À propos d'une révocation (Par Ibe Niang)


À propos d'une révocation (Par Ibe Niang)
  Depuis la prise du décret présidentiel du 31 Août portant révocation du maire de Dakar Khalifa Sall, au lendemain de la confirmation par la Cour d'appel de sa condamnation en première instance est vécu par beaucoup comme un pavé jeté dans la mare. Le moins que l'on puisse dire est qu'il a ravi tel un flash la vedette à l'épilogue de la bataille politico-judiciaire autour de la caisse d'avance, cause essentielle qui venait juste de survenir. Tout le monde y va alors de ses  passions ne se rendant même pas compte que les objections faites à partir de ce nouvel événement sont dépourvues d'intérêt pour la sujétion essentielle qui pèse depuis sur le maire Khalifa Sall.  Il faut préciser qu'une révocation de maire n'est pas une première, les cas de Lamine Diack en 1978, Mamadou Cora Fall en 1987, Daouda Faye et Mbaye Ndiaye en 2008, ou encore Hassane Seydou du Niger  en 2017 et Noël Akossi Bendjo de Côte d'Ivoire en 2018 sont là pour nous en édifier. Par ailleurs qu’est-ce qui l’aurait justifié sinon, que le législateur Sénégalais ait pris soin d'introduire les articles 135 et 140 dans notre Code des collectivités territoriales, dont la révocation du maire Khalifa Sall n'est que conséquence de leurs applications. D'ailleurs si on remarque bien, personne ne s'y est trompé à entendre s'exprimer les divers intervenants, même les khalifistes purs et durs, depuis que le Ministre porte parole du gouvernement Seydou Gueye est monté au créneau et expliqué magistralement au journal télévisé de 20h, tout le contexte de cette décision. Les arguments de ceux qui s'offusquent et s'indignent ne remettent plus en question la révocation, mais plutôt le timing de la décision. Donc inutile de s'étendre sur ce qui ne pose aucune controverse, c'est à dire l'opportunité, la légitimité et la légalité de la révocation; nous allons évaluer les arguments à l'encontre du moment de la décision.
 
De l'argument "c'est de l'acharnement - il pouvait attendre"
Oui! Le Président pouvait attendre, mais attendre quoi? Pour ceux qui disent - attendre que la Cour de cassation se prononce et que la bataille judiciaire soit définitivement close -  je les renvoie à une voix très autorisée, celle de Maître Seye avocat à la Cour, qui explique à ceux qui l'ignorent que le pourvoi en cassation ne suspend que l'effet pénal, c'est à dire la peine.
Mais au delà, il faut dire aussi que la réplique  "Macky pouvait attendre" est un souhait et ne peut dans aucune circonstance se substituer en un argument .
Il y'a une tare qui nous est commune et chère aux populistes qui consiste à élever nos propres désirs au rang d'argument, pour ensuite fallacieusement se convaincre que le monde autour de nous doit se dérouler conformément à ces souhaits. Ce qui fait que désillusionné de voir les choses se dérouler autrement, l'on fait dans l'émotion et débite sa vexation des plus débiles sur les autres..
 
Du devoir et de la responsabilité du Président de la République.
Il pouvait attendre dit-on, mais devait-il ?   Qu'est-ce qui motiverait l'ajournement ou l'instantanéité d'une telle décision par lui? - C'est en répondant à un tel questionnement que l'on peut comprendre aisément la décision du Président, du moins pour qui l'objectivité est le guide.
Une fois toute équivoque sur l'application des articles 135 et 140 du code levée par la décision de la Cour d'appel, qu'est-ce qui peut amener le Président à différer la révocation qui s'impose?
Ces arguments en faveur de l'ajournement sont par exemple:
1)      Cela peut ressembler aux yeux des gens à de l'acharnement ou de la provocation.
2)      L'opposition au désarroi du fait du parrainage et qui menace de faire feu de tout bois, pourrait s'en servir pour créer des troubles à l'ordre public,
3)      L'on pourrait me reprocher d'être totalement dénué d'esprit miséricordieux.
 
 Mais tous ces arguments font appel à la subjectivité et ne sont d'aucun intérêt pour un Président face à ses devoirs dans une telle situation.
Par contre les arguments qui jouent en faveur de l'instantanéité sont:
1)      Il me revient de prendre une décision qui résulte de la nouvelle situation de la mairie de Dakar, d'après les prérogatives qui me sont conférées.
2)      Tant que je ne la prendrai pas ma responsabilité serait engagée dans toute situation désastreuse qui pourrait survenir à la mairie de Dakar.
3)      La pertinence m'interdit de mettre la peur, les risques ou toute autre subjectivité en avant dans la prise de mes décisions, aux dépends de la rigueur professionnelle. 
 
C'est ce dernier choix, empreint de responsabilité professionnelle, de courage et de leadership, qui a motivé le Président de la République dans sa prise de décision.
Aussi, redonner les coudées franches á l'équipe de la mairie de Dakar, administrée par un intérimaire circonstanciel sans perspective depuis Mars 2017, justifie largement si besoin en est la hâte de prendre cette décision de révocation. La mairie est mise ainsi devant ses responsabilités et est aujourd'hui plus que jamais attendue par les administrés sur les défis à relever pour faire de la capitale une ville émergente. 
 
       Ibe Niang
Lundi 3 Septembre 2018
Dakar actu



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