Wilane avertit Khalifa et compagnie sur les risques d'une scission au PS : « Si tant est qu'ils veulent aller dans le sens d'une scission, qu'ils interrogent l'histoire du parti »

Le porte-parole du Parti socialiste (Ps) réagit à la sortie de Khalifa Sall et de ses souteneurs qui ont décidé d'aller à la reconquête du pouvoir en 2019. Et c'est un cinglant avertissement qu'il donne à ses camarades rebelles. "Si tant est qu'ils veulent aller dans le sens d'une scission, qu'ils interrogent l'histoire du parti. Que sont devenus les dissidents ?", martèle Abdoulaye Wilane qui, dans l'entretien qu'il nous a accordé, met les points sur les i.


Le Bureau politique du Ps a, lors de sa session de samedi dernier, décidé de consulter les 138 coordinations du parti avant de trancher le débat autour des modalités de sa participation aux prochaines Législatives. Qu'est-ce qui fonde cette démarche ?
 
En démocratie, pour des hommes d'État véritables, tout ce qu'on évoque par principe et au nom de l'idéal, mais qu'on ne peut décliner concrètement, relève de l'utopie. Nous nous voulons des démocrates sincères, et la démocratie, c'est le débat d'idées. La démocratie, c'est la sanction du plus grand nombre, c'est la loi du plus grand nombre. Depuis qu'Ousmane Tanor Dieng et nous, sommes à la tête du Ps, nous faisons de la démocratie une réalité quotidienne, une réalité de tous les jours. Depuis qu'Ousmane Tanor Dieng est Secrétaire général du parti, à chaque fois qu'il faut élire le Secrétaire général, à chaque fois qu'il faut investir le candidat, et à chaque fois qu'il faut faire des choix politiques majeurs, le Bp, après le Secrétariat exécutif, en parle souvent, on évoque cela en Comité central. Mais, la parole, en dernier ressort, appartient à la base. Cela veut dire que là où dans le passé, les choix étaient faits par un Congrès de 2000 personnes, maintenant tous les choix sont faits et validés par 27 600 militants. Nous avons 138 coordinations. Dans chaque coordination, il y a des Ca de 200 personnes. Nous ne voulons plus que l'on donne l'impression que les choix du parti sont faits par les représentants de la base. Mais, les représentants de la base peuvent nous dire dans quelle direction leur base souhaite qu'on aille. Mais, à chaque fois qu'ils finissent de nous le dire, nous renvoyons la balle à la base qui réunit ses coordinations en Ca et on vote pour choisir le Secrétaire général du parti, on vote pour investir le candidat du parti, on vote pour choisir les décisions politiques majeures structurantes du parti. Et ça, c'est à saluer.
 
Donc vous êtes dans cette même dynamique concernant les Législatives ?
 
Nous sommes dans un contexte où la position médiatique, l'agitation des gens en mal d'influence qui, souvent même, cherchent plus à contraindre qu'à convaincre, peut donner l'impression qu'il y a des crises dans le parti. Peut-être qu'il y a crise, mais s'il y a crise, il y a un sentiment de crise qui étreint ceux-là dont la terre se dérobe sous leurs pieds, parce qu'ils ne sont plus en phase avec les réalités du parti parce qu'eux mêmes font face à des contradictions qui ne sont pas résolues à leur propre niveau. Vous avez vu, tous les Sénégalais ont constaté que, malgré cette agitation fébrile, le Bp, démocratiquement, sur 71 orateurs, a eu une position majoritaire de plus de 68 camarades qui ont dit qu'après avoir salué les expériences dans le Cpc, dans le Benno Siggil Sénégal, et aujourd'hui dans le Bby, qui a une longévité et une efficacité qui recoupent les intérêts du pays, nous avons envie de continuer ensemble. Notre expérience aux Législatives, notre expérience aux Locales, malgré les divergences qu'il y a eues, notre volonté d'aller ensemble aux élections du Haut conseil des collectivités territoriales a été réaffirmée, et le Secrétaire général du parti, en démocrate sincère, qui veut aller jusqu'au bout de la logique, a demandé à ce que nous restions constants, cohérents et conséquents.
 
Quel commentaire faites-vous du meeting tenu dans l'après-midi du samedi par certains de vos camarades de parti qui ont pris la résolution d'aller à la reconquête du pouvoir en 2019 ?
 
Avec le temps, toutes les clarifications seront à l'ordre du jour et se feront jour. Aujourd'hui, que nous parlons de quel choix pour le Parti socialiste en direction de 2017, ceux-là ont fait le choix de mettre entre parenthèse 2017 et de convoquer un débat qui n'est pas encore à l'ordre du jour, à savoir 2019. Je les laisse avec l'opinion publique, je les laisse avec leurs responsabilités, parce que, s'ils étaient dans leurs places (il ne termine pas sa phrase), et pour la petite expérience que j'ai, et pour la connaissance que nous devons tous avoir du pays et de ses situations réelles, pour le respect que nous devons aux citoyens, aux démocrates, pour le respect que nous avons pour le calendrier républicain, pour la fidélité à la doctrine du parti, je n'aurais pas parler, ici et maintenant, de Présidentielle. Ils auraient parlé de Législatives, j'aurais compris, parce que le matin on en a parlé dans les instances. Ils auraient parlé d'élections de membres du Haut conseil des collectivités territoriales, j'aurais compris. Mais, sauter ces questions, les mettre entre parenthèse, et parler de 2019, cela ne me paraît pas être quelque chose qui augure quelque chose de bon. Mais, ils sont libres, parce qu'en démocratie, toutes les idées ont raison d'être vendues, mais toutes les idées n'ont pas la même valeur.
 
