Terrorisme / Union nationale des retraités de la Police : " Menaces terroristes dans l’espace CEDEAO "

Le réflexe de partage
(Par Gallo Thiam, Bu-Ucad)


Terrorisme / Union nationale des retraités de la Police : " Menaces terroristes dans l’espace CEDEAO "
En raison du traitement particulier que lui réserve la presse, le terrorisme s’est aujourd'hui incrusté dans nos consciences, avec toute la brutalité et la férocité qu’il charrie. L’Afrique de l’Ouest, à l’instar des régions pauvres du monde, est devenue indubitablement de nos jours son lieu privilégié d’expression, une sorte de réceptacle des idéologies extrêmistes exportées massivement par des acteurs cyniques qui se réjouissent des conséquences terribles de leurs actions. Un fatal enchainement qui montre à quel point la sous-région ouest-africaine traverse une époque d’inquiétude et forcément d’insécurité.
 
Ici au Sénégal, les populations n’ont pas encore fini d’éprouver une intense angoisse due à la rage destructrice des « jihadistes » dont les échos se sont fait sentir non loin de nos frontières. Cependant, aujourd’hui que le seuil de l'alerte précoce est dépassé, il nous reste le désamorçage stratégique et pédagogique de ce syndrome de détresse qui affecte notre sous-région. Un prétexte que l'Union nationale des retraités de la Police (Unrp) a saisi en organisant le week-end dernier une conférence axée sur le thème : « Menaces terroristes dans l’espace CEDEAO ». Un sujet traité par Latif Aïdara, le Dr Bakary Sambe, tous deux enseignants chercheurs et Cheikh Tidiane N’diaye, commissaire divisionnaire de classe exceptionnelle à la retraite.
 
Le devoir de restituer
Si nos deux enseignants chercheurs sont revenus sur les liens et l’évolution historiques de l’Islam avec son cortège de divisions, suivant le temps, l’espace et les lieux, dans des adaptations et appartenances imposées par des héritages traditionnels islamiques, le commissaire Cheikh Tidiane Ndiaye, lui, s’est appesanti sur l'introspection sociale de la société sénégalaise. En contact avec le "dossier du terrorisme" depuis le 4 octobre 1987, venait-il à peine de prendre service à l’aéroport de Dakar-Yoff, qu’on le convia à une réunion dans une ambassade pour faire le point des attentats survenus au Liban et en Europe, nous renseignera-t-il. Selon le commissaire Ndiaye, "le débat sur le terrorisme au Sénégal est en retard d´un demi siècle". Poursuivant, il ajoutera "peut-on, dès lors, dresser un tableau sur le terrorisme dans l'espace de la CEDEAO en excluant la Mauritanie, la puissante République populaire d'Algérie ?" L'histoire ne semble pas retenir une phrase célèbre du Général de Gaulle, en 1958,  quand certains se battirent pour leurs indépendances : " Et le peuple Touareg, qu'est-ce vous en faites ? ", leur avait-il dit. Il y a là matière à réflexion sur la porosité de nos frontières africaines profitable aux terroristes puisqu’elle leur permet d’établir dans nos pays des bases d'entrainement de leurs combattants et de transporter et distribuer des armes à travers la sous-région. Selon le commissaire Ndiaye, l’effrayante peur peut provenir d’une dimension banalisée, peu abordée par les journalistes, universitaires, et autres experts, c’est-à-dire ces petits noyaux constitués sur des bases claniques, affinités, d'éléments isolés communément nommés "kleenex" qui sont à la solde des groupements terroristes. En fine analyse, il ne faut rien négliger aucune piste dès lors que le terrorisme n’est pas aveugle dans la recherche de ses cibles. De ce fait, le commissaire Ndiaye n'exclut même pas les hordes de mendiants dont un rapport du Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) de 2013 recommande  de surveiller efficacement leurs activités. Plus profondément, les observateurs avertis de la réalité sociale attirent l’attention sur l'insouciance securitaire, l’indiscipline, l’absence de civisme d´une race de citoyens "à la Bob Marley" sans les nommer, l’attitude prétendue légitime (à tort ou à raison?) des marchands ambulants de Sandaga à Colobane qui occupent anarchiquement la voie publique et défient l'autorité étatique avec leur cri de résistance " sa ma doole lay jaay, fi la gnuy tokk,...". Mettant en avant la responsabilité de l'Etat, le commissaire Ndiaye craintif, ne peut accepter, dans ce contexte-ci où la rigueur devrait être de mise, que l'autorité n’ose plus élever la voix devant la désacralisation des symboles assimilable à une forme de désobéissance civile et civique. Après la mollesse des institutions, la pauvreté galopante a été évoquée, de même que le taux élevé de chômage des jeunes, cet immense potentiel de bras valides qui aujourd'hui constitue "un matériel humain" pour les groupements terroristes. Il ne faudrait pas que nous perdions de vue cet aspect, car le terrorisme est aux portes d'une cité quand la frustration se généralise. Devant donc les dangers de la contagion - les terroristes ne ratent jamais leurs cibles - le commissaire Ndiaye croit fermement qu'il y a un grand travail à faire, beaucoup de travail, que nous devons articuler à une sécurité de développement humain et non idéologique.
 
En résumé, nous retenons de l’exposé du commissaire Cheikh Tidiane Ndiaye deux enseignements majeurs :  si le souci de faire face au terrorisme contemporain constitue, à juste titre, la préoccupation majeure des autorités étatiques, des intellectuels, il n'en demeure pas moins que le caractère national de dissuasion reste un des principaux piliers de la police nationale ; dans ce contexte d'angoisse et d'incertitude, nous devons effectivement braquer notre regard critique sur notre société et augmenter la vigilance et la dissuasion, principes de base et le fondement de notre sécurité. C'est là, n’est-ce pas, un des moyens les plus sûrs, absolument nécessaire, pour assurer en permanence notre propre sécurité ?
 
Vendredi 22 Avril 2016
Dakaractu




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