Tidiane, fils du Président Mamadou Dia sur la révision du procès de son père : «L’essentiel est de rétablir la vérité et la justice»

Fils du Président Mamadou Dia, Tidiane, prenant prétexte du débat sur la réouverture du procès des événements de Mai 1963 et du baptême du boulevard de la République au nom de son père, pour mettre les pieds dans le plat. Dans ce texte aux allures de témoignage, il revient sur ce qui s’est passé à l’époque. Avec beaucoup de non-dits.


Tidiane, fils du Président Mamadou Dia sur la révision du procès de son père : «L’essentiel est de rétablir la vérité et la justice»
Pourquoi reprendre la révision du procès de mai 1963 de Mamadou Dia et de ses ministres Ibrahima Sarr, Valdiodio Ndiaye, Joseph Mbaye, Alioune Tall ?
Les actes posés par la communauté nationale et internationale, comme la révision du procès de mai 1963 et le baptême du boulevard de la République, peuvent paraître comme un déni de la pensée de Mamadou Dia qui, par sa grande générosité, avait pardonné à tout le monde. Il disait qu’il «n’avait aucune prédilection pour les colliers, les grelots et les stèles». Mais comment se contenter de la lettre d’une telle expression sans la placer dans son contexte et dans l’esprit de l’auteur ?
Mamadou Dia était sculpté dans un bloc de granit familial. Il s’était enraciné dans les vertus terriennes de droiture. Le tout scellé dans une spiritualité excluant tout esprit d’orgueil.
Personnalité à plusieurs facettes, nous ne retenons de lui que Mamadou Dia l’homme d’Etat. Il ne s’appartient plus, il n’appartient plus à sa famille biologique. Pas plus qu’à sa famille politique ou à ses sympathisants, encore moins aux simples curieux. C’est à ce titre qu’il faut chercher l’homme dans son engagement politique pour la libération nationale, pour l’édification d’un Etat moderne et d’une Nation majeure. Si je me réfère à l’état civil, la génération de l’actuel président de la République venait, à cette époque, d’aborder les rivages de la lumière. Certains des enfants des détenus de Kédougou avaient  7, 10 ou 13 ans. Il serait attentatoire, par un simple revers de la main, de frustrer toutes ces générations par l’oubli d’un pan entier de notre histoire sous la décolonisation.
Chercher la vérité, c’est rendre justice à des hommes de refus qui reposent désormais au panthéon de nos plus illustres patriotes. Ce qui est le contraire même de la vengeance. C’est pourquoi le devoir des familles est de rester à l’écoute des opinions nationale et internationale, pour les accompagner en toute humilité mais avec efficacité.
De 1957 au moment de l’indépendance en 1962, Mamadou Dia fut désigné comme chef de l’Exé­cutif de la première République et il eut à déterminer et à conduire la politique de la Nation. C’est à ce titre, en accord avec son parti et ses leaders (Senghor et Lamine Guèye), qu’il initia les réformes des structures institutionnelles, administratives, économiques : démantèlement de l’économie de traite, suppression des comptoirs coloniaux, affaiblissement de la Cham­bre de commerce coloniale, création de réseaux de coopératives rurales, de l’animation rurale, des Cer, le tout appuyé par l’Oca, la Bsd, etc. A ce titre, il a été le principal artisan de l’Etat du Sénégal moderne et de la cohésion nationale. C’est avec abnégation et loyauté qu’il s’acquitta de cette mission.
Rappelons qu’au lendemain de la dernière réunion de la Com­munauté, qui s’était tenue le 12 décembre 1959 à Saint-Louis, De Gaulle demanda à son haut commissaire d’aller prendre un autre vol et de le laisser seul avec Mamadou Dia pour le retour sur Dakar. Le Général eut à briefer Mamadou Dia sur son comportement vis-à-vis de la France et des Français établis au Sénégal, en cas d’indépendance. De Gaulle fut surpris de sa réponse, quand il lui signifia qu’il fallait qu’il en débatte également avec Senghor qui reste le leader. Dia a logé ce dernier de 1957 à 1960 à la Résidence de Médina et il s’était juré d’assurer sa sécurité. On se souvient qu’après le coup d’octobre 1962 monté à Touba, suivi par le tête-à-tête parisien entre les deux hommes dans le bureau de Guillabert, en toute bonne foi, Mamadou Dia proposa à Senghor l’instauration du régime présidentiel si tel était son désir. On connaît la suite…
Le 17 décembre 1962, au petit matin, Dia et Senghor eurent un dernier entretien pathétique à l’occasion duquel ce dernier lui fit comprendre : «Nous ne pouvons nous opposer à la réunion des députés selon les arguments développés par mon conseiller juridique M. Orillac.»
Son ami Cheikh Ahmed Tidiane Sy, une autre personne pour qui il avait un faible, a été le seul à oser venir le voir pour lui conseiller, devant l’étau qui se resserrait autour de lui, de reculer pour mieux sauter. Dia lui répondit : «Je ne peux plus reculer.»
Mamadou Dia a été porté au pouvoir à son corps défendant. Homme de rigueur et d’austérité, intransigeant sur les objectifs fixés par son parti. Il ne savait ni ruser ni tricher. C’était donc la proie idéale pour politicien parjure.
