A Hamidou Bano : Et vint le jour des « sanglots » de l’Adieu


A Hamidou Bano : Et vint le jour des « sanglots » de l’Adieu
Devrais-je être en reste? Devrais-je être en reste dans ce concert d’hommages reçus, l’autre  dimanche, alors que désormais tu as revêtu le linceul, cet habit de tous, le seul qui nous appartienne vraiment? Non, assurément. Le témoignage de Mame, le grand-père, a aussi sa place - me suis-je dit - dans le lot des oraisons.
 
Les jours ont passé, mais l'écho des éloges, des souvenirs, des prières -  j'allais dire des  “sanglots” de l’Adieu  - hante encore mon esprit. Et j’ai osé, j'ai osé prendre cette plume, hésitante, face au talent de l'écrivain, du philosophe, du journaliste, de l'Autorité et des anonymes simplement qui, tous, ont eu  - et continuent d’avoir -  le “sanglot” profond, je veux dire le mot juste et le verbe généreux . Mais c’est dans cette morgue, lieu de silence et de recueillement, que les “violons” (voix) endeuillés de l'hiver tropical ont marqué toute la mesure des “sanglots” de l’Adieu.
 
Oui, il y a eu Oumar ton aîné, digne et reconnaissant. Il y a eu Amadou Tidiane Baba Wone, l’oncle, l’ami qui, sur le ton de “Wone ko wonodo” ( il était une fois ), a - des trémolos dans la voix - revisité les errances d’adolescents et les complicités générationnelles. Il y a eu Alioune Badara Beye qui, livrant la part de l'écrivain, a souligné toute la dimension intellectuelle du collègue, du compatriote, de l’africain, de l’homme de culture porté jusqu’au piédestal de l’universel. Il y a eu l’imam Ly, ton ami, dont le propos sonnait comme un rappel à l’ordre pour tous. Il y a eu ton patron, le Président, qui a loué le collaborateur mais surtout “chanté” le “grand-frère”, celui-là même qui ne “pouvait pas être méchant” et qui était plutôt un “homme du Paradis”. “Homme du Paradis” ! Oui, ce voeu pour toi - exprimé de si belle façon et d’un accent aussi fort -, nous l’avons tous fait nôtre, intensément, tout en pensant à Bano, ta mère, et à nos défunts à tous.
 
Et aujourd’hui, alors que j'écris ces quelques lignes, émerge de ma mémoire vagabonde le souvenir de nos échanges du côté de Paris où , par un dimanche de grisaille, ton épouse et toi, vous aviez tenu à honorer Mame et famille d’un “jour de gourmandise”. Me revient alors à l’esprit ce désir ardent - qui était le tien - que je te conte Yero Barka, ce “tiolo” (troubadour) ami de tous, trublion attachant de nos veillées nocturnes qu’il égayait de ces airs nostalgiques dont il avait le secret : “Sarabayo”, “Remane nénéma” ou encore “Tiondy Kangué”. C'était pendant la saison des “baba ndungu” (oiseaux  migrateurs qui viennent avec la saison des pluies) , là-bas à Thiayede-Matam.
 
A  ta demande d'évoquer Coda Barka , j’opposais l’exigence de me voir ouvrir au préalable le ‘‘livre’’ de ton ami NDiaga MBaye que tu auras su immortaliser et faire aimer  par une oeuvre impérissable. Et, soit dit en passant, comment a-t-on pu - en certaine occasion - te traiter “d‘ethniciste” toi qui, mieux  que personne, auras célébré la langue ouolof en exégète de cet artiste aux mélopées délicieuses et toutes de sagesse?
 
A la vérité ceux qui, en son temps, ont pris le parti de la critique acerbe ou de l’invective outrancière auront  juste réussi à faire de toi un incompris des esprits pervers.
 
Revenant à nos échanges, quid de cette invite à parler de philosophie loin de Paris, cette fois, sous le ciel merveilleusement étoilé d’une nuit de Nouakchott ? Ton amphitryon que j'étais, à mon tour, ce jour là, ne pouvait certes pas en non-initié se laisser prendre au piège par le “fou ” qui avait choisi de “philosopher d’abord et vivre ensuite”. Oui, “fou” tu l'étais déjà du berceau à Diaranguel en passant par Salde, Saint-Louis et Dakar jusqu’aux “amphis” de France et du Québec. Que dis-je? Parler de “l’Amour de la Sagesse” avec toi ? Quelle prétention ! Non, je ne pouvais certes pas te rejoindre sur un terrain aussi glissant pour moi au risque d’y “laisser ma tête” et tu aurais alors trouvé là l’occasion rêvée de me lancer : “Mame, adda selli hande ?” ( Mame, as-tu ta tête aujourd’hui?) me retournant ainsi cette question que je te posais quasi quotidiennement.
 
Au reste, ai-je encore ma tête à moi au moment où je repose ma plume et que dans mes pensées défilent un peu confusément les dernières images de ce dimanche noir : cette petite vieille qui tend d’une main tremblante son chapelet en direction du corbillard dont les portes se referment, la prière aux portes du cimetière puis cette marche vers la dernière demeure au rythme de “le temps coule et nous passons”; oui, cette marche qui, au jour déclinant, donne envie de clamer “mane nobiscum, Hamidou, cur vesperaret !” (reste avec nous, Hamidou, car il se fait tard !).  
 
Mame  Houmaïdou
 
Jeudi 8 Mars 2018
Dakaractu




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