Victimes, les Sénégalais l’ont été encore à cette Tabaski 2013, pour avoir cru naïvement à l’optimisme béat du ministre de l’élevage.

"Ce qui est une hypocrisie insupportable, c'est d'accepter les privilèges d'une classe sans en accepter les fonctions."
La Rochefoucauld


Victimes, les Sénégalais l’ont été encore à cette Tabaski 2013, pour avoir cru naïvement à l’optimisme béat du ministre de l’élevage.
Si vraiment l’expérience devrait servir en général à quelque chose d’utile, l’Etat du Sénégal devrait tirer alors toutes les leçons et leur enseignement,  de cet échec  sans précédent de la Tabaski 2013. Nous avons plutôt vécu et assisté en fait, à une tabaski faite presque uniquement pour les nantis, qui étaient eux  bien servis. Toutes les prévisions annoncées  à travers les médias et autres précautions soi-disant prises pour approvisionner correctement le marché, tout ceci tendait à nous rassurer simplement et enlever de nous, toute idée  d’inquiétude. Au fond, c’était aussi pour nous endormir. Car à l’arrivée et en vérité, tout ceci n’était que chimère et rien que du vent.
Nous ne cesserons jamais de le répéter assez, mais le président de la République aurait dû faire  impérativement et avant tout, l’état des lieux dès son installation, et présenter le résultat physique et concret obtenu de ses investigations, aux Sénégalais, pour que nul n’en ignore. Il aurait dû également évaluer au préalable la situation économique et sociale globale du pays après en avoir déterminé les urgences de l’heur et leur ordre de priorité. Le fait, d’avoir déclaré uniquement et officiellement que l’Agriculture était la priorité de ses priorités, sans concrètement la prendre à bras-le-corps pour sa traduction en actes, n’est nullement suffisant pour les Sénégalais qui jugent dorénavant à partir du résultat et des faits palpables. Pourtant, il est certain et voire évident, que l’Agriculture et l’Elevage sont parfaitement les deux mamelles nourricières de l’autosuffisance alimentaire d’un pays quel qu’il soit, à fortiori le nôtre, et ils constituent les deux pôles incontournables de développement du monde rural.
Voilà pourquoi, nous pensons qu’il est devenu impératif, urgent  même et prioritaire pour notre pays, de ressusciter et d’implanter dans les meilleurs délais, d’autres centres d’élevage à l’image de celui de Dahara Djolof de l’époque, dans toutes les régions du pays à vocation agro-pastorale. Ce qui suppose de facto alors, de divorcer d’ores et déjà avec  le système anarchique et archaïque de l’élevage et de l’agriculture qui prévaut en ce moment dans notre pays. Il faudrait aussi, à côté de l’élevage individuel et traditionnel, l’implantation de centres d’élevage, pour la multiplication des races sélectionnées  et croisées, en vue de la reproduction d’un autre type de bétail de qualité.
Le constat que nous avons fait sur l’approvisionnement du marché en moutons, de la Tabaski de cette année 2013, a été de toute évidence,  une mauvaise organisation ou plutôt, pas d’organisation du tout. En effet, l’Etat a livré les ménages sénégalais pieds et poings liés, à la merci des vendeurs et autres « téfinké » spéculateurs indécents, qui n’ont visé eux, que leur profit, et au maximum. Avec une offre si insuffisante en moutons cette année, naturellement, il était évident que  les prix allaient être portés à des niveaux insoupçonnables et jamais connus au Sénégal. Les prix du marché étant inaccessibles, même pour les bourses moyennes des Sénégalais, cette situation ne laissait alors, aucune possibilité de choix aux acheteurs, c’était ainsi à prendre ou à laisser ?
L’idée inconcevable de laisser  fixer le prix d’un mouton moyen de tabaski à 100000F dans ce Sénégal d’aujourd’hui, devait logiquement choquer et attirer l’attention des autorités. Et, elles devaient savoir et se dire, que quelque part, un ressort allait indubitablement se casser car, ce niveau de prix était très loin d’être à la portée des bourses de la majorité des foyers sénégalais. Le silence et l’absence de réaction du gouvernement face à cela, dénotent que ceux qui nous gouvernent ignorent tout-à-fait, la réalité du pouvoir d’achat du Sénégalais moyen à l’heure actuelle. C’est vraiment dommage, que ces messieurs ne soient même pas en mesure de tâter le pool de leurs populations, afin de savoir, quelle est approximativement la capacité réelle de leurs bourses par rapport au prix du mouton sur le marché en 2013. Messieurs les gouvernants, rappelez-vous bien que : « gouverner c’est prévoir »! Il vous appartient et vous revient par conséquent, d’avoir la mesure ou de chercher à posséder une vision prospective sur l’état de vos populations et le futur proche de votre pays.