A l’ère de la bonne gouvernance en 2013, consultez le répertoire de la justice concernant des détournements des deniers publics (par des ministres, députés, hauts fonctionnaires) de 1957 à 1962. Audité, Dia l’a été : enquête au Sénégal (et même sur les fonds politiques gérés par son directeur de cabinet Babacar Bâ, qui a été malmené par la police et qui n’a dû son salut qu’en demandant la présence d’un magistrat pour qu’il le lève de son serment), commission rogatoire, on n’a trouvé que le dernier virement de sa solde.
Au moment de son arrestation, Dia n’avait pas laissé une seule maison lui appartenant. Sa famille a été logée durant quelque temps par un ami. Au moment de la préparation de son procès de mai 1963, un de ses avocats m’avait réclamé 5 millions de francs pour chaque détenu. Devant la levée de bouclier de l’opinion face à un tel appétit, il ne trouva pas mieux pour répondre que de dire qu’«il ne pouvait pas comprendre qu’on soit resté si longtemps au pouvoir sans s’enrichir».

Quel avertissement !...

C’est le même avocat qui, quel­que temps après, reprochera à son client Mamadou Dia, qu’il avait réussi à faire condamner à la peine maximale (perpétuité), de manquer de reconnaissance à son égard, parce qu’il l’aurait sauvé de la peine de mort… qui n’existait pas dans la Constitution d’alors. Quel égarement ! Ceci lui valut d’ailleurs une volée de bois vert de la part de Monsieur Dia.
On est perplexe à entendre certaines digressions qui laissent croire que c’est grâce à la fraternité d’armes que l’affrontement fraternel a été évité entre militaires. C’est son subalterne qui s’adresse à son général : «Suivez-moi, sinon on vous laisse choir.»
Le Cemga qui a été le plus légaliste et le plus républicain a été laissé en rade, sinon envoyé dans les cordes. L’autorité militaire étant soumise à l’autorité civile, Mamadou Dia n’a pas eu cette tentation d’envoyer des réquisitions écrites aux Forces armées, contrairement à l’autre. Mamadou Dia n’était pas dans les dispositions d’esprit de faire un coup d’Etat, il s’est abstenu de franchir la ligne rouge, convaincu qu’entre «deux frères d’armes» de 17 à 20 ans, une fois la tempête apaisée, on finira bien par se retrouver.
Mamadou Dia est donc entré dans l’histoire par la grande porte. Car le 17 décembre 1962, pas une goutte de sang versé, pas un poulet abattu.
Senghor arrive en 1963, avec son régime présidentiel qu’il aura beaucoup de mal à installer. Ce sont les émeutes du Centenaire qui l’accompagnent, avec son cortège de morts et d’arrestations des leaders et membres du Pra Sénégal dont Abdoulaye Ly, Abdoulaye Guè­ye, avec les arrestations des membres du Pai et du Bms. Arrestation et déportation aussi des Diaistes en 1964 et 1965, jusqu’en 1968 et même en 1970. Arrestation de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy et de certains de ses proches, arrestation de certains membres des familles des détenus de Kédougou, arrestation des frères Blondin et  mort suspecte de Oumar Blondin Diop en prison, exécution de Moustapha Lô et de Abdou Ndakhaffé (pour raison d’Etat). Il y a eu encore, en 1968, les arrestations et déportations des leaders syndicaux, d’étudiants et d’élèves. Emeutes encore à Dakar où on compte plusieurs morts. Senghor aura alors beaucoup de mal à museler les Sénégalais.
Si on ne peut présager de ce que serait devenu le régime de Dia s’il était resté au pouvoir, il est permis en toute objectivité de ne pas reconnaître comme un modèle de démocratie, de bonne gouvernance et de droit de l’Homme le régime de Senghor.
Aujourd’hui, prétendre que le boulevard de la République abrite le domicile de Me Lamine Guèye pour contester son baptême au nom de Mamadou Dia relève de la parfaite ignorance. Faut-il rappeler que le domicile de Me Lamine Guèye n’a pas été et n’est pas une institution ? Les députés empêchés de se réunir à l’Assemblée le 17 décembre se sont repliés chez leur président. Le président Lamine Guèye lui-même leur a fait observer qu’on ne pouvait tenir cette séance chez lui. Sa maison est un domicile privé, en plus le quorum n’était pas atteint. Un Diaiste a été cueilli et ramené en sanglot, accueilli par le tribun Darboussier qui lui a rappelé les paroles de Cabrol : «Quand la patrie est en dan­ger, périssent les sentiments...»
Après conciliabules, c’est le Président Senghor qui donne l’autorisation de tenir cette réunion chez Maître Lamine Guèye. De quel droit selon la séparation des pouvoirs ? Cette pièce qui a permis de tenir cette réunion, quelle est sa valeur constitutionnelle ? Il y a là des points d’ombre qui doivent chatouiller la curiosité des constitutionnalistes (consultez Acte séance délibération chez Maître Lamine Guèye le 17 décembre 1962). Au surplus, l’ancienne de­meu­re de Maître Lamine Guèye est passée entre d’autres mains privées.
