Tous ensembles pour sauver le système éducatif au Sénégal (par El Hadji Thierno Gueye)


Tous ensembles pour sauver le système éducatif au Sénégal (par El Hadji Thierno Gueye)
L’université sénégalaise est secouée en permanence par des grèves et des incidents du fait que trois agendas majeurs s’y affrontent et se disputent l’attention de l’Etat : la plateforme revendicative des enseignants, aussi vieille que l’université elle-même,  celle des étudiants devenue plus corsée ces dernières années et l’agenda politique qui est le catalyseur de toutes les réactions d’ébullition de l’espace universitaire. 
Aussi, le Sénégal regorge de moins en moins d’enseignants de vocation animés d’un élan d’éthique de conviction, d’éthique de responsabilité et de générosité. L’objectif de l’enseignant était jusqu’à une époque récente de former des citoyens d’abord, puis des cadres dynamiques et enfin des leaders capables d’être utiles à leur société. Cependant, le métier d’enseignant a perdu de son prestige et de sa superbe du fait qu’il ne paye pas bien dans une société devenue trop matérialiste, où les gens s’embourgeoisent par effet de mimétisme. La tendance au Sénégal c’est de se conformer pour se fondre dans la masse qui s’émerveille devant la vie de pacha de ceux qui n’ont aucun mérite. Contrairement aux pays scandinaves (Finlande, Norvège, Suède, etc.) où le secteur de l’enseignement est très attractif et où on recrute les meilleurs profiles sortant des grandes écoles, au Sénégal, non seulement on devient enseignant par défaut mais on l’exercice par dépit.
Les candidats au concours de l’Ecole de Formation des Instituteurs, qui est un concours où la plupart des candidats ont le bac est le théâtre de plusieurs scandales. Des fuites sur les sujets du concours à la fraude sur les résultats, le manque de fiabilité de cette méthode de sélection de ceux qui sont sensés forger l’esprit et le caractère des enfants de ce pays hypothèquent toute chance de mettre en place un système éducatif à la hauteur des standards internationaux. Pis, les irrégularités organisationnelles ne constituent pas les seules tares de ce concours. 
C’est le niveau même  des candidats qui ne permet aucune lueur d’espoir. Sur 30,000 candidats en 2015, les 23,000 ont été éliminés après une épreuve de dictée; soit 75% des candidats. Rien d’étonnant et de nouveau ! Certains seront enclins à me dire, sans doute. Un concours est organisé pour trier sur le volet et sélectionner les meilleurs. Jusque-là, nous sommes toujours dans la normalité, rien d’alarmant, vu sous cet angle. Eh bien ! Pas du tout. 
L’épreuve de dictée en question est de niveau CEM2, donc élémentaire du reste et ne constituait en fait qu’une étape éliminatoire pour faire sortir du lot tous ceux qui n’ont pas le niveau. Alors à moins que l’on veuille nous faire croire que nos élèves de CEM2 sont assez intelligents pour battre 75% de nos bacheliers dans une épreuve de dictée, il y’a lieu de se poser des questions sur le niveau de ses derniers qui se trouvent être en même temps les candidats au poste d’enseignant. Par conséquent, il n’est pas du tout étonnant que les élèves scandinaves obtiennent de meilleurs résultats et aient un niveau plus élevé que les nôtres. En effet, dans les pays scandinaves comme dans tous les pays où le système éducatif est performant, le minimum de diplôme exigible est un master, équivalent à cinq années d’études après le bac. Mieux encore, il faut être diplômé d’une école de référence   et y avoir eu de très bonnes notes pour espérer enseigner dans leurs écoles.
Dès lors, il revient à l’Etat de choisir entre : revoir sa politique éducative afin d’inverser cette tendance qui nous mène droit dans les abysses de l’échec, ou la maintenir. Ma fibre patriotique ne me laisse guère le choix. Je suis convaincu que l’Etat milite pour la réforme du système. Seulement, je doute fort, comme bon nombre de mes compatriotes d’ailleurs, que les salaires actuels des enseignants de l’élémentaire et du secondaire augurent des lendemains meilleurs teintés d’un penchant prononcé de nos plus brillants diplômés pour l’enseignement. Si nous voulons une école sénégalaise qui forme des champions intellectuels, il nous faut revoir non seulement le niveau des infrastructures et des programmes mais aussi le niveau de recrutement. Ce dernier point passe inéluctablement par une revalorisation du métier d’enseignant et alors un meilleur traitement salarial et de meilleures conditions de recrutement et de travail. 
Tant que les champions des arènes et des salles de spectacle sont érigés en modèle avec leurs photos affichées sur la couverture des cahiers…Tant que l’Etat se targue de verser 40% du budget national à l’enseignement sans évaluation sérieuse du système…Tant que les parents démissionnent et capitulent devant la conjoncture économique…Tant que le syndicalisme met en avant une logique individuelle de promotion, nous y arriverons jamais. Mon collègue, le Pr. Djiby Diakhaté a raison en disant « qu’Il faut sauver l’école et se départir de cette mentalité d’éternel recommencement qui nous commande de sauver l’année ».

El Hadji Thierno Gueye, Ph D
Directeur Executive Education 
Institut Africain de Management
thiernogueye0607@gmail.com

Mardi 18 Octobre 2016
Dakaractu




1.Posté par faye le 21/10/2016 16:47
Bonjour à tous, voici un article qui mérite des commentaires profonds et des propositions concrètes de la part de toutes les parties prenantes qui gravitent autour de l'éducation de nos chers enfants. Toutefois nous préférons fermer les yeux sur l'essentiel ( sur ce qui donne du sens au sens) pour reprendre les mot du PR Djiby Djakhaté et s'orienter sur ce que n'assure pas forcément la performance.
Chapeau cher ami d'avoir mis le doigt là où ça fait mal. Bonne continuation.

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