Trois questions à Me Aïssata Tall Sall : " Comment allons nous réagir face à l'emprisonnement de Khalifa Sall..."

Me Aïssata Tall Sall, avocate à la Cour a rendu visite, ce lundi, au Maire de Dakar, Khalifa Sall, incarcéré à la Maison d'arrêt de Rebeuss (Mar). A la suite de son entretien avec son camarade de Parti, la responsable socialiste que nous avons accrochée, nous a révélé la stratégie de la défense.


Quel est la raison de votre passage, aujourd'hui, à la prison de Rebeuss?
L’objet de ma visite vous l’a deviné aisément. Je suis venue avec mon associé Me Mbaye Sène qui, pendant mon absence, alors que j’étais à Podor, a suivi le dossier jusqu’au moment de l’inculpation et du placement sous mandat de dépôt du Maire Khalifa Sall. Aujourd'hui, je suis venue m’entretenir avec Khalifa Sall, notamment sur les contours de son dossier et des charges qui, aujourd’hui, pèsent sur lui. Khalifa Sall a été inculpé pour détournement de deniers publics, recel
de deniers publics, escroquerie portant sur des deniers publics  et également association de malfaiteurs. Je pense qu’on ne pouvait pas trouver mieux pour le charger et lourdement le charger. Mais, ce n’est pas cela qui peut nous inquiéter. Nous, nous sommes des avocats. Ce que nous voyons d’abord c’est le dossier, c'est-à-dire la profondeur du dossier. 

Comment avez-vous trouvé votre camarade en prison?
Il faut dire qu’en prison, j’ai trouvé un homme courageux, en pleine forme. Je l’ai même dit en
chahutant que c’est un Lam Toro en prison. Khalifa Sall que j’ai rencontré m’a expliqué et m’a convaincu qu’il est victime d’une cabale. On cherche à le salir. On cherche à atteindre sa moralité. On cherche surtout, en tant qu’homme politique, à faire entre sorte qu’il s’affaisse. On cherche à l'affaiblir. Je peux vous dire que j’ai rencontré un homme courageux, déterminé avec lequel j’ai eu un entretien sur l’aspect technique même du dossier. 

Parlant justement de l’aspect technique du dossier Khalifa Sall, pouvez-vous nous en dire plus?
 Il est question de cette fameuse caisse d’avance. La première question que les sénégalais doivent se poser, c’est celle de savoir qui a instauré la caisse
d’avance. Qui a initié cette caisse d’avance qui existe depuis que la Mairie de Dakar existe. Maintenant comment cette caisse fonctionne depuis l'indépendance? Cette caisse elle a fonctionné comme alimentant des fonds politiques. Khalifa est en mesure de dire à qui ces fonds ont été destinés. Mais, il ne le fera pas, par décence. Il ne le fera pas, par dignité. Mais est-ce-que, pour autant, on peut dire que Khalifa Sall s’est approprié ces fonds là de façon personnelle, pour un usage personnel? Je crois que non! Or, c’est quoi le
détournement de deniers publics? C’est de prendre de l’argent qui était destiné à autre chose, de l’argent public destiné à autre chose pour son compte personnel. Le jour où le Procureur de la République démontrera, après un réquisitoire oral et public, que Khalifa Sall s’est personnellement
approprié de ces fonds là, à ce moment là on pourra parler de détournement. Ce n’est pas le cas et je crois que les choses sont simples. Et, nous
arriverons à démontrer que Khalifa Sall n’a absolument rien fait. Qu’il ne mérite pas d’être en détention! Le Maire de la capitale,
placé sous mandat de dépôt, alors qu’il incarne lui-même la garantie de représentation en justice, je crois que c’est trop de violence exercée sur cet homme là et nous ferons tout pour que cette violence là cesse.

Justement, comment comptez-vous réagir face à l'emprisonnement de Khalifa Sall ? 
Très rapidement, parce qu'aujourd’hui je vais rencontrer le Doyen des juges. D’abord, il est inadmissible qu’on prenne des mesures de répression contre les sympathisants et la famille de Khalifa Sall. Il n’y a que 20 personnes qui sont autorisées à le voir et une seule fois par semaine. C’est intolérable et ça ressemble à de la séquestration. Nous allons déjà faire lever cette mesure. La deuxième mesure que nous prendrons ensemble avec mes confrères constitués, c’est de tenir rapidement un point de presse sur les tenants et les aboutissants de cette affaire. La troisième mesure c’est de demander au Doyen des juges de le mettre en liberté provisoire. Parce que, lorsque vous
êtes inculpé pour détournement de deniers publics, vous avez la possibilité de consigner les montants pour lesquels vous êtes poursuivis. 1,8 milliards pour ce qui concerne Khalifa Sall, il refuse de le faire parce que pour lui cela s’apparenterait à une reconnaissance ou un aveu des faits. On peut aussi contester sérieusement les faits. Nous avons des contestations sérieuses par rapport aux faits reprochés à Khalifa Sall. Nous allons nous
concerter d'abord et ensuite déposer un mémoire auprès du Doyen des juges. Nous allons aussi, éventuellement, saisir la Chambre d’accusation. Nous n'excluons pas, éventuellement, de saisir la Cour de la Cedeao, pour que la détention de Khalifa Sall cesse. 
Lundi 13 Mars 2017
Dakar actu




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