Senghor lui-même n’avait-il pas donné l’assurance aux militaires de n’inquiéter ni Dia ni ses ministres, encore moins de les faire arrêter ? Certains officiers de l’Armée ont vu leur ardeur freinée par le comportement étrange de leur général qui eut comme mot d’ordre : «Faites pour le mieux mes enfants.» Ils ont été frustrés par la suite car le compromis n’a pas été respecté.
Alfred Diallo lui-même était-il dépassé ? Senghor ne l’était certainement pas. Le jeune brillant officier d’Etat-major des armées, Momar Gari, jugé tête de turc, éloigné de Dakar, affecté à Saint-Louis, a trouvé la mort sur la route de Dahra dans des circonstances troubles.
Aujourd’hui, ce n’est donc que rendre justice à Mamadou Dia, en attribuant son nom au boulevard qui conduit vers le palais de la République. Le symbole de cette même République qui restera à jamais son œuvre.
Dans le cadre du procès de la Hau­te cour, le procureur général lui-même a rendu un réquisitoire modéré en demandant la mise hors cause de Ibrahima Sarr, des circonstances atténuantes pour Mamadou Dia et les autres prévenus qu’étaient Valdiodio Ndiaye, Joseph Mbaye et Alioune Tall. C’était une juridiction d’exception. Ce sont les députés adversaires de Mamadou Dia, qui ont servi de faire valoir, qui  l’ont condamné.
Dans son éditorial du 18  au 19 décembre 1962 dans Le Monde (si mes souvenirs sont exacts) Beuve de Mery, directeur de publication, qui depuis trois mois n’a cessé d’alerter sur la crise politique qui secoue le Sénégal, a reproché à la France que, plutôt que de rapprocher Dia et Senghor, elle n’a fait que creuser le fossé entre les deux hommes en prenant fait et cause pour ce dernier.
Dans la même foulée, sous la houlette des chrétiens de gauche, François Perroux mandata son ami, l’économiste académicien, conseiller spécial de De Gaulle, Jack Rueff, pour lui faire part de leur préoccupation devant la position de la France qui devait être équidistante dans l’affaire Dia et Senghor. De Gaulle fit comprendre à Jack Rueff que depuis quelque temps Jean Foyer, alors ministre de la Coopération, ne cessait de l’inonder de rapports sur le danger qu’il y aurait à garder Dia à la tête du Sénégal, du fait de son rapprochement avec les pays de l’Est et les pays arabes.
Dites à votre ami Perroux, lui signifia-t-il, que «les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts».
Senghor a gracié et fait amnistier Mamadou Dia après une sauvage détention de 12 ans. Il a mis sur le compte de la dyarchie ce qui s’était passé entre lui et Mamadou Dia. Il a proposé à Mamadou Dia de lui créer un poste de vice-président de la République avec tous les pouvoirs économiques.
A la veille de son retrait du pouvoir, il avait enfin compris que Mamadou Dia n’avait vraiment découvert sa nature que durant ses douze années de Kédougou. Il s’ouvrit à son Premier ministre d’a­lors sur l’entêtement de Ma­madou Dia qui restait sur des positions de combat. Ce dernier lui suggéra de l’arrêter de nouveau… Il lui répliqua qu’il avait mieux à faire. Il se retourna vers un autre parricide qui lui donna l’assurance qu’il pouvait partir en toute tranquillité, car il avait tout verrouillé et que Mamadou Dia ne sera jamais plus rien dans ce pays (encore moins sa famille). L’ami le plus sincère de Mamadou Dia, de tout temps, Rolland Collin, qui est parfaitement au courant de ces propos, ne me démentira certainement pas.
Senghor lui-même voulait le pouvoir mais il n’était pas en position de force. Le piège a été mis autour de Mamadou Dia pour son éviction du pouvoir avec ruse et tricherie, pour un homme dont la force et la faiblesse auront été la loyauté jusqu’au bout.
Un soldat, qui s’était transformé en Cemga, avait prétendu dans sa déposition que Dia avait donné l’ordre aux militaires d’aller arrêter Senghor. Or, tous les officiers qui faisaient partie de cette délégation ont catégoriquement démenti cette assertion. L’officier qui était de l’autre bord, qui a confondu le jour et la nuit, n’avait certainement pas bonne conscience. Cette délégation d’officiers qui s’était rendue au Palais sous la conduite de Jean Alfred Diallo, avait pour objectif de demander aux protagonistes de se parler et de mettre l’Armée à l’abri de la politique…
Il est vrai qu’au vu de l’arrivée des militaires, l’hôte du Palais s’exclama : «Je vous l’avais dit, Mamadou Dia ne «pardonne» pas. Ils viennent pour m’arrêter.» Ce fut la débandade autour de ce dernier. Le colonel Diallo fit comprendre à l’ordonnance qu’ils étaient venus en hommes de bonne volonté. Senghor, une fois soulagé, se transforma lui aussi en expert du Droit constitutionnel.