Ne redoutez-vous pas une scission au sein du Parti socialiste, au vu de la détermination de vos camarades rebelles ?
 
Si tant est qu'ils veulent aller dans le sens d'une scission, cela voudra dire que tout ce qu'ils nous disent en termes de volonté et de travailler à l'unité du parti, volonté de travailler au rassemblement des forces vives, volonté de convaincre et non de contraindre, volonté de rassembler au-delà du Ps l'ensemble des forces de gauche - je dépasse même la grande famille  socialiste - si c'était ça leur problème, vous n'aurez pas à évoquer la perspective d'une scission. Mais, qu'à cela ne tienne, qu'ils interrogent un peu l'histoire du parti. De 1996 à nos jours, nombre de camarades se croyaient être indispensables pour tracer leurs sillons. Et puisque leurs sillons relèvent plus de logique de perspective individuelle et non de perspective collective, aujourd'hui évaluée, appréciée, dites-moi que sont devenus ces dissidents ? Que pèsent-ils sur l'échiquier politique et quelles influences en termes d'idées de programmes et de société ont-ils dans ce pays ? Nous, socialistes, nous restons debout, droit dans nos bottes, fiers de notre histoire et de notre présent, malgré les résultats que certains aiment imputer à certains. Nous sommes fiers de ce que le peuple souhaite nous attribuer. Il nous appartient à nous tous, de travailler, chacun chez lui, à convaincre, à rassurer, à motiver, à mobiliser. Mais, on ne peut le faire que dans l'unité. Le reste, s'autoproclamer candidat, s'autoproclamer sauveur d'un parti, tout en donnant l'impression de saborder la face avant l'heure, ça, je leur laisse avec l'histoire.
 
Comment le Ps prépare-t-il l'élection des membres du Haut conseil des collectivités territoriales ?
 
Sereinement, avec lucidité et réalisme. Cette élection est une élection dont la base électorale n'est pas celle dont des électeurs qui choisissent des députés. Il s'agit d'un collège d'un grand électeur. C'est l'ensemble des Conseils municipaux, des Conseils départementaux qui élisent 80 hauts conseils de la République qui vont être des membres du Hcct. Cela se fera au niveau des discussions départementales. Nous avons dit que nous voulons y aller dans le cadre de Bby, nous l'avons réaffirmé, et nous allons y travailler. Partout où on pourra trouver des consensus en tenant compte des postes de responsabilités des uns et des autres, ou des possibilités de promotion ailleurs de certains d'entre nous, sans oublier la perspective des combinaisons indispensables ou inévitables pour les Législatives, nous allons y travailler sereinement, sans bruit, sans tromperie. L'essentiel est que nous montrions aux Sénégalais que si nous sommes ensemble, ce n'est pas pour se disputer des postes de responsabilité, des strapontins ou des positions. Mais, si nous sommes ensemble, c'est pour réaliser une base large, une solidarité politique et gouvernementale, pour servir de tremplin, de facilitateur, à un gouvernement que nous avons supporté et mis en place qui travaille pour les Sénégalais. Nous avons soutenu le Président Macky Sall en 2012, il fait son travail avec plus ou moins de bonheur. Il nous appartient de montrer aux Sénégalais que nous ne sommes pas ensemble que pour nous servir, mais nous sommes ensemble pour échanger, nous enrichir mutuellement et faire avancer le Sénégal dans le cadre des réformes incontournables, inéluctables, que nous sommes en train de mettre en œuvre et qui visent à remettre le pays sur les rampes qui nous garantissent l'émergence. 
 
M. le maire, votre commune est frappée par des inondations. Pouvez-vous nous faire l'état des lieux ?
 
La commune de Kaffrine est le théâtre d'inondations qui, chaque année, survient avec son lot de conséquences quelquefois dramatique. Le plus grave à Kaffrine, c'est qu'il n'y a pas véritablement un réseau d'assainissement ou un réseau de drainage des eaux de pluie. Mis à part le canal qui ceinture le marché, nous avons un problème parce que les gens ont habité sur la voie de passage des eaux qui est dirigée vers des marigots ou des lacs. Je voudrais, solennellement, au nom des populations de Kaffrine, demander au président de la République de ne pas abandonner le programme de relogement des sinistrés, parce que la problématique de l'aménagement urbain reste un problème incontournable, inévitable. Il faut que le gouvernement nous aide. En attendant, nous allons continuer à faire face.
 
Le Populaire
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mercredi 3 Août 2016
Dakar actu




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