Tuerie d’une équipe anti-Ebola en Guinée, une rescapée témoigne


Tuerie d’une équipe anti-Ebola en Guinée, une rescapée témoigne
Une action de sensibilisation contre le virus Ebola a tourné au drame mardi 16 septembre dans le petit village de Womé, en Guinée forestière. Médecins, politiques et journalistes ont été lynchés par des habitants qui refusaient d’admettre l’existence du virus. Une rescapée témoigne…
Mardi après-midi, une délégation d’une quinzaine de personnes s'est rendue à Womé, sous-préfecture de la région de Nzérékoré, dans le sud-ouest de la Guinée Conakry. Parmi eux, des représentants du personnel de santé de l’hôpital de Nzérékoré, un pasteur, des représentants de l’État guinéen et plusieurs journalistes venus couvrir l’opération.
L’objectif de la délégation : informer sur les risques d’une propagation du virus Ebola dans une région qui connaît un regain d’épidémie ces deux dernières semaines.
 "Ils n’ont fait aucune distinction entre médecins, journalistes et politiques : nous étions tous venus pour les contaminer" Cynthia (pseudonyme) faisait partie de cette délégation. Quand nous sommes arrivés à Womé, nous avons été bien accueillis par la population.
Le gouverneur de la région de Nzérékoré a d’abord fait un discours en français pour exprimer la détermination de la Guinée à vaincre le virus Ebola. Puis, un interprète a traduit ses propos en langue locale à la foule. Au bout de quelques minutes, une personne s’est levée et a dit dans la langue locale : "C’est vous qui nous amenez Ebola ! Vous allez nous abandonner "et il y a eu une clameur.
Les autorités ont essayé de reprendre la parole pour calmer les gens. Mais, immédiatement, on a reçu une pluie de pierres. J’ai vu des gens arriver au loin avec des machettes et des lance-pierres. Tous les membres de la délégation ont pris leurs jambes à leur cou pour s’enfuir. C’était chacun pour soi : certains ont réussi à s’enfuir avec leur véhicule, ils ne se sont pas préoccupés de moi [des véhicules ont été caillassés avant de réussir à s’enfuir, notamment celui du gouverneur et du préfet, ndlr].
J’étais terrorisée, et j’ai couru aussi loin que j’ai pu pour me cacher dans un buisson. Ça a été de très longues heures d’angoisse à attendre, les yeux rivés sur mon téléphone portable, à la recherche de réseau pour prévenir mes proches. Au milieu de la nuit, j’ai réussi à envoyer un texto pour leur dire qu’il s’était passé quelque chose de grave à Womé, mais que j’étais vivante. Je leur ai indiqué que l’endroit où j’étais cachée. Ils ont réussi à venir me chercher et je suis rentrée saine et sauve mercredi à Nzérékoré. Derrière moi, j’ai laissé des amis, sans pouvoir les aider. Ceux qui s’en sont pris à la délégation n’ont fait aucune distinction entre médecins, journalistes ou politiques : pour eux, nous étions tous venus pour les contaminer. " Cynthia a effectivement échappé au pire : jeudi 18 septembre, les autorités guinéennes alertées sur la gravité de l’événement ont retrouvé sept corps sans vie dans une fosse commune, dont certains présentent des blessures à coups de machette. Parmi eux notamment, le sous-préfet de Womé, le chef de la santé régionale, et trois journalistes. 21 personnes ont été blessées et deux personnes sont toujours portées disparues.
Cynthia W. "Des SMS disent qu’Ebola est une invention du gouvernement guinéen" Plusieurs cas d’opposition virulente à des actions de sensibilisation ont eu lieu dans la région de Guinée forestière ces dernières semaines, mais c’est la première fois qu’une rébellion de la population fait des morts. Jeudi18 septembre, le Premier ministre guinéen a condamné avec "la plus grande fermeté [cet] acte de cruauté intolérable et injustifiable "et annoncé l’ouverture d’une enquête de police. Six personnes auraient déjà été interpellées.
Nixon (pseudonyme) connaissait bien un des journalistes stagiaires d'une radio locale qui a été tué lors de la couverture de l'événement. Rien ne laissait présager que cette descente à Womé pouvait être dangereuse : ce n’est pas un village à risque. C’était cependant la première fois depuis l’épidémie d’Ebola qu’une délégation se rendait là-bas pour appeler la population à la vigilance à cause de la recrudescence de cas dans la région [des actions de sensibilisation avaient déjà eu lieu auparavant, mais auprès des instances religieuses, ndlr]. Le problème, c’est que la désinformation bat son plein dans la région : depuis plusieurs semaines, des SMS circulent sur les téléphones portables pour dire qu'Ebola est une invention du gouvernement guinéen pour décimer la population de Guinée forestière. Les habitants de ces zones rurales n’ont pas du tout confiance dans les représentants politiques.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron, journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.
Vendredi 19 Septembre 2014
Dakaractu




1.Posté par Aldo le 19/09/2014 18:43
Il faut NETTOYER TOUT CA



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