Finalement, ce sont trois jeunes magistrats qui ont accepté d’aller au charbon : le président Ousmane Goundiam, le procureur Ousmane Camara et le président de la commission d’instruction Abdoulaye Maturin Diop. Il fallait bien que ce procès se tienne et le juge irréprochable Isaac Forster, leur donna le conseil selon lequel, quelles que soient les circonstances dans lesquelles ils sont appelés à officier, de ne jamais salir la robe honorable qu’ils portent. Ce procès a été mené par les trois magistrats, trois techniciens, qui n’ont pas eu la même partition que les députés. Mais il convient de se rendre à l’évidence. Ce sont les députés, tous Ups, qui ont condamné. Et ces actes ne sauront être immuables.
Mamadou Dia n’a fait qu’utiliser les forces de sécurité. De l’autre côté, on avait déjà mis en branle les forces armées. La preuve, le 17 décembre, avant que l’Assemblée ne soit investie, les paras étaient déjà pré-positionnés à Rufisque. Le bouillant et brouillon capitaine Preira, qui est resté sans nouvelle, s’adresse directement au chef d’Etat major, le Général Fall, pour l’informer qu’il est pré-positionné au camp Xavier Le Long à Rufis­que depuis le 16 et qu’il attendait ses ordres. Ce dernier lui fit comprendre qu’il n’est au courant de rien, qu’il n’y comprend rien, qu’il lui demande de rester là où il est, de ne pas bouger.
Le procès de mai 1963 de Mama­dou Dia et de ses ministres a été un procès à charge. D’un côté, l’ancien Président et ses ministres sont les brebis égarées, de l’autre côté, Senghor et son entourage sont les anges gardiens de la République. Un tel jugement n’est ni vrai ni juste. Mamadou Dia avait un grand faible pour Senghor. Il était homme de parti. Senghor, depuis 1960, a été nommé président de la République par l’Ups et non élu par le Peuple.
Alors président de l’Assemblée Fédérale du Mali, son devoir et son rôle étaient de convoquer l’Assem­blée fédérale. Les rumeurs ont couru qu’il est allé se réfugier à l’ambassade de France. Une fois la situation maîtrisée, il a accepté de jouer pleinement sa carrière politique. Il sort pour haranguer les militaires et ses militants : «Séné­galaises, Sénégalais, l’heure est grave, c’est le secrétaire général de l’Ups qui vous parle, Modibo Keïta, poussé par une ambition folle… Nous fera revivre la bravoure de Ndiadiane Ndiaye et de Lat Dior Diop…»
Un autre personnage non moins énigmatique, qui était dans de beaux draps, a été pourtant sauvé de l’humiliation et de la déchéance politique par le tout puissant président du Conseil qui, faut-il le rappeler, était le seul maître à bord, à la suite de l’intervention, auprès de lui, avec discrétion et efficacité, de son ami Serigne Cheikh Mbacké Gaïnde Fatma.
Mamadou Dia, malgré toutes les mises en garde face au double jeu et au double langage a été loyal jusqu’au bout. Comme il l’a dit lui-même, quand on veut faire un coup d’Etat, on ne se contente pas de demi-mesure. On arrête et on dépose l’autorité suprême. Sen­ghor, dès qu’il a vu le peloton de gardes républicains, a cru que c’était pour l’arrêter. Il a alors réquisitionné toutes forces terrestres, aériennes et maritimes pour intervenir. Sincère avec lui-même et vis-à-vis de ses adversaires, Dia a accepté d’aller devant leur parti. C’était la tradition : tous les problèmes se réglaient en son sein. Senghor était encore leur chef.
Trois mois avant le 14 décembre 1962, celui-ci ne cessait de répéter qu’un tel veut le faire arrêter, qu’un tel veut le détruire, il faut le changer, qu’il quitte son ministère. Non seulement Dia accéda à sa demande, mais lui proposa même le régime présidentiel s’il en avait envie. On se souvient qu’au référendum de 1958, à l’insu de ses camarades, Senghor avouera avoir déjà donné son accord à la France pour voter oui. En 1962, avait-il encore donné son accord à la France de faire quitter Mamadou Dia du pouvoir comme il me le disait dans nos chaudes discussions au petit déjeuner, à 6 heures du matin, à la Résidence de Médina ? («Kuy yoot du sëxët» : quand on chasse un lièvre, on ne fait pas de bruit).
A l’origine du bras de fer Sen­ghor-Dia était la fronde des députés Ups qui avaient décrété l’heure du festin autour des maigres ressources du pays, au détriment de tous les travailleurs. Mamadou Dia s’y était opposé. Il eu à convoquer le Bureau politique de l’Ups qui lui donna raison. Et la mesure a été rapportée. Mamadou Dia n’était donc pas un démagogue.
Comment ignorer que Mamadou Dia, dès qu’il a été informé par moi-même des récriminations venant des familles de ses anciens co-détenus à Kédougou, durant douze ans (il n’était pas seul), en bon démocrate, a demandé à Maître feu Niang de continuer la procédure de révision ?
Qu’importe la forme de la procédure juridique, il sera finalement retenu (juridictions d’Etat, Par­quet général, Cour de cassation, Cour suprême ou Tribunal d’honneur dont il faudra définir les modalités et la composition), l’essentiel est de rétablir la vérité et la justice. Comme disait Stephane Hessel «Indignons-nous»
Mamadou Dia était sculpté dans un bloc de granit familial. Il s’était enraciné dans les vertus terriennes de droiture. Le tout scellé dans une spiritualité excluant tout esprit d’orgueil.