Mais au fond, la ministre de l’Elevage, en déclarant que le marché sera approvisionné en quantité suffisante de bétail, à quel niveau de prix pensait-elle ? C’était là, où résidait bel et bien l’énigme ! Au finish, ce sont des moutons de luxe pour les riches et autres nantis, qui ont effectivement inondé le marché. Assurément, nous sommes bien loin d’une gouvernance vertueuse, rationnelle, efficiente et d’éthique, même après le départ de Me Wade, dans la mesure où nos députés  n’ont trouvé rien à dire que de se payer le privilège indécent, de recevoir pour leur mouton de Tabaski 200000F. Ce qui laisse supposer sans aucun doute, que les ministres aussi de leur côté ont dû en recevoir plus, sinon autant, de la part du président de la République. Mais, au nom de quoi et en vertu de quelle loi, ces privilèges leur ont été attribués ? Et en plus avec l’argent du contribuable par ailleurs ! Cette pratique ne repose sur aucun texte réglementaire de la république, si ce n’est une volonté délibéré du chef de l’Etat, de faire plaisir à ses partisans ou une classe donnée à part, au moment où les autres citoyens peinent  même, à trouver le prix du plus petit mouton qui soit. C’est bien cela, une forme de partage du gâteau, pratique que  nous avions pourtant dénoncée énergiquement avec  Abdoulaye Wade. Cette pratique, malheureusement est bien encore de jour, certes, sous une forme maquillée.
Cette pénurie de moutons de 2013, justifie amplement, pourquoi il nous faut rompre immanquablement avec l’élevage archaïque et informel qui n’a point d’avenir. Encore une preuve formelle de la nécessité de rupture indispensable avec la pratique du régime libéral de Wade, qui se pose avec acuité et interpelle Macky Sall, pour non seulement, qu’il envisage, mais engage aussi pour de bon, des réformes hardies, qui prendraient en compte justement, l’évolution du moment, des progrès techniques et scientifiques dans ce domaine, comme également, de nos besoins réels en approvisionnement de bétail pour la Tabaski. Et au-delà, pour satisfaire et assurer à notre pays en temps normal, ses besoins en produit animal comme : la production et l’approvisionnement en viande, en lait et autres produits dérivés, en quantité suffisante. Ces produits cités, que nous continuons encore d’importer et qui grèvent lourdement notre balance de paiement, par la sortie régulière de sommes importantes en devises, est inadmissible. Et ceci la rend constamment déficitaire de manière chronique. Cette situation déplorable et inconcevable, qu’on aurait bien pu éviter, si depuis l’indépendance, nous avions serré la ceinture et eu une volonté politique affirmée sans équivoque, dans le but  bien précis de nous doter d’infrastructures adéquates et nécessaires à cet effet. A savoir concentrer tous nos efforts sur l’essentiel.
Notre pays, est suffisamment bien outillé à tout point de vue, pour réaliser cet objectif d’autosuffisance en bétail et voire alimentaire. Un objectif qui est parfaitement à sa portée, si toutefois, les gouvernants depuis lors, y avaient mis la volonté politique et les moyens matériels et financiers  nécessaires requis. Il faut alors impérativement et dans les plus brefs délais, s’atteler à la création, à l’implantation et la mise en œuvre de ces centres régionaux d’élevage ou agro-pastoraux évoqués plus haut. Ils seront sous l’égide du ministère de l’élevage, soutenus et assistés par des moyens conséquents de l’Etat, pour leur réussite et pérennisation.
Mieux, pour faciliter davantage  la réalisation d’un tel objectif, il serait utile d’ailleurs, d’envisager partout où cela est possible, la création de centres  régionaux ou départementaux agro-pastoraux jumelés, pour permettre la production d’aliment de bétail en quantité suffisante. Notamment la création de champs de paturage, d’arachide, de niébé ou de tout produit agricole pouvant servir de nourriture au bétail sur place, au lieu de le laisser en divagation dans les champs des cultivateurs. Cette formule d’embouche du bétail, éviterait surement les conflits fréquents que nous connaissons souvent, opposant ainsi nos cultivateurs et éleveurs, et conduisent parfois à des drames regrettables entre voisins de terroir.
Dans le même ordre d’idée,  et pour accompagner  la bonne tenue de ces centres ou fermes, la création d’usines d’aliments de bétail  et même de volaille, est une nécessité absolue, qui va de pair avec un tel type d’élevage à grande échelle. Et l’existence  de tels centres avec une gestion irréprochable, n’est en rien en contradiction avec l’élevage individuel, bien au contraire, celui-ci lui est complémentaire. Et avec l’accès facile des éleveurs aux aliments de bétail, et à un prix abordable, ceci aiderait plutôt ces éleveurs individuels, à produire d’ailleurs des bêtes de qualité présentables dans les Foires.
Ces centres d’élevage modernes une fois crées, avec un suivi de près en santé animale au faîte de l’évolution actuelle de la science, bien gérés en outre de façon orthodoxe par des hommes de l’art et spécialistes en la matière, nous rendront indépendants par rapport à nos voisins. Ils nous permettront également, de disposer à la longue, d’un cheptel de qualité bien nourri, suivi et entretenu médicalement. Ils pourront être aussi,  à la base d’une reproduction animale de bonne qualité, grâce à un croisement avec des espèces de choix sélectionnées, et également un possible rendement à l’unité plus élevé.
