« Témoignage funèbre sur notre sœur et consœur Madame Marie Delphine Ndiaye » (Ordre national des experts du Sénégal)


Chères Consœurs et Chers Confrères toutes sections confondues,

 

Une fois de plus, l’Ordre National des Experts du Sénégal est en deuil. Il m’échoit le pénible devoir, en ma qualité́ de Président de la Section Fiscale de l’ONES de prononcer ce témoignage funèbre sur notre sœur et consœur Madame Marie Delphine NDIAYE.

 

Mme Marie Delphine NDIAYE nous quitte à l’âge de 64 ans et un capital de 35 années d’expertise fiscale et commerciale ; certains pourraient dire, par comparaison, qu’elle n’était pas assez vieille pour mourir. Mais évidemment, pour nous les experts, elle nous a quitté́ tôt, je dirai même trop tôt !

 

Mme Marie Delphine NDIAYE fut essentiellement, un expert de terrain, très sociable, tout en privilégiant son indépendance, elle assumait ses responsabilités avec beaucoup de sérieux et qui se manifestait par une conscience professionnelle sans faille, ce qui expliquerait peut-être son approche pragmatique dans la résolution des problèmes de son champ professionnel.

 

Comme quelques-uns des confrères ici présents le savent, j’avais des rapports fraternels et confraternels avec Marie Delphine. Cette relation m’avait permis d’apprécier son sérieux dans le travail et surtout sa foi en notre profession, particulièrement en ce qui concerne le développement de la profession d’expert et notamment la promotion du secteur privé.

 

Marie Delphine NDIAYE est issue d’une famille de parents éducateurs. Comme ses frères et sœurs, elle a suivi un parcours scolaire régulier jusqu’à l’université. Elle est juriste de formation, expert fiscal et commercial ayant affuté ses armes auprès de son Maître de toujours Abdoul Aziz DIEYE, Expert-Comptable. C’est l’une des premières femmes à avoir embrassé cette profession dans le pays. L’engagement des premières femmes intellectuelles sénégalaises Aminata Sow Fall et Mariama Ba, qu’elle a beaucoup lu, l’ont profondément inspirée et fortement impressionnée.

 

Mais c’est surtout, le parcours à travers le pays de Maïmouna Kane, première femme ministre de la condition féminine, à l’époque où elle était au primaire, qui lui a fait prendre conscience qu’il fallait faire quelque chose pour les femmes. Elle a été Secrétaire Générale de l’Ordre National des Experts du Sénégal pendant six ans et première femme Présidente de l’Ordre depuis sa création en 1983.

 

Elle ne cessait de répéter toujours d’une voix douce que « La première façon de s’imposer est la compétence et la rigueur »

En termes d’engagement, elle a été sur de nombreux fronts associatifs :

 

 Elle a occupé la présidence de l’Association des Femmes Juristes du Sénégal (AJS) pendant sept ans ;

 

 Elle était membre de la Fondation Cheikh Anta DIOP dont la vocation est d’appuyer l’Université de Dakar pour la promotion de l’excellence ;

 

Membre du Conseil d’Administration de l’Agence pour le Développement du Marketing Social (ADEMAS), qui s’occupe essentiellement du bien-être familial à travers la santé maternelle et infantile ;

 

 Membre de l’Observatoire National de la Parité, entre autres ;

 

Exerçant une profession libérale, elle était habituée à la combiner avec cette vie associative bien remplie, car elle a acquis sa culture de citoyenneté à l’école où le bénévolat faisait partie des activités extrascolaires ; puis en adhérant en qualité de benjamine à l’une des premières organisations féminines, le ZONTA CLUB.

 

Fervente musulmane, Marie Delphine observait régulièrement le jeûne recommandé des lundi et jeudi par le Prophète Mouhamed SAW, des jours blancs mensuels ainsi que d’autres jours sur lesquels elle restait assez discrète.

 

Mère de famille exemplaire, elle confiait souvent ceci : « Je consacre au bénévolat associatif le temps qu’il faut. Je n’ai accepté de prendre certaines responsabilités que lorsque mes enfants ont grandi ».

 

Sa première vocation était de travailler sur les textes de loi au sein de l’AJS et au sein de l’Ordre National des Experts du Sénégal pour faire évoluer la société, pour améliorer le statut juridique de la femme.

 

On se rappelle son combat actif sur l’équité fiscale. En effet jusqu’en 2008, la femme sénégalaise, en tant que contribuable, n’était pas considérée comme chef de famille. Ce qui faisait qu’elle avait un nombre de parts équivalant à celui d’un célibataire. Cela a fait l’objet d’une longue revendication aussi bien des syndicalistes que d’autres femmes.

 

Au sein de l’Association des femmes juristes, Marie Delphine NDIAYE aimait rappeler le souvenir de la ferveur des textes sur lesquels elle a travaillé au sein de cette association notamment : les textes discriminatoires à l’égard des femmes, ceux relatifs à l’avortement et à la criminalisation du viol, à l’accès des femmes à la terre. 

 

Elle a beaucoup sillonné le Sénégal pour cette dernière question avec l’AJS. C’est un plaidoyer qui continue pour faire accéder les femmes à ce droit garanti par la constitution, mais qui ne leur est pas appliqué, souvent par méconnaissance des femmes elles-mêmes. Pourtant, les femmes du monde rural sont de mieux en mieux informées grâce aux campagnes de sensibilisation.

 

Avant l’inhumation de notre consœur, nous tenons à exprimer à son époux, à ses enfants et à toute sa famille si durement éprouvée, nos sincères condoléances et notre compassion ; ils pourront compter sur leur deuxième famille, celle des experts.

 

Chère sœur et consœur Marie Delphine, comme nous aimions tant l’appeler, nous sommes ici très nombreux nous tes consœurs et confrères, pour te dire Adieu ! Nous garderons en mémoire de toi l’image de cette sœur et consœur qui a su rester expert jusqu’à la fin de ses jours.

Marie Delphine, chère sœur et consœur, repose en paix et qu’Allah SWT t’accueille dans ses meilleures demeures ! Amine !!!

 

Me Saliou DIEYE

 

Président de la Section Fiscale

Dimanche 21 Février 2021
Dakaractu




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