Personnalité à plusieurs facettes, nous ne retenons de lui que Mamadou Dia l’homme d’Etat. Il ne s’appartient plus, il n’appartient plus à sa famille biologique. Pas plus qu’à sa famille politique ou à ses sympathisants, encore moins aux simples curieux. C’est à ce titre qu’il faut chercher l’homme dans son engagement politique pour la libération nationale, pour l’édification d’un Etat moderne et d’une Nation majeure. Si je me réfère à l’état civil, la génération de l’actuel président de la République venait, à cette époque, d’aborder les rivages de la lumière. Certains des enfants des détenus de Kédougou avaient  7, 10 ou 13 ans. Il serait attentatoire, par un simple revers de la main, de frustrer toutes ces générations par l’oubli d’un pan entier de notre histoire sous la décolonisation.
Chercher la vérité, c’est rendre justice à des hommes de refus qui reposent désormais au panthéon de nos plus illustres patriotes. Ce qui est le contraire même de la vengeance. C’est pourquoi le devoir des familles est de rester à l’écoute des opinions nationale et internationale, pour les accompagner en toute humilité mais avec efficacité.
De 1957 au moment de l’indépendance en 1962, Mamadou Dia fut désigné comme chef de l’Exé­cutif de la première République et il eut à déterminer et à conduire la politique de la Nation. C’est à ce titre, en accord avec son parti et ses leaders (Senghor et Lamine Guèye), qu’il initia les réformes des structures institutionnelles, administratives, économiques : démantèlement de l’économie de traite, suppression des comptoirs coloniaux, affaiblissement de la Cham­bre de commerce coloniale, création de réseaux de coopératives rurales, de l’animation rurale, des Cer, le tout appuyé par l’Oca, la Bsd, etc. A ce titre, il a été le principal artisan de l’Etat du Sénégal moderne et de la cohésion nationale. C’est avec abnégation et loyauté qu’il s’acquitta de cette mission.
Rappelons qu’au lendemain de la dernière réunion de la Com­munauté, qui s’était tenue le 12 décembre 1959 à Saint-Louis, De Gaulle demanda à son haut commissaire d’aller prendre un autre vol et de le laisser seul avec Mamadou Dia pour le retour sur Dakar. Le Général eut à briefer Mamadou Dia sur son comportement vis-à-vis de la France et des Français établis au Sénégal, en cas d’indépendance. De Gaulle fut surpris de sa réponse, quand il lui signifia qu’il fallait qu’il en débatte également avec Senghor qui reste le leader. Dia a logé ce dernier de 1957 à 1960 à la Résidence de Médina et il s’était juré d’assurer sa sécurité. On se souvient qu’après le coup d’octobre 1962 monté à Touba, suivi par le tête-à-tête parisien entre les deux hommes dans le bureau de Guillabert, en toute bonne foi, Mamadou Dia proposa à Senghor l’instauration du régime présidentiel si tel était son désir. On connaît la suite…
Le 17 décembre 1962, au petit matin, Dia et Senghor eurent un dernier entretien pathétique à l’occasion duquel ce dernier lui fit comprendre : «Nous ne pouvons nous opposer à la réunion des députés selon les arguments développés par mon conseiller juridique M. Orillac.»
Son ami Cheikh Ahmed Tidiane Sy, une autre personne pour qui il avait un faible, a été le seul à oser venir le voir pour lui conseiller, devant l’étau qui se resserrait autour de lui, de reculer pour mieux sauter. Dia lui répondit : «Je ne peux plus reculer.»
Mamadou Dia a été porté au pouvoir à son corps défendant. Homme de rigueur et d’austérité, intransigeant sur les objectifs fixés par son parti. Il ne savait ni ruser ni tricher. C’était donc la proie idéale pour politicien parjure.
A l’ère de la bonne gouvernance en 2013, consultez le répertoire de la justice concernant des détournements des deniers publics (par des ministres, députés, hauts fonctionnaires) de 1957 à 1962. Audité, Dia l’a été : enquête au Sénégal (et même sur les fonds politiques gérés par son directeur de cabinet Babacar Bâ, qui a été malmené par la police et qui n’a dû son salut qu’en demandant la présence d’un magistrat pour qu’il le lève de son serment), commission rogatoire, on n’a trouvé que le dernier virement de sa solde.
Au moment de son arrestation, Dia n’avait pas laissé une seule maison lui appartenant. Sa famille a été logée durant quelque temps par un ami. Au moment de la préparation de son procès de mai 1963, un de ses avocats m’avait réclamé 5 millions de francs pour chaque détenu. Devant la levée de bouclier de l’opinion face à un tel appétit, il ne trouva pas mieux pour répondre que de dire qu’«il ne pouvait pas comprendre qu’on soit resté si longtemps au pouvoir sans s’enrichir».

Quel avertissement !...

C’est le même avocat qui, quel­que temps après, reprochera à son client Mamadou Dia, qu’il avait réussi à faire condamner à la peine maximale (perpétuité), de manquer de reconnaissance à son égard, parce qu’il l’aurait sauvé de la peine de mort… qui n’existait pas dans la Constitution d’alors. Quel égarement ! Ceci lui valut d’ailleurs une volée de bois vert de la part de Monsieur Dia.
