« L'immigration clandestine constitue une seconde vie pour les jeunes » (Abdou Khadre Sanoko, sociologue)


Dakaractu s'est entretenu avec un sociologue sur le phénomène de l'émigration clandestine. D'après Abdou Khadre Sanoko, "ces jeunes qui partent en émigration clandestine ne sont pas, pour la plupart, dans une situation financière reluisante". 

Il affirme que les conditions de vie sont de plus en plus difficiles et les jeunes qui n'ont pas de ressources sont considérés comme des insignifiants et des impies. C'est pourquoi, ils se considèrent intrinsèquement comme des morts sociaux. 

"Investir le large des côtes leur permet d'avoir une seconde vie ou tout simplement de procéder à leurs morts cliniques," soutient- il. 

Pour lui, les jeunes se considèrent déjà morts ici au Sénégal, c'est la raison pour laquelle ils prennent les pirogues pour la résurrection. 

À cet effet, il interpelle les parents qui doivent arrêter de faire des comparaisons et des analogies sur des personnes qui ont réussi socialement. "Aujourd'hui, ce qui est déterminant pour les familles, c'est le statut financier quel que soit l'âge. Tout cela constitue une sorte de pression sociale chez les jeunes", a-t-il laissé entendre. 


Le sociologue préconise un redressement sociétal, mais il pense qu'il faut aussi insister sur la perception des familles de l'émigration. "Il revient aux familles de motiver ces jeunes, de leur donner cet espoir de continuer à vivre malgré les conditions," a fait savoir M. Sanoko.

Pour faire face à ce phénomène, indique-t-il, l'État doit initier des démarches, des stratégies gagnantes pour pouvoir davantage donner l'espoir aux jeunes sénégalais. La deuxième chose, selon lui, est que l'État doit procéder à une éducation alternative pour permettre à ceux qui n'ont pas fait l'éducation ou la formation permanente classique, de pouvoir tirer bénéfice de leurs expertises et enfin de trouver des mécanismes de financement, d'accompagnement au niveau de l'entrepreneuriat jeune afin de permettre à ces jeunes de se dire qu'il y a toujours une possibilité de sortir de cette situation.
Jeudi 5 Novembre 2020
Dakaractu




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