est en train de chercher les principaux acteurs, et on nous parle de la levée de l’immunité parlementaire d’un député, c’est ce qu’on appelle les conditions objectives pour que l’autorité publique puisse prendre des mesures afin de préserver la sécurité publique des personnes et des biens, c’est pourquoi cette marche devrait être interdire. Car la situation du moment ne s’y prête pas et si on laisse cela passer, ça pourrait perturber la quiétude des uns et des autres, alors qu’on nous dit que la liberté a des limites. C’est pourquoi j’apprécie pour ce cas précis la décision des autorités. 

 

Cependant, je ne cautionne aucun recul démocratique, c’est pourquoi je demande pour la prochaine fois  que les demandes de marche soient autorisées. Car le Sénégal a toujours été un pays d’expression démocratique et chacun de nous à une liberté d’expression et d’agir mais à condition que cette liberté n’entrave pas celle de l’autre. C’est pourquoi je suis contre toute interdiction de manifestation dans un contexte sans menace à l’ordre public. 

 

Par ailleurs dans le régime de Macky Sall, je ne suis pas d’accord avec tout ce qui se décide comme je ne l’étais dans le régime d’Abdoulaye Wade. Je suis un homme libre. Je vous dis bien que tant dans le régime de Macky Sall que dans le régime Abdoulaye Wade, des marches ont été interdites alors que j’étais catégoriquement contre leur interdiction. Le plus souvent les marches encadrées sont des marches qui se déroulent normalement et les débordements viennent toujours des marches interdites.

 

Il nous des réformes pour le système judiciaire

 

Les sénégalais doivent lire et essayer de comprendre que le juge est seul devant Dieu et les hommes pour dire le droit dans une affaire où il y a plusieurs versions qui sont livrées.  Donc il faut respecter nos juristes car la solitude qu’ils traversent pour dire le droit est très difficile et il n’y a que Dieu qui est témoin. C’est pour dire que nous devons accorder plus de respect à nos autorités judiciaires. Chaque fois que des gens sont traduits en justice pour faire éclater la lumière sur une affaire donnée, nous devons leur accorder la confiance nécessaire sans pour autant passer notre temps à manifester bruyamment pour faire libérer les gens incriminés. Cela n’encourage pas l’État de droit. Dans une affaire privée qui oppose deux personnes, nous devons laisser la justice aller jusqu’au bout de son travail.

 

C’est normal dans un pays démocratique que certaines personnes agitent des suspicions par rapport au fonctionnement de la justice. Mais ce qu’il faut retenir, il n’y a jamais une avancée démocratique sans une justice équitable. Maintenant, les gens doivent accorder plus de confiance à notre système judiciaire et laisser les jugements de valeur. Le jeu de la politique n’est pas dans la justice et les magistrats ne sont pas dans des considérations partisanes.  

 

C’est des experts qui suivent toutes les procédures recommandées par le code pénal pour pouvoir rendre justice, mais non des gens qui suivent une direction édictée par qui que ce soit. Cependant je ne dirais jamais qu’il n’y a jamais eu l’implication de l’exécutif dans le fonctionnement du système judiciaire. Car nous sommes dans une république qui a un pouvoir exécutif, un pouvoir législatif et un pouvoir judiciaire. Le procureur, si toutefois il dépend du ministre de la justice, peut arriver qu’on lui demande de faire la situation de certains dossiers. Et ce n’est pas normal. C’est pourquoi il nous faut ici au Sénégal, faire les réformes de notre système judiciaire, pour couper le cordon ombilical entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Mais, évitons de créer une république judiciaire, c’est-à-dire donner tout le pouvoir aux juges pour qu’ils puissent faire tout ce qu’ils veulent, je pense qu’il faut un régulateur, qui peut être représenté par le président de la République. 