On est perplexe à entendre certaines digressions qui laissent croire que c’est grâce à la fraternité d’armes que l’affrontement fraternel a été évité entre militaires. C’est son subalterne qui s’adresse à son général : «Suivez-moi, sinon on vous laisse choir.»
Le Cemga qui a été le plus légaliste et le plus républicain a été laissé en rade, sinon envoyé dans les cordes. L’autorité militaire étant soumise à l’autorité civile, Mamadou Dia n’a pas eu cette tentation d’envoyer des réquisitions écrites aux Forces armées, contrairement à l’autre. Mamadou Dia n’était pas dans les dispositions d’esprit de faire un coup d’Etat, il s’est abstenu de franchir la ligne rouge, convaincu qu’entre «deux frères d’armes» de 17 à 20 ans, une fois la tempête apaisée, on finira bien par se retrouver.
Mamadou Dia est donc entré dans l’histoire par la grande porte. Car le 17 décembre 1962, pas une goutte de sang versé, pas un poulet abattu.
Senghor arrive en 1963, avec son régime présidentiel qu’il aura beaucoup de mal à installer. Ce sont les émeutes du Centenaire qui l’accompagnent, avec son cortège de morts et d’arrestations des leaders et membres du Pra Sénégal dont Abdoulaye Ly, Abdoulaye Guè­ye, avec les arrestations des membres du Pai et du Bms. Arrestation et déportation aussi des Diaistes en 1964 et 1965, jusqu’en 1968 et même en 1970. Arrestation de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy et de certains de ses proches, arrestation de certains membres des familles des détenus de Kédougou, arrestation des frères Blondin et  mort suspecte de Oumar Blondin Diop en prison, exécution de Moustapha Lô et de Abdou Ndakhaffé (pour raison d’Etat). Il y a eu encore, en 1968, les arrestations et déportations des leaders syndicaux, d’étudiants et d’élèves. Emeutes encore à Dakar où on compte plusieurs morts. Senghor aura alors beaucoup de mal à museler les Sénégalais.
Si on ne peut présager de ce que serait devenu le régime de Dia s’il était resté au pouvoir, il est permis en toute objectivité de ne pas reconnaître comme un modèle de démocratie, de bonne gouvernance et de droit de l’Homme le régime de Senghor.
Aujourd’hui, prétendre que le boulevard de la République abrite le domicile de Me Lamine Guèye pour contester son baptême au nom de Mamadou Dia relève de la parfaite ignorance. Faut-il rappeler que le domicile de Me Lamine Guèye n’a pas été et n’est pas une institution ? Les députés empêchés de se réunir à l’Assemblée le 17 décembre se sont repliés chez leur président. Le président Lamine Guèye lui-même leur a fait observer qu’on ne pouvait tenir cette séance chez lui. Sa maison est un domicile privé, en plus le quorum n’était pas atteint. Un Diaiste a été cueilli et ramené en sanglot, accueilli par le tribun Darboussier qui lui a rappelé les paroles de Cabrol : «Quand la patrie est en dan­ger, périssent les sentiments...»
Après conciliabules, c’est le Président Senghor qui donne l’autorisation de tenir cette réunion chez Maître Lamine Guèye. De quel droit selon la séparation des pouvoirs ? Cette pièce qui a permis de tenir cette réunion, quelle est sa valeur constitutionnelle ? Il y a là des points d’ombre qui doivent chatouiller la curiosité des constitutionnalistes (consultez Acte séance délibération chez Maître Lamine Guèye le 17 décembre 1962). Au surplus, l’ancienne de­meu­re de Maître Lamine Guèye est passée entre d’autres mains privées.
Senghor lui-même n’avait-il pas donné l’assurance aux militaires de n’inquiéter ni Dia ni ses ministres, encore moins de les faire arrêter ? Certains officiers de l’Armée ont vu leur ardeur freinée par le comportement étrange de leur général qui eut comme mot d’ordre : «Faites pour le mieux mes enfants.» Ils ont été frustrés par la suite car le compromis n’a pas été respecté.
Alfred Diallo lui-même était-il dépassé ? Senghor ne l’était certainement pas. Le jeune brillant officier d’Etat-major des armées, Momar Gari, jugé tête de turc, éloigné de Dakar, affecté à Saint-Louis, a trouvé la mort sur la route de Dahra dans des circonstances troubles.
Aujourd’hui, ce n’est donc que rendre justice à Mamadou Dia, en attribuant son nom au boulevard qui conduit vers le palais de la République. Le symbole de cette même République qui restera à jamais son œuvre.
Dans le cadre du procès de la Hau­te cour, le procureur général lui-même a rendu un réquisitoire modéré en demandant la mise hors cause de Ibrahima Sarr, des circonstances atténuantes pour Mamadou Dia et les autres prévenus qu’étaient Valdiodio Ndiaye, Joseph Mbaye et Alioune Tall. C’était une juridiction d’exception. Ce sont les députés adversaires de Mamadou Dia, qui ont servi de faire valoir, qui  l’ont condamné.
