Trafic d’ivoire et justice sénégalaise : Une condamnation moins lourde que le poids de l’ivoire en Afrique


Pris en possession de 271 objets en ivoire sculptés représentant 5 kilos et demi d’ivoire, 3 trafiquants d’espèces protégées ont été jugés et condamnés à la date du 26 février 2016 par le tribunal correctionnel à une peine d’emprisonnement d’1 (un)  mois ferme et d’une amende d'un montant de 600.000 FCFA payable solidairement pour les délits de détention circulation et commercialisation de trophées d’espèces protégées. Ceci alors que la valeur même de l’ivoire saisi était d’environ 8 millions.
Cette condamnation  jugée faible par la communauté internationale, compte tenu de la gravité des faits, ne démontre pas encore assez une volonté déterminée de dissuader ce trafic faunique très lucratif sur tout le continent et pour lequel les derniers éléphants africains payent un très lourd tribut.
Pour lutter efficacement contre le commerce illégal de la  faune, la sanction infligée à ces auteurs doit être exemplaire. Pour collaborer à l’œuvre d’une bonne justice et à l’application des lois fauniques, les autorités judiciaires en charge de sanctionner doivent user de leur imperium et faire peser le poids de la Justice sur les trafiquants. Il s’agit d’un crime organisé transnational, selon le Congrès des Nations Unies sur le Crime. Et à défaut d’une forte répression et des condamnations exemplaires, les trafiquants continueront à s’impliquer dans ce commerce illégal, faisant échouer les efforts de la lutte contre la criminalité faunique. L’ivoire est une question très sérieuse qui mérite une attention sérieuse; au Kenya le juge peut infliger la prison à vie pour trafic d’ivoire, même chose en Afrique du Sud où un trafiquant a été condamné à 77 ans de prison ferme l’année dernière.
Les lois fauniques doivent être rigoureusement  appliquées  pour des raisons multiples. Facteur de crise environnementale,économique et sécuritaire, le trafic de la faune, notamment l’ivoire, est devenu une préoccupation majeure pour les Gouvernements du monde entier et pour l’Afrique. Extrêmement lucratif, il rapporte 20 milliards de dollars par an, implique des membres du crime organisé et est liée aux autres types de trafic comme la drogue, les armes, le blanchiment.
Plus inquiétant encore, les mouvements terroristes comme Al shaabab, les Jenjawids, Boko haram pour ne citer que ceux-là, traquent inlassablement les éléphants par centaines pour se financer avec l’ivoire. Ces mouvements terroristes sont devenus les pivots du trafic d’ivoire en Afrique; en effet l’ivoire fournirait environ 40% des fonds nécessaire au groupe Al shaabab pour se maintenir en activité et déstabiliser l’Afrique de l’Est et du Centre. Et ces mêmes mouvements terroristes préoccupent le Sénégal qui est en phase de renforcement de sa sécurité sur l’ensemble du territoire. Cette inquiétude, concerne aussi l’Afrique de l’Ouest. Ainsi fait on remarquer qu’au Mali, un cinquième des éléphants a été tué pour alimenter le trafic d’ivoire depuis début 2015 et selon la Minusma, mission de maintien de la Paix de l’ONU au Mali, cette recrudescence est liée aux activités des groupes djihadistes dans le pays.
 
Mardi 1 Mars 2016
Dakaractu




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