2018 : bilan d’une « Année sociale » au lendemain de la hausse du prix du baril de pétrole

Décrétée « Année sociale » par le chef de l’Etat, 2018 se termine sur une note de discorde. Un débat d’école entre ceux qui, décernant un satisfecit au gouvernement au terme du septennat, se félicitent des fonds récoltés par le Sénégal au Groupe consultatif de Paris pour financer la phase 2 du Plan Sénégal Emergent et les sceptiques qui alertent sur la tension de trésorerie inquiétante, avec des dépenses jugées contre-productives qui expliqueraient l’alourdissement de la dette publique, dans un contexte de hausse du prix du baril de pétrole.


Pour mémoire, l’État du Sénégal avait décidé d’accélérer la cadence, relativement à l’axe 2 du PSE (capital humain, protection sociale, développement durable) en allouant 40 milliards au Programme national des Bourses de sécurité familiale. Le Pudc (Programme d’urgence de développement communautaire), dont la phase 2 a été lancée le 21 octobre à Ziguinchor avec une dotation prévisionnelle estimée à 300 milliards de F Cfa, se glorifie d’avoir électrifié 335 villages, installé 80 centrales solaires opérationnelles et produisant 255 volts en moyenne tension/basse tension,  692 km de routes rurales construites dont 575 ouvertes à la circulation, améliorant l’accès aux habitants de 730 villages, 229 forages et 147 châteaux d’eau, 3 729 équipements post-récolte distribués aux femmes…
Le Programme de modernisation des villes du Sénégal (Promovilles),  qui vise à réaliser plus de 700 Km linéaires de voiries sur la période 2015-2025 avec assainissement eaux pluviales, éclairage public et aménagements paysagers…, « a donné des résultats tangibles dans un délai raccourci », selon le chef de l’Etat, lors du lancement de la phase 2 de ce programme en octobre 2018 en Casamance.
 Dans le cadre de la lutte contre le chômage et le sous-emploi, une Délégation pour l’entreprenariat rapide, avec une dotation initiale et annuelle de 30 milliards  F Cfa dès 2018, a été portée sur les fonts baptismaux.
Par rapport à la situation de référence de 2011, on a aussi assisté, selon des sources officielles, à un doublement de la production d’énergie qui a atteint 1141 MW (elle est projetée à 2465 MW en 2030).
 
Pendant ce temps, l’autoroute Ila Touba, le plus grand projet infrastructurel de tous les temps lancé au Sénégal, a été achevée.
 
La Couverture maladie universelle, malgré une dette qui touche les structures de santé, permet actuellement à 47 % de la population de bénéficier d’une assurance maladie. 
« Avec le PSE, notre économie a su générer plus de 500 00 emplois nets, durables, hors emplois agricoles et commerce (…) Notre économie a renoué avec un cycle de croissance fort grâce à nos efforts et à la discipline dans la gestion des affaires publiques. De 1,7 % en 2012, le taux de croissance du PIB a dépassé 6,8% en 2017. Soit quatre fois plus en cinq ans », s’est félicité le président de la République lors du congrès d’investiture organisé par Benno bokk yakaar le 1er décembre 2018. « Le Sénégal est devenu un vaste réseau interconnecté de routes, de ponts, d’autoroutes et de pistes  de la Casamance au Fouta, du pays lébou au pays bassari. Dans tout l’hinterland. Il s’agit du Cayor, du Baol, du Sine, du Saloum, du Djolof, du Walo, du Ndiambour ou du Ndiombato », ajoute le président Sall de la même tribune.
Pourtant, des voix autorisées, à la lumière de la morosité du climat social qui n’épargne pas les universités, pensent que malgré cette tendance haussière du taux de croissance, l’économie sénégalaise affiche des clignotants rouges. C’est le cas de l’ancien Premier ministre Mamadou Lamine Loum qui croit savoir qu’il y a tension dans l’air. Le député Mamadou Lamine Diallo de Tekki et économiste de renom pointe un déficit qui s’établit à 1200 milliards de F Cfa en décembre 2018. A l’en croire, l’Etat a besoin à court terme de 1000 milliards francs Cfa.
 
 
 
 
 
De son côté, le mardi 13 novembre, en marge de la Revue conjointe du portefeuille des opérations de la Banque mondiale au Sénégal, le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan Amadou Ba a, devant le fait accompli, invoqué la politique sociale du gouvernement pour tenter de justifier ce gap. En outre, il a informé que la hausse du prix du baril de pétrole de près 80% n’a pas été répercutée sur les prix du carburant et de l’électricité. Bref, l’argentier de l’Etat précise que la non-application de la vérité des prix a conduit à un manque à gagner de recettes fiscales de plus de 100 milliards par an. «Rien que pour cette année, nous avons mis à la disposition de la SENELEC pas moins de 70 milliards de francs Cfa», renchérit Amadou Bâ. 
En définitive, au terme de son septennat, Macky Sall, qui a bénéficié d’une embellie pendant plusieurs années et de la découverte d‘importances ressources naturelles au Sénégal, est rattrapé par la hausse du prix du baril de pétrole. Ainsi, durant la campagne électorale pour la présidentielle à venir, il se posera, certainement, la question afférente à la conduite à adopter pour, faisant montre de pro-activité, tenir la dragée haute devant cette nouvelle donne, sur fond d’accroissement de la dette publique.
Mercredi 26 Décembre 2018
Dakaractu




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