Dans son éditorial du 18  au 19 décembre 1962 dans Le Monde (si mes souvenirs sont exacts) Beuve de Mery, directeur de publication, qui depuis trois mois n’a cessé d’alerter sur la crise politique qui secoue le Sénégal, a reproché à la France que, plutôt que de rapprocher Dia et Senghor, elle n’a fait que creuser le fossé entre les deux hommes en prenant fait et cause pour ce dernier.
Dans la même foulée, sous la houlette des chrétiens de gauche, François Perroux mandata son ami, l’économiste académicien, conseiller spécial de De Gaulle, Jack Rueff, pour lui faire part de leur préoccupation devant la position de la France qui devait être équidistante dans l’affaire Dia et Senghor. De Gaulle fit comprendre à Jack Rueff que depuis quelque temps Jean Foyer, alors ministre de la Coopération, ne cessait de l’inonder de rapports sur le danger qu’il y aurait à garder Dia à la tête du Sénégal, du fait de son rapprochement avec les pays de l’Est et les pays arabes.
Dites à votre ami Perroux, lui signifia-t-il, que «les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts».
Senghor a gracié et fait amnistier Mamadou Dia après une sauvage détention de 12 ans. Il a mis sur le compte de la dyarchie ce qui s’était passé entre lui et Mamadou Dia. Il a proposé à Mamadou Dia de lui créer un poste de vice-président de la République avec tous les pouvoirs économiques.
A la veille de son retrait du pouvoir, il avait enfin compris que Mamadou Dia n’avait vraiment découvert sa nature que durant ses douze années de Kédougou. Il s’ouvrit à son Premier ministre d’a­lors sur l’entêtement de Ma­madou Dia qui restait sur des positions de combat. Ce dernier lui suggéra de l’arrêter de nouveau… Il lui répliqua qu’il avait mieux à faire. Il se retourna vers un autre parricide qui lui donna l’assurance qu’il pouvait partir en toute tranquillité, car il avait tout verrouillé et que Mamadou Dia ne sera jamais plus rien dans ce pays (encore moins sa famille). L’ami le plus sincère de Mamadou Dia, de tout temps, Rolland Collin, qui est parfaitement au courant de ces propos, ne me démentira certainement pas.
Senghor lui-même voulait le pouvoir mais il n’était pas en position de force. Le piège a été mis autour de Mamadou Dia pour son éviction du pouvoir avec ruse et tricherie, pour un homme dont la force et la faiblesse auront été la loyauté jusqu’au bout.
Un soldat, qui s’était transformé en Cemga, avait prétendu dans sa déposition que Dia avait donné l’ordre aux militaires d’aller arrêter Senghor. Or, tous les officiers qui faisaient partie de cette délégation ont catégoriquement démenti cette assertion. L’officier qui était de l’autre bord, qui a confondu le jour et la nuit, n’avait certainement pas bonne conscience. Cette délégation d’officiers qui s’était rendue au Palais sous la conduite de Jean Alfred Diallo, avait pour objectif de demander aux protagonistes de se parler et de mettre l’Armée à l’abri de la politique…
Il est vrai qu’au vu de l’arrivée des militaires, l’hôte du Palais s’exclama : «Je vous l’avais dit, Mamadou Dia ne «pardonne» pas. Ils viennent pour m’arrêter.» Ce fut la débandade autour de ce dernier. Le colonel Diallo fit comprendre à l’ordonnance qu’ils étaient venus en hommes de bonne volonté. Senghor, une fois soulagé, se transforma lui aussi en expert du Droit constitutionnel.
Finalement, ce sont trois jeunes magistrats qui ont accepté d’aller au charbon : le président Ousmane Goundiam, le procureur Ousmane Camara et le président de la commission d’instruction Abdoulaye Maturin Diop. Il fallait bien que ce procès se tienne et le juge irréprochable Isaac Forster, leur donna le conseil selon lequel, quelles que soient les circonstances dans lesquelles ils sont appelés à officier, de ne jamais salir la robe honorable qu’ils portent. Ce procès a été mené par les trois magistrats, trois techniciens, qui n’ont pas eu la même partition que les députés. Mais il convient de se rendre à l’évidence. Ce sont les députés, tous Ups, qui ont condamné. Et ces actes ne sauront être immuables.
Mamadou Dia n’a fait qu’utiliser les forces de sécurité. De l’autre côté, on avait déjà mis en branle les forces armées. La preuve, le 17 décembre, avant que l’Assemblée ne soit investie, les paras étaient déjà pré-positionnés à Rufisque. Le bouillant et brouillon capitaine Preira, qui est resté sans nouvelle, s’adresse directement au chef d’Etat major, le Général Fall, pour l’informer qu’il est pré-positionné au camp Xavier Le Long à Rufis­que depuis le 16 et qu’il attendait ses ordres. Ce dernier lui fit comprendre qu’il n’est au courant de rien, qu’il n’y comprend rien, qu’il lui demande de rester là où il est, de ne pas bouger.
Le procès de mai 1963 de Mama­dou Dia et de ses ministres a été un procès à charge. D’un côté, l’ancien Président et ses ministres sont les brebis égarées, de l’autre côté, Senghor et son entourage sont les anges gardiens de la République. Un tel jugement n’est ni vrai ni juste. Mamadou Dia avait un grand faible pour Senghor. Il était homme de parti. Senghor, depuis 1960, a été nommé président de la République par l’Ups et non élu par le Peuple.
