4 avril à Thiès : une démonstration maîtrisée, un rendez-vous politique manqué (Me Habib Vitin)


‎L’image était soignée, irréprochable : une armée disciplinée, un défilé millimétré, une République mise en scène avec rigueur. Sur le plan protocolaire, l’État a tenu son rang. Les forces de défense et de sécurité ont offert le visage d’une nation organisée, forte et respectée. Elles ont honoré la Nation, elles ont honoré Thiès. Cette performance mérite d’être saluée avec respect et reconnaissance.
‎Mais derrière cette démonstration maîtrisée, Thiès révèle une réalité moins flatteuse : celle d’un décalage persistant entre la mise en scène institutionnelle et les attentes concrètes des populations.
 
La réussite militaire n’aurait toutefois pas eu la même portée sans la participation civile. Des milliers de Thiessois, en majorité des jeunes, ont répondu présents, sous un soleil implacable, dans la poussière et la chaleur, loin du confort des tribunes officielles. Leur mobilisation témoigne d’un patriotisme vivant et sincère, d’une volonté réelle de s’impliquer dans la vie civique, même lorsque les réponses politiques tardent à venir.
‎Pourtant, derrière cette chorégraphie bien huilée, se dessine un vide politique que nul ne peut ignorer. La mobilisation, à la fois militaire et citoyenne, n’a pas trouvé d’écho à sa hauteur. Le discours officiel, prudent et circonspect, a évité les annonces fortes, réduisant une occasion majeure à un simple exercice de communication.
Une forte mobilisation, mais aucune annonce majeure 
 
Une analyse difficilement contestable dans une région où les urgences sont connues, documentées et largement débattues.
‎À Thiès, le 4 avril ne se limite pas à un rituel protocolaire. Il cristallise des attentes, particulièrement élevées cette année. Urbanisation désordonnée, insuffisances en infrastructures, enclavement de quartiers entiers, chômage accru des jeunes : autant de problématiques structurelles qui appelaient des réponses claires. À défaut, le silence du discours officiel s’apparente à une esquive. Il n’a livré ni cap précis, ni décisions structurantes.
‎Le contraste n’en est que plus frappant : une jeunesse massivement mobilisée, exposée à des conditions éprouvantes, loin des espaces de confort réservés aux officiels. Sa présence n’a rien de folklorique ; elle traduit un attachement réel à la chose publique. Ce capital civique, de plus en plus visible, peine pourtant à trouver un prolongement dans les décisions. Cette mobilisation, notamment celle des jeunes, exprime une attente forte, une demande de considération politique. En retour, le signal envoyé reste faible, presque inaudible.
‎Souvent, ce sont les marges de l’événement qui en disent le plus. Les détours imposés, les zones contournées, les aménagements de circonstance ont mis à nu les fragilités de la ville. À mesure que le cortège avançait, une autre cartographie se dessinait : celle d’une cité confrontée à des déficits persistants en assainissement, en éclairage et en aménagement urbain. L’embellissement ponctuel, loin de masquer ces réalités, les met davantage en lumière.
‎Dans ce contexte, la responsabilité des exécutifs locaux est directement engagée. Au-delà des opérations de mise à niveau liées aux événements officiels, c’est la gestion quotidienne qui est interrogée : entretenir, éclairer, désenclaver, assainir. Ces missions relèvent moins de l’exception que de la continuité. Or, sur ce terrain, les attentes demeurent largement insatisfaites. Les travaux engagés dans l’urgence interrogent quant à leur durabilité, tandis que le contraste entre les efforts visibles à l’approche des événements et la réalité du reste de l’année devient trop évident pour être ignoré.
‎Mais réduire le débat aux seules autorités serait un raccourci. La responsabilité citoyenne est tout aussi centrale. Préserver les infrastructures, gérer les déchets, respecter les espaces publics restent des défis quotidiens. Le patriotisme d’un jour ne saurait se substituer à un engagement durable. Reste, au final, un impératif que plus personne à Thiès ne peut éluder : celui de la redevabilité.
 
‎Dans un contexte de contraintes budgétaires et de vigilance accrue des populations, cette exigence s’impose avec force. 
 
Après la fête, place à l’évaluation. 
 
Une évaluation qui ne peut être formelle : elle doit interroger les choix opérés, les ressources mobilisées et les résultats obtenus.
‎Malgré ces insuffisances, une note d’espoir subsiste. Le 4 avril rappelle que le pays dispose de forces disciplinées et d’une jeunesse engagée, prête à participer à l’édification de sa ville et de sa nation. Reste à transformer cette énergie en résultats concrets. Il faut espérer que le président de la République a entendu les préoccupations des Thiessois et qu’il y apportera rapidement des réponses adaptées, dans un esprit d’inclusion nationale et d’équité territoriale. Il est tout aussi crucial que les maires et responsables locaux redoublent d’efforts pour améliorer, à leur échelle, les conditions de vie des populations.
‎À Thiès, le 4 avril aura ainsi servi de test. Non seulement pour la capacité à organiser, mais surtout pour la volonté de répondre. Et sur ce second point, le sentiment dominant reste celui d’un rendez-vous politique manqué.
‎Habib Vitin, 
‎Président du mouvement 
‎Thiès d'abord.
 
Mercredi 8 Avril 2026
Dakaractu