VISITE ÉCONOMIQUE A PARIS : Les vérités de Macky Sall au MEDEF et devant l’OCDE

Le Président Macky Sall n’a pas fait dans la langue de bois face au patronat français et, ensuite, devant le Comité directeur du Centre de développement de l’OCDE, lors de sa visite économique à Paris.


 La rencontre entre le président de la République et le Mouvement des Entreprises en France (MEDEF) a porté notamment sur la poursuite du dialogue avec le patronat français et les opportunités d’investissement et contraintes à l’investissement dans notre pays.
Macky Sall a soutenu que la France est un des tout premiers partenaires économiques du Sénégal ; les entreprises françaises y détiennent le premier rang des investissements directs étrangers. Mais les indicateurs montrent aussi un recul à long terme des parts de marché de la France dans notre pays.
Le Chef de l’Etat a rappelé la logique du Plan Sénégal Emergent (PSE) qui donne la priorité à l’investissement privé et au partenariat public-privé en lieu et place de l’aide, pour la création de richesse et d’emplois. Il a précisé que certains investissements lourds comme les grands projets d’infrastructures, notamment les routes, les chemins de fer, les ponts, les ports et aéroports qui nécessitent un accompagnement financier de l’Etat sous différentes formes est aujourd’hui indispensable pour gagner des parts de marché au Sénégal.

Les entreprises françaises absentes à Diamniadio

Le Président Sall a fait remarquer que la nouvelle ville de Diamniadio est en construction, mais les entreprises françaises n’y sont pas encore visibles. Il a en outre invité les entreprises françaises à s’intéresser aux différents segments de l’exploitation pétrolière, suite aux récentes découvertes d’hydrocarbures au Sénégal faites par des entreprises britanniques et américaines.
Toutefois, il a relevé la présence d’entreprises françaises sur le chemin de fer Dakar-Aéroport international Blaise Diagne, avec le nouveau Train Express Régional, où l’accompagnement financier de l'Etat français est notable. 
A propos de l'exploitation du TER, il a indiqué qu'après sa réalisation, l’Etat se réserve le droit de la confier son exploitation à l’opérateur de son choix.

La licence de Sonatel s’invite à la rencontre

Le Président Macky Sall a déclaré que si des entreprises turques et chinoises, pour ne citer que ces deux exemples, réussissent de plus en plus au Sénégal et en Afrique, ce n’est peut-être pas parce qu’elles sont meilleures que les compagnies françaises. Loin de là ! C’est parce qu’il y a leurs pays qui les soutiennent derrière par des prêts aux pays bénéficiaires qui ne présentent aujourd’hui aucun risque de non remboursement.
Certains chefs d’entreprises déjà présentes au Sénégal ont soulevé des préoccupations liées à leurs activités dans notre pays, d’autres se sont intéressées aux opportunités d’affaires liées notamment à des projets du PSE, à l’environnement des affaires et aux perspectives d’évolution du cadre juridique.
Au sujet du renouvellement de la licence de SONATEL, il a précisé que le processus sera bouclé dans quelques semaines. En plus du dialogue avec le patronat français, le Chef de l’Etat a accordé plusieurs audiences à des chefs d’entreprise.