Alors président de l’Assemblée Fédérale du Mali, son devoir et son rôle étaient de convoquer l’Assem­blée fédérale. Les rumeurs ont couru qu’il est allé se réfugier à l’ambassade de France. Une fois la situation maîtrisée, il a accepté de jouer pleinement sa carrière politique. Il sort pour haranguer les militaires et ses militants : «Séné­galaises, Sénégalais, l’heure est grave, c’est le secrétaire général de l’Ups qui vous parle, Modibo Keïta, poussé par une ambition folle… Nous fera revivre la bravoure de Ndiadiane Ndiaye et de Lat Dior Diop…»
Un autre personnage non moins énigmatique, qui était dans de beaux draps, a été pourtant sauvé de l’humiliation et de la déchéance politique par le tout puissant président du Conseil qui, faut-il le rappeler, était le seul maître à bord, à la suite de l’intervention, auprès de lui, avec discrétion et efficacité, de son ami Serigne Cheikh Mbacké Gaïnde Fatma.
Mamadou Dia, malgré toutes les mises en garde face au double jeu et au double langage a été loyal jusqu’au bout. Comme il l’a dit lui-même, quand on veut faire un coup d’Etat, on ne se contente pas de demi-mesure. On arrête et on dépose l’autorité suprême. Sen­ghor, dès qu’il a vu le peloton de gardes républicains, a cru que c’était pour l’arrêter. Il a alors réquisitionné toutes forces terrestres, aériennes et maritimes pour intervenir. Sincère avec lui-même et vis-à-vis de ses adversaires, Dia a accepté d’aller devant leur parti. C’était la tradition : tous les problèmes se réglaient en son sein. Senghor était encore leur chef.
Trois mois avant le 14 décembre 1962, celui-ci ne cessait de répéter qu’un tel veut le faire arrêter, qu’un tel veut le détruire, il faut le changer, qu’il quitte son ministère. Non seulement Dia accéda à sa demande, mais lui proposa même le régime présidentiel s’il en avait envie. On se souvient qu’au référendum de 1958, à l’insu de ses camarades, Senghor avouera avoir déjà donné son accord à la France pour voter oui. En 1962, avait-il encore donné son accord à la France de faire quitter Mamadou Dia du pouvoir comme il me le disait dans nos chaudes discussions au petit déjeuner, à 6 heures du matin, à la Résidence de Médina ? («Kuy yoot du sëxët» : quand on chasse un lièvre, on ne fait pas de bruit).
A l’origine du bras de fer Sen­ghor-Dia était la fronde des députés Ups qui avaient décrété l’heure du festin autour des maigres ressources du pays, au détriment de tous les travailleurs. Mamadou Dia s’y était opposé. Il eu à convoquer le Bureau politique de l’Ups qui lui donna raison. Et la mesure a été rapportée. Mamadou Dia n’était donc pas un démagogue.
Comment ignorer que Mamadou Dia, dès qu’il a été informé par moi-même des récriminations venant des familles de ses anciens co-détenus à Kédougou, durant douze ans (il n’était pas seul), en bon démocrate, a demandé à Maître feu Niang de continuer la procédure de révision ?
Qu’importe la forme de la procédure juridique, il sera finalement retenu (juridictions d’Etat, Par­quet général, Cour de cassation, Cour suprême ou Tribunal d’honneur dont il faudra définir les modalités et la composition), l’essentiel est de rétablir la vérité et la justice. Comme disait Stephane Hessel «Indignons-nous»
lequotidien
Dakaractu2




Mardi 12 Mars 2013
Notez


1.Posté par nanamba le 12/03/2013 15:43
On ne peut pas,par décence, à partir de situations conjoncturelles,passer notre temps à réécrire l'histoire du Sénégal.M. Dia ,au regard de l'histoire de ce pays ,ne peut pas avoir plus de mérite que Léopold S.Senghor. Arrêtons la propagande et laissons ce pan de l'histoire aux seuls historiens .

2.Posté par Babs le 12/03/2013 17:07
Tu n'as peut être pas eu à discuter avec les vieux comme les Cheikh Hamidou Kane, c'est pour cela que vous dites cela Nanamba. Dia était un grand homme d'Etat, un économise hors pair............et sa mise à l'écart a porté un coup terrible au développement économique du Sénégal.

3.Posté par yaris le 12/03/2013 17:17
et surtout Dia est mort et il faut pas rappeler que c'est un homme qui a été choisit par senghor pour l'accompagner
Mr Dia a commis une erreur il voulait être chef
et il a détourné les moyens de l’état pour être au pouvoir avec l'aide de waldiodio ministre de l’intérieur ils ont envoyé
la police bloquer une cession parlementaire convoquée pour destituer Mr Dia dans un regime parlementaire car a l'époque les deputés ne reconnaissaient que senghor qui voulait le destituer. il n'a pas été fusillé
pourtant

4.Posté par diamrey le 12/03/2013 19:40
des yaris et nanamba taisez vous senghor c' etait un grd colon c'est lui qui nous a mis dans ce grd trou
allez fouiller l'histoire avt d'ecrire des idioties



Dans la même rubrique :