 

Organiser des réflexions, qui regrouperont tous les universitaires et spécialistes des questions judiciaires pour lever tous les handicaps pour de meilleures réformes de notre système judiciaire, pour garantir les droits des citoyens. Et pour cela, si j’étais le président de la République, je pourrais ne pas siéger au Conseil supérieur de la magistrature. Je laisserai les gens entre pairs déterminer les règles qui régissent leur profession. Car chaque chose a besoin de survie, d’évaluation et de réformes.   

 

Le président de la République Macky Sall ne devait en aucun cas se prononcer sur la question Ousmane Sonko-Adji Sarr

 

Il faut comprendre que cette affaire ne peut pas seulement se limiter dans un cadre privé. C'est Ousmane Sonko en personne qui a fait son point de presse en affirmant que ce dossier est un complot orchestré par le chef de l’Etat Macky Sall. Donc c’est lui qui a politisé cette affaire. Mais il comprend par-là que c’est son droit le plus absolu. Maintenant c’est normal qu’un politicien qui est en confrontation avec son adversaire politique, si quelque chose lui arrive qu’il l’accuse. J’attends le verdict que rendra la justice sur cette affaire. Pour revenir sur la réaction du chef de l’État sur cette affaire, notre invité estime que le président de la République  ne devait en aucun cas se prononcer sur la question.  

 

C’est une affaire qui oppose deux citoyens sénégalais. C’est pourquoi je déplore le manque d’élégance du journaliste qui lui a posé cette question. Et si c’est le protocole de la présidence qui a glissé exprès cette question dans le protocole d’interview, les membres du protocole ont mal agi. Moi j’aurai jamais fait un protocole qui permet à ce journaliste de poser des questions qu’il n’ose pas poser à Macron.  Une question de mœurs qui concerne deux citoyens: on ne doit pas en parler au président de la République. Ceux qui l’ont fait ont commis une faute lourde et très grave. Je pense que le président de la République a quelque chose de plus sérieux à faire plutôt que de s’occuper des questions civiles.

 

Le TER sera fonctionnel dès que nous recevrons les certifications pour sa mise en service 

 

Le Ter est d’une importance capitale pour le Sénégal. Partout où il va traverser, il va développer des pôles économiques pour ces communes. Ce que les gens doivent comprendre, c'est que le TER n’a jamais été inauguré, c’est seulement la réception qui a été effective. Nous sommes en train de travailler pour sa mise en fonctionnement, mais auparavant il faut régler tous les problèmes notamment l’indemnisation des impactés. Mais ce qui me semble être important dans tout ça, c’est de faire en sorte que dès que le TER est mis en fonction, les populations sentent sa nécessité et qu’il n’y ait pas de pertes qui vont impacter notre économie. Retenez que TER sera fonctionnel dès que nous recevrons les certifications pour sa mise en service, mais tout le reste c’est des détails.

 

Vaccin Covid-19, le chef de l’État n’est pas là pour nous faire des leçons de citoyenneté 

 

Le vaccin, il faut féliciter le Sénégal notamment le président de la République qui nous a permis d’acquérir ce vaccin. Ce qu’il faut comprendre c’est que seul le vaccin peut nous sortir de cette impasse. Autre chose qu’il faut retenir c’est qu’il y a un comité scientifique qui a été mis en place donc nous devons accorder une confiance à nos personnels de santé.

 

Je ne suis pas d’accord d'accord pour que ce soit le président de la République qui doit se vacciner en premier lieu. Car ma citoyenneté, je ne la copie pas sur celle du président de la République. Le chef de l’État n’est pas là pour nous faire des leçons de citoyenneté encore moins pour nous apprendre notre religion. Mais il n’est pas question de faire croire aux sénégalais que le président doit donner l’exemple en se vaccinant en premier lieu. Tout citoyen qui veut se préserver contre cette pandémie, qu’il aille prendre sa dose de vaccin. Et si je dois me vacciner ce n’est pas sur le président de la République que je vais copier, mais plutôt sur nos guides religieux car le président Macky Sall n’est pas notre marabout...

Jeudi 25 Février 2021
Dakaractu




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