Réunion de haut niveau à l’OCDE

Lors de la même visite à Paris, Macky Sall a aussi prononcé une allocution à la réunion de haut niveau du Comité directeur du Centre de développement de l’OCDE. Il a évoqué trois (3) principaux défis de la planète. C’est ainsi qu’il a rappelé qu’en décembre dernier, «nous avons constaté la situation critique de la planète par la faute de l’Homme, engagé dans une logique insoutenable de production et de consommation. Comme il n’y a pas de plan B, seul le respect des engagements de l’Accord de Paris sur le climat, le maintien la hausse de la température du globe sous la barre fatidique des 2°C peut sortir le monde de l’impasse. En comparaison des périls encourus, le coût de ces engagements est dérisoire.»
Le défi suivant mis en exergue par le Président a été le défi sécuritaire. Il estime que la paix et la sécurité sont les conditions préalables de toute performance économique devant mener à un développement durable. Le terrorisme est devenu aujourd’hui une menace globale, à la fois pour la sécurité humaine et pour l’économie.
Il peut suffire d’un attentat pour que des pans entiers d’une économie se décomposent : que l’on pense au tourisme, au transport et autres activités connexes, toutes génératrices d’opportunités, de revenus et d’emplois.
Le Président Macky Sall pense que le combat contre le terrorisme ne peut être exclusivement militaire et sécuritaire. Il doit, en même temps, inclure, avec le même degré de priorité, la lutte contre l’ignorance et l’exclusion sociale qui nourrissent et entre-tiennent ce fléau. Pour tarir les sources qui alimentent le terrorisme, il faut investir dans l’éducation et la formation et dans les activités génératrices d’emplois. Il a ajouté que «la croissance doit être partagée, certes au sein des pays, mais aussi entre eux. Je pense à un commerce international plus juste et plus équitable, qui met fin aux subventions abusives et rémunère à leur juste valeur les matières premières.»
Le dernier grand défi de notre temps évoqué par le Président Macky Sall est celui de la migration. Il a indiqué que le phénomène n’est pas nouveau. C’est plutôt son ampleur et sa dimension humanitaire qui le sont et alimentent aujourd’hui des passions voire comportements xénophobes et extrémistes.
Il estime que la problématique de la migration doit être abordée de manière globale, combattre fermement les réseaux criminels de l’émigration clandestine. Mais, en même temps, il a lancé un appel en faveur de la construction de sociétés politiquement stables, économiquement viables et socialement équitables.
«Créons les conditions qui facilitent la migration légale pour les étudiants, chercheurs et opérateurs économiques. Offrons des possibilités d’intégration sociale aux travail- leurs migrants qui contribuent à la prospérité de leurs pays d’accueil et aux efforts de développe- ment de leurs pays d’origine. Il a rappelé qu’au Sénégal, l’apport de la diaspora à l’économie qui s’établit à plus d’un milliard de dollars par an, dépasse en volume l’aide publique au développement», dit-il.

Lutte contre l’évasion fiscale

A ce sujet, le Chef de l’Etat a indiqué que le Gouvernement travaille à une meilleure efficacité de l’aide publique au développement. En ces temps de contraintes budgétaires majeures, il est dans l’intérêt commun des pays donateurs et bénéficiaires que chaque centime alloué à l’aide soit dépensé comme il faut et à temps.
Il a relevé le fait qu’au Sénégal, l’aide publique fait intervenir plus de 460 partenaires bilatéraux, multilatéraux et non gouverne- mentaux ; chacun avec ses propres conditionnalités, ses propres règles et ses procédures. Il en résulte un interminable saut d’obstacles, une dispersion des moyens, des chevauchements de projets et programmes, des retards considérables dans la conception et la réalisation des projets, et, finalement, des résultats amoindris.
Après avoir évoqué ces défis, Macky Sall a fait remarqué qu’après quinze ans de mise en œuvre des OMD, un nouveau consensus international a fixé le cap, en 2015, pour la réalisation des Objectifs de Développement Durable à l’horizon 2030, un engagement fort de ce consensus consiste à mobiliser davantage les ressources internes, notamment fiscales, pour financer les besoins de développement.
Cela appelle un effort supplémentaire de rationalité et d’efficacité dans la mobilisation et l’affectation de ces ressources. Aussi, un appui technique et financier des partenaires est-il nécessaire aux compétences nationales pour les aider à produire de meilleures données statistiques en soutien aux politiques nationales de développement.
Cet appui est d’autant plus pertinent aujourd’hui qu’il s’inscrit dans le processus engagé depuis 2013 pour la révision des règles du système fiscal international, avec le projet de lutte contre l’Erosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfice, piloté par l’OCDE sous l’égide du G20. Quand le financement du développement doit davantage reposer sur l’effort interne, la lutte contre les flux financiers illicites devient un impératif de premier ordre.
A propos de l’initiative heureuse de l’OCDE sur la fiscalité internationale, le Président Sall indique que pour avoir une portée encore plus ample dans la conception et la mise en œuvre, il est souhaitable qu’elle soit élargie au FMI et à la Banque mondiale, compte tenu de leur expertise et de l’étendue de leur champ d’activité en la matière. Il estime que la première mesure de lutte contre l’évasion fiscale doit consister à faire payer la fiscalité là où se crée la richesse, c’est-à-dire dans les pays où les compagnies mènent leurs activités et tirent leurs profits.
Or, dans beaucoup de nos pays, les activités minières échappent depuis des décennies à la fiscalité, au motif qu’elles ne relèvent de l’industrie, alors que les mêmes activités, considérées comme industrielles dans les pays développés, sont dûment taxées.
Si nous voulons que l’effort interne finance davantage le développement, nous devons instaurer plus d’équité entre le respect des droits légitimes de l’investisseur et ses obligations fiscales.
 
Mardi 7 Juin 2016
Dakaractu




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