Au demeurant, à propos d’approvisionnement, c’est de la même manière que l’Etat se fait l’obligation d’assurer l’approvisionnement correct du marché en produits et denrées de première nécessité, qu’il devrait également se préoccuper et se faire le devoir impérieux de prendre toutes les dispositions nécessaires aussi, afin  d’assurer concrètement, l’approvisionnement correct du marché en bétail suffisant, de qualité et à la portée de toutes les bourses des familles sénégalaises, pendant la Tabaski. Il ne devrait nullement se fonder uniquement et simplement sur l’optimisme béat de sa ministre en charge de l’élevage. En effet, la réalité des faits sur le terrain a bel et bien infirmé toutes les « assurances » faites par le ministre car, les moutons en diverses qualités ont bien manqué.
C’est paradoxal, et un fait inédit quand même pour notre pays. Après plus de 50 ans d’indépendance, il ne parvient toujours pas, à assurer son autonomie en approvisionnement de bétail pour ses besoins de Tabaski. C’est tout simplement  ridicule ! Et jusque-là, l’Etat ne dispose d’aucune structure de référence en matière d’élevage, capable d’étudier sérieusement et  d’envisager de résoudre en perspective, un problème si épineux et récurrent comme celui de l’élevage en général et du bétail en particulier. Il est évident et incontestable aujourd’hui, que l’élevage dans notre pays est en régression terrible, pour ne pas dire, en perte de vitesse. Le service de l’élevage, concrètement n’existe plus, physiquement parlant, dans plusieurs régions du pays, à plus forte raison encore, dans les départements. Certes, il est bien compris comme service dans la nomenclature administrative de chaque région, mais dans la réalité, pour certaines d’entre elles, c’est juste de la figuration sur le papier, mais rien de plus sur le terrain. Voilà pourquoi nécessairement, il nous faut s’atteler à réhabiliter l’élevage partout où ce sera possible, compte tenu de l’importance qu’il revêt, et que nous avons soulignée tout le long de cet article. Mieux, il faut d’ailleurs envisager dans les plus brefs délais, le retour vers le grand ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, compte tenu de leurs complémentarités. Et en vue également, de la création et de l’implantation systématique des centres  agro-pastoraux partout où c’est possible  à travers le pays. Il est bien vrai que l’élevage ne s’adapte pas à toutes les régions du pays, mais elles ont toutes par contre, une vocation agricole, même si c’est à des degrés divers. 
Paradoxalement, il est totalement incompréhensible pour notre pays, avec tous les atouts qu’il possède en  agro-pastoral et les possibilités qui lui sont offertes dans ce domaine, de demeurer encore dans cet état de dépendance chronique à l’importation de bétail et de produits agricoles. Alors  que justement, nous avons de la terre et de l’eau en abondance, de la force de travail à gogo (des bras valides), du soleil et des ressources humaines de qualité aussi à foison dans ce domaine. Que nous manquerait-il alors? Si ce ne sont  assurément, que la volonté politique sans équivoque et des hommes d’Etat honnêtes et intègres, au sens élevé du devoir de l’Etat, qui auraient réellement à cœur, le souci irréductible du développement rationnel de leur pays, qui conjugueraient intelligemment et mettraient en synergie tout ce potentiel précieux que nous disposons comme atouts majeurs, et qui sont rarement réunis tous ensemble dans un seul pays donné. En fait, nous avons essentiellement besoin d’une équipe faite, de managers dignes de ce nom, dont le souci majeur n’est point de se remplir les poches et de  s’enrichir immensément sans honte de par leurs fonctions occupées, mais plutôt, de servir de modèle d’humilité et de sobriété, en donnant l’exemple par se mettre au  travail d’abord,  et ensuite de mettre tout  le pays et les Sénégalais avec, sur le chemin du travail productif, seule base de développement économique et social harmonieux, pour un pays qui veut tendre vers l’émergence.
Osons espérer, que l’Etat a bien appris la leçon de cette Tabaski 2013, et s’est dit, plus jamais cela !

Mandiaye Gaye
Lundi 21 Octobre 2013
Dakaractu




1.Posté par yrror le 21/10/2013 17:23
merci avec toutes les assurances du ministre !!

2.Posté par Garab le 21/10/2013 18:49
Dans beaucoup de pays arabes, le mouton de Tabaski se vend à la bascule. Et l'Etat fixe le prix du kg chaque année.
D'autres comme l'Arabie Saoudite, font de "l'uniprix" ou un seul prix est fixé pour tout mouton. Durant le Hajj de 2008, le prix était d'environ 60.000F CFA le mouton ou la chèvre.

Voici deux exemples, issus de pays musulmans dont on pourrait s'inspirer officiellement et pour de bon.

3.Posté par Sala le 22/10/2013 08:59
Densité du